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mue = en Se
| DEUX JEUNES PFIALES
Lee, son oncle Sou, le juge provincial, est origitaire du Heo-nan. Maintenant, il l’a adopté; voilà pourquoi ce jeune homme s'est fait isscrire sur les registres du Ho-nan. :
*— Puisqu'il avait obtenu le grade de licencié, dit mademoiselle Pé, il aurait dèà revenir de suite pour me demander en mariage. Pourquoi jusqu'ici m'a-t-il laissée sans nouvelles?
—— J'imagine, dit mademoiselle Lou, qu'il ne veut revenir qu'après avoir obtenu le grade de docteur. Il faut, ma sœur, que vous l’attendiez avec patience; peut-être arrivera-t-il au premier mement.
— À ce que je vois, dit mademoiselle Pé, vos paroles, soavent répétées, ne me paraissent point sans fonde-
. ment. Seulement, ma sœur, vous êtes une jeune fille,
qui ne sortez jamais de l’appartement intérieur; comment avez-vous pu avoir une entrevue avec lui? Et quand même vous auriez interrogé un étranger, vous
n'auriez pu obtenir des délails aussi cluirs et précis.
Puisque vous avez de l'amitié pour moi, pourquoi ne pas me raconter cela de point en point, pour dissiper les dontes qui agitent mon cœur?
— Comme je vous en ai tant dit, repartit mademor selle Lou, je ne puis me dispenser de vous faire connaître toute la vérité; seulement, ma sœur, il ne faut pas que vous vous moquiez de moi.
— On a vu, dit mademoiselle Pé, des jeunes fllesgde l'appartement intérieur, dont les relations secrètes avaient bien plus de gravité que celles dont vous par-
lez. {1 me suffit que ma sœur ne se moque pas de moi; comment oserais-je me moquer d'elle?
— Puisque vous ne vous moquez pas de moi, dit mademoiselle Lou, je vais vous parler sans détours. L'an dernier, M. Sou voulait aller à la capitale pour l'affaire qui vous intéresse, et prier Ou, l’académicien, de lui servir d'entremetteur. Mais quand il arriva dans le Chan-tong, il fut dévalisé sur la route et se tronva sans bagages. I était resté dans une auberge, incertain, irrésolu. Heureusement qu'un seigneur Li, qui demeurait tout près de votre sœur, le rencontra et apprit sa mésaventure. Voyant que M. Sou était un bachelier plein de savoir, il le pria tout de suite de composer des vers sur quatre peintures d’un paravent de soie, qu'il voulait offrir au juge de la province, et lui promit de lui donner de l'argent pour son voyage. Il l’invita en conséquence à venir chez lui et lui donna un logement dans son jardin. Comme le pavillon que j’habitais touchait à ce jardin, j'ai pu l’observer à la dérobée. Ayant vu que sa figure n'avait rien de vulgaire, et qu’il eomposait des vers avec une rare facilité, je reconnus que c'était un jeune homme aussi distingué par son talent que par 8a beauté. Je songeai alors que, vu la mort de mon pêre, le veuvage de ma mère et la jeunesse de mon frère, je n'avais personne qui pût s'occuper de me marier, et que si je m'attachais sottement aux principes ordinaires, je compromettrais tout mon avenir. Dans mon embarras extrême, je me vis obligée de me plier aux circonstances, et alors, changeant de costume
et habillée en homme, j'eus avec lui une entrevue devant la porte du jardin de derrière. »
A ces mots, mademoiselle Pé fut remplie d’étonnement et de joie. « Ma sœur, dit-elle, je n’aurais jamais pensé que, jeune comme vous êles, vous auriez eu une idée aussi extraordinaire el une si grande hardiesse. On peut dire que vous êtes un héros parmi les belles femmes.
— Il n’y a point eu là d'idée extraordinaire, lui dit mademoiselle Lou; ce fut une idée portée à l'extrème dont je n’ai pu me défendre, comme lorsque vous avez désiré que je fusse un homme.
— Passons là-dessus, dit mademoiselle Pé. Mais, dans l'entrevue que vous avez eue avec lui, comment s'est-il mis à parler de mes affaires ? On peut dire que les jeunes lettrés sont bien indiscrets.
— Ce n’est pas, dit mademoiselle Lou, qu'il ait été indiscret. Comme il avait décliné plusieurs fois des ouvertures de mariage que je lui avais faites !, et n’avail pas voulu y consentir, j’insistai avec énergie pour en savoir la cause, et alors, poussé à bout, il finit par m'avouer tout ce qui lui était arrivé auparavant. Les faits s'étant passés à plus de mille li (cent lieues), il s'était imaginé que votre sœur? n’en pouvait rien savoir. 11 ne songeait pas qu'il parlait de mon oncle et
1. Pour le sonder dans son propre intérêt, Lou-meng-li lui avait proposé d'épouser sa sœur, qui n’était autre qu'elle-mème. 2. C'est-à-dire : Moi, Lou-meng-li,
de vous que je connais parfailement. Ce mariage était vraiment dans les décrets du ciel.
— Ma sœur, dit mademoiselle Pé, quelles conventions a-kil faites avec avec vous pour l'avenir?
— Quand je vis, dit mademoiselle Lou, qu'il avait causé avec vous en secret, et qu'il mourrait plutôt que de manquer à sa parole, je reconnus que ce n’était pas un jeune homme dissipé. Et comme aujourd’hui il ne vous est pas infidèle, il est évident que plus tard il ne le sera pas à votre sœur !. C’est pourquoi je le pressai plus vivement encore, et alors, poussé à bout, il me promit de prendre deux compagnes?. Si j’ai pris le pré. texte de fuir le malheur, et ai engagé ma mère à venir chercher ici un asile, c'était, à vrai dire, pour vous consuller sur une affaire secrète. Je ne pensais pas que ma sœur, qui a les sentiments généreux de Thaï-sse à,
1. C'est-à-dire : Il ne manquera pas à la promesse qu’il m’a faite par suite de mes ouvertures de mariage.
2. Littéralement : Il promit deux nids {deux lits). C'est-à-dire : 11 promit de vous épouser ainsi que ma sœur (que je lui proposai fictivement n’osant me proposer moi-même).
8. 11 est impossible ici de faire passer en français le sens littéral du texte: Kouan-tsiu-kieou-mo-tchi-liang, « les sentiments (exprimés dans les odes) kouan-tsiu et kieou-mo. » Ce sont deux odes du livre des vers (la première et la quatrième du 1°’ livre), où le poëte célèbre l’heureuse union de la princesse Thai-sse et de Wenwang.
Kouan-tsiu, est l’abréviation de Kouan-kouan-tsiu-niao (les oiseaux fsiu, canards, se répondent à l'unisson par le cri kouan-kouan),
L'expression Kieou-mo, qui sert de titre à l’ode 4, ch. 1 du premier livre du Chi-king, signifie un arbre dont les rameaux sont inclinés vers la terre.