‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 208 sur 264 · Es chinois : Siao-cheoe (5003-1101), perfrui aliquà re · texte numérisé non relu

Es chinois : Siao-cheoe (5003-1101), perfrui aliquà re

2. Ea chisois : Kan-tan-ki-li, moa foie et men fiel ayant été distillés.

SE COMMUNIQUENT LEURS PENSÉES. at

ait pendant mille automnes un charmänt sujet d’entretien. Quoique je fusse loin d'ici, je savais cela depuis longtemps. »

Mademoiselle Pé n’en voulut rien croire. « Puisque vous le saviez, dit-elle, pourquoi ne pas me l'avoir raconté franchement? N'auriez-vous pas été induite en erreur par l’histoire des vers de Tchang-koueï-jou sur les saules printaniers?

— Tout le monde connaît cette aventure, répondit mademoiselle Lou en riant; il n’y a pas que moi. Le jeune homme que je connais, n’est point Tchang, qui s'attribuait faussement les vers sur les saules printaniers, mais bien M. Sou qui les a véritablement composés, ainsi que les pièces intitulées Song-yex (on recondait l'oie sauvage) et Ing-yen (on va au-devant de l'hirondelle). »

Mademoiselle Pé l'entendant dévoiler le secret de son cœur, resta tellement stupéfaite qu’elle ne put articuler un seul mot, et se contenta de fixer les yeux sur Yeu-sou.

« Comme nous n'avons toutes deux qu'un cœur, dit mademoiselle Lou, pourquoi vous fâcher? pourquoi concevoir des soupçons et prendre cet air étrange ? »

Mademoiselle Pé éprouva pendant quelque temps une surprise extrême; mais sachant que ces paroles étaient fondées, elle vit bien qu’elle ne pouvait cacher la vérité. « Ma sœur, dit-elle, vous êtes vraiment d’une rare sagacité. Cette affaire n’était connue que de moi et de Yen-sou. Je n'avais pas osé la révéler à per-

sonne, même dans mes songes; j'ignore, ma sœur, comment vous avez pu l’apprendre. Peut-être que quelques servantes de ma maison m'ont furtivement épiée, et sont venues vous la conter en secret.

— Ma sœur, dit mademoiselle Lou en riant, puisque ‘les démons et les esprits même n'auraient pu deviner cette affaire, comment l’aurait-on connue ? Ce récit est vraiment sorti de la bouche de M. Sou pour entrer dans mes oreilles; nulle autre n’en sait rien. Vous ne devez donc soupçonner personne.

— Ma sœur, dit mademoiselle Pé, en parlant ainsi vous voulez vous moquer de moi. Il y aura bientôt un an que M. Sou est parti d'ici. Mon père l’a fait chercher de tous côtés, mais il n’a pu avoir de ses nouvelles ni savoir en quel endroit il a porté depuis peu ses pas errants, Quand même il serait allé dans le Chan<ong, comment ma sœur, qui est une jeune beauté de l’appartement intérieur, aurait-elle pu avoir une entrevue avec lui ?

— Ma sœur, dit mademoiselle Lou, vos doutes sont certainement justes; mais le fait est que j'ai eu une entrevue avec M. Sou, et que j'ai touché l'affaire qui vous intéresse. Soyez sûre que je ne vous en impose pas.

* — Ce que vous venez de dire, repartit mademoiselle Pé, est en opposition avec le devoir et la vraisemblance. Comment voulez-vous que je consente à le croire?

— Ma sœur, dit mademoiselle Lou, je conçois qu'au«

jourd’hui vous vous refusiez à le croire; mais, plus tard, lorsque vous vous trouverez avec M. Sou, après l’avoir soigneusement interrogé, vous reconnaîtrez que mes paroles n'étaient point fausses.

— M. Sou, dit mademoiselle Pé, est comme une algie détachée de sa tige, qui flotte au gré des eaux. Une fois parti, il est devenu invisible, et semble ne plus songer à moi. Vous savez, ma sœur, que je ne le rencontrerai plus de ma vie, et c'est pour cela que vous me parlez ainsi.

— Que dites-vous là, ma sœur? reprit mademoiselle Lou; c’est pour se marier avec vous que M. Sou court de l'orient à l'occident sans prendre soin de sa vie. Pourquoi parler avec tant d’indifférence et de froideur? N'est-ce pas payer d’ingratitude la fidélité extrême de ce jeune homme? L'automne dernier, il a obtenu dans le nord! le grade de licencié. Pourquoi le comparez-vous à une algue détachée de sa tige, qui flotte au gré des flots 2?

— Eh quoi! dit mademoiselle Pé, pleine d’étonnement et de joie, c'est donc encore lui qui a obtenu Ja seconde place au concours du nord *? Pourquoi s’est-il fait inscrire comme étant du Ho-nan?

— Suivant ce que j'ai appris, répondit mademoiselle

Page 1