‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 198 sur 264 · Mot à mot : À vous tenir compagnie · texte numérisé non relu

Mot à mot : À vous tenir compagnie

Pé-kong avait encore des doutes, et il pensait que Meng-li ne devait pas être fort habile. «Si je leur donne le même sujet, se dit-il en lui-même, et qu'elles le traitent ensemble, le talent de l’une fera ressortir l'ignorance de l’autre !; ce n’est pas une bonne idée. Il vaut mieux leur donner deux sujets différents. Chacune d'elles composera une pièce, et de cette manière on n'en verra pas trop le fort ou le faible ?. II dit, en conséquence, hier j’ai rencontré un ami de Kin-ling (Nan-king) qui m'a communiqué deux sujets charmants. L'un s'appelle : «les soupirs de la vieille fille; » l’autre, « la chanson du pugilat.» Il m'a dit qu’à Kinling, dans les sociétés de poëles, il n’y avait pas un écrivain célèbre qui ne les eût traités. Pourquoi vous deux, qui êtes cousines, ne prendriez-vous pas ces sujets pour composer ctiacune une pièce de vers ?

— Volontiers, dit Meng-li ; mais je prierai mon oncle de nous les faire tirer au sort.

— Rien de plus aisé, dit Pé-kong. « À ces mots, il pria Yen-sou d'aller chercher des pinceaux et des encriers, ainsi que deux feuilles de papier à fleurs. Sur l'une, il écrivit : Lao-niu-t'an (les soupirs de la vieille fille), et sur l’autre Khi-wan-ko (la chanson du pugilat). Il

1. Littéralement : La beauté et la laideur se feront ressortir mutuellement.

2. Mot à mot : Quand mème il y aurait du bas et du hant, cela ne s’apercevrait pas grandement, c'est-à-dire quand même l'une serait médiocre et l’autre excellente, on ne verrait pas trop la différence,

ajouta au bas qu'il fallait changer la rime de quatre en quatre vers. Après avoir fini d'écrire, il roula en dedans les sujets de manière qu'on ne püt les voir en dehors. Il les prit ensuite, les mêla et les jeta sur la table. « Mesdemoiselles, dit-il, tirez chacune au hasard ! une de ces feuilles. »

Les deux jeunes filles, s'étant levées sur-le-champ, prirent chacune une des feuilles, la déployèrent et y jetèrent les yeux. Mademoiselle Pé avait tiré «les soupirs de la vieille fille,» et Meng-li « la chanson du pugilat.»

Or, d'ordinaire, quand Pé-kong et mademoiselle Pé composaient ensemble des vers, les servantes avaient l'habitude de se tenir près d'eux pour les servir. Quand elles virent que les deux jeunes filles avaient reçu des sujets distincts, elles apportèrent devant chacune d'elles un pinceau et un encrier. Dans ce moment, les jeunes filles voulurent chacune montrer leur talent. Dès qu’elles eurent les sujets, l'une voulut imiter la chanson sur la blanche neige, l’autre la chanson sur le dour printemps ?. Sur les deux tables, on voyait les fleurs de

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