C'est-à-dire : D'épouser avec elle le même homme
2. On fit dans ke philosophe Lie-tseu : Un homme du royaume de Tching, qui était allé ramasser du bois à brûler, rencontra un cerf et le tua. Craignant d'êtres découvert, il cacba le cerf dans un fossé et le couvrit de broussailles. Mais il oublia le lieu où il l'avait caché, ot ne pouvant plus le retrouver, il s'imagina qu'il avait fait un rêve.
Mademoiselle Pé veut dire que, sans les détails clairs et précis que lui a donnés Lou-meng:li, elle croirait avoir fait une rêve,
8. Ce passage parait signifier que Lou-meng-li a pu rattacher pour toujours mademoiselle Pé à Sou-yeou-pé.
Les Chinois comparent souvent deux choses intimement unies essemble à deux arbres greffés l’un sur l’autre. On lit dans le philosophe Kouan-in-tseu : Si mon âme s'unissait à l’Ame du ciel et de la terre et des dix mille êtres, je serais comme un arbre qu'on greffe sur un arbre différent, et qui croit avec lui de manière à ne former qu'un seul arbre.
4. Mademoiselle Pé veut dire que sa cousine Jui a cédé le premier rang (celui de femme légitime), et a choisi pour elle-même l’hamble condition de femme du second rang.
SE COMMUNIQUENT LEURS PENSÉES. au rajent rien fait de plus. Mais dites-moi, ma sœur, comment avez-vous su que le jeune Sou, après vous avoir quittée, s'était fait inscrire parmi les candidats du Ho-nan?
— Li, notre voisin, secrétaire du palais, répondit mademoiselle Lou, aimait particulièrement à flatter les hommes puissants. Dernièrement, je l'avais vu préparer de riches présents pour aller féliciter le noble fils ane le juge provincial venait d’adopter. I disait que c'était lui qui avait composé les vers!, et comme il l'avait traité précédemment avec peu d’égards, il avait vouJu redoubler de libéralité. Si ce jeune homme n’est pas le seigneur Sou, dites-moi qui c'est. Comme le jauge provincial était originaire du Ho-nan, j’ai su aisément pourquoi son fils s’étail fait inscrire sur les registres de cette province, Lorsqu'ensuite la liste (du concours) du nord eut été publiée, le seigneur Li envoya quelqu'un pour le féliciter de sa part. Voilà comment j'ai su qu'il avait obtenu le grade de licencié.
— D'après ce que vous dites, repartit mademoisvlle Pé, nul doute que ce ne soit M. Sou. S'il m’a conservé de l'affection et ne m'a point oubliée, son premier engagement subsiste, et comme il vous a priée, chère sœur, de venir à mon aide, désormais je ne me désolerai plus de vivre solitaire dans l'appartement intérieur, |
Dernièrement, dit mademoiselle Lou, lorsque je suis
4. Savoir : Les quatre pièces de vers sur les peintures qui ornaient le paravenÿ de soie, que Li voulait offrir au juge provincial.
venue ici pour échapper au danger, dans la crainte que M. Sou ne me trouvât point à son retour et ne sût où me chercher, j’ai envoyé un domestique à la capitale pour lui remettre une lettre, mais je n’ai pas encore reçu de réponse. En ce moment, le concours pour le doctorat est déjà passé, et j'ignore si M. Sou y a réussi ou non. Que n’envoyez-vous quelqu'un pour vous en informer?
— Je l’avais oublié, répondit mademoiselle Pé. Ces jours derniers quelqu'un avait apporté à mon père la liste du concours général; mais faute d'attention, je ne l'ai pas lue, et maintenant je ne sais où on l’a mise.
— Je crois, dit Yen-sou, qui était près d'elle, qu'on l’a laissée dans le pavillon Mong-thsao-hien ! ; attendez un peu que j’aille la chercher. » Elle la trouva en effet, et la rapporta un instant après. Les deux jeunes filles l'ayant déployée, au premier coup d'œil, elles virent que Sou-you-pé était le treizième de la liste. «On peut dire, s'écrièrent-elles avec des transports de joie, que le ciel écoute les vœux des mortels. »
Depuis ce moment, les deux jeunes filles ne firent
1. Ce nom signifie « le pavillon de la plante qui fait rêver. » Il se rattache à un fait d’un caractère fabuleux. On lit dans l'ouvrage appelé Thong-ming-ki : La plante mong-thsao ressemble au roseaa p'ou. Sa couleur est rouge ; le jour, elle se replie et rentre en terre; elle en sort la nuit. On l'appelle aussi oaï-mong. Lorsqu'on en met des feuilles dans son sein (hoaï-ye), on sait de suite si un rève sera heureux ou malheureux, et l’effet se produit de suite. Un empereur ayant pensé à la figure de sa femme défunte sans pouvoir se la rappeler, on lui offrit une branche de cette plante, Il la mit dans son sein, et, la nuit suivante, il vit en effet sa femme en songe.
SE COMMUNIQUENT LEURS PENSÉES. a1s
que s’estimer et s'aimer davantage, et ne se quittérent plus un seul instant. On peut dire à ce sujet :
Après un pénible travail, l'abeille forme son miel. | Du fond de ses entrailles, cent fois repliées, le bombyx
verse sa soie, Si une jolie personne n’eût révélé elle-même cette his-
toire,
Qu'est-ce qui aurait pu en apprendre tous les détails! ?
Nous laisserons maintenant les deux demoiselles Pé et Lou s’abandonner à la joie dans l’appartement intérieur. Quant à Sou-yeou-pé, en sortant de la province de Chan-tong, il avait été dans le Ho-nan, et après y avoir offert un sacrifice à ses ancêtres, il s’était rendu directement à Kin-ling (Nan-king), où il arriva en moins d’un jour. Il voulut tout de suite aller dans le village de Kin-chi pour saluer Pé-kong. Il prépara d’abord des présents, puis il chargea quelqu'un de porter d'avance les deux lettres de Ou, l’académicien, et de Sou, le moniteur impérial. Au fond de son cœur, il espérait que les lettres, une fois remises, il ne manquerait pas de recevoir une réponse favorable. Mais son attente fut trompée. Le lendemain, son messager vint lui rendre compte de sa commission. « Au moment où je suis arrivé, dit-il, le seigneur Pé n'était plus chez lui. Il était allé faire une excursion sur les bords du lac Si-hou, dans le pays de Hang-tcheou. J'ai
1. Littéralement : Le froid et le tiède, le glacé et le chaud, qui l'aurait su? (Voyes Morrison, Dictionn. chin., 2° partie, n° 5102.)
remis les deux lettres à son concierge, qui me dit que son maître vous répondrait dès qu'il serait de retour. Quand je lui eus appris que Votre Seigneurie voulait aller lai rendre visite, il ajouta que son maître se trouvant hors de la maison, il n’y avait personne pour vous recevoir, et qu'il n’osail pas donner à Votre Seigneurie la peine de se déranger; que si vous avies l'intention de saluer son maître, il suffisait de laisser voire carte, qu'il inscrirait sur le registre de sa loge. »
Après avoir entendu ces paroles, Sou-yeou-pé resta quelque temps stupéfait. « Est-il possible, dit-il en luimême, que je sois si malheureux? Je suis allé dans le Chan-tong pour chercher Lou-meng-li et n’ai pu le voir ; et au moment où j'arrive ici, Pé-kong est absent, Comment faire? Pé-kong, pensa-t-il encore, ne peu manquer de revenir; le mieux est de l’attendre ici pendant quelques jours. » Il interrogea ent conséquence le messager. « Vous auriez dû demander, dit-il, à quelle époque doit reyenir le seigneur Pé.
— Je lai, en effet, demandé, répondit-il; mais le concierge m’a appris que le seigneur Pé étant parti depuis peu de temps pour faire une promenade d'agrtment, il pourrait bien rester un mois et même deux ou trois mois; et qu'ainsi on ne saurait préciser l'époque de son retour. »
« Quoique Pé-kong soit absent, se dit Sou-yeou-pé, je veux aller demain lui rendre visite. Peut-être auraije le bonheur de voir Yen-sou; je lui demanderai des nouvelles récentes de mademoiselle Pé, ce sera char-
Mänt » « Si j'y vais, se dit-il encore, les chars, les chevaux et les domestiques qui me précèdent et me suivent, ne me permettront pas d'aller tout seul F'iaterroger ; et quand même Yen-sou se trouverait dans le salon de devant, elle ne jugerait pas convenable de sortir. Cette démarche serait donc inutile, et si je restais ici à l’attendre, le terme fixé sur ma fetille de reute me ptesserait de partir. Puisque Pé-kong est aHé faire un voyage d'agrément près du Jac Si-hou, le mieux est d'y aller tout de suite et de chercher à le voir. » Au moment où il venait d’arrêter son projet, justement les employés de son tribumal arrivèrent pour le prendre‘. Sou-yeou-pé partit aussilôt précédé de sa bannière * officielle ; maïs tout le voyage se passa sans qu'on lui présentät aucune plainte?. J1 ne lui fatlut que
4. C'est-à-dire : Viorent Je trouver pour l'accompagner dans son voyage.
2. ]J1 résulte de ce passage que Sou-yeou-pé, qui avait été nommé Tchoui-kouan (juge) dans le département de Hang-tcheou-fou, de la province du Tche-kiang (chap. xv, fol. 2), s'était mis en route, précédé d’ane bsanière ou écriteau indiquant le titre de sa charge.
Le passage suivant explique le sens de p’aï (a board with an inscription on it): Mi-fei, qui vivait sous les Song, était un célèbre calligraphe, qui aimait À faire des collections d’écritures et de peintares. Lorsqu'il voyageait en bateau sur la rivière Hoai, il faisait dresser sur le bord un écriteau (kie-p’ai) portant cts mots : Mi-kiuchou-hoa-tch’ouen, bateau d'écritures et de peintures de Mi-fei. (Dict. Outch'e-yurr-souï, liv. xiv, fol, 2. CL Fun-fou-kiun-yu, Liv. nr, fol. 50.) |
3. C'est-à-dire : Aucane accusation écrite. On a vu dans la note précédente qu'il avait été nommé juge. li pouvait, par cousérjuent, rocevoir sur sa route les plaigtes des particuliers,
sept ou huit jours pour arriver à Hang-tcheou. Il fit d’abord sa visite aux magistrats supérieurs, puis il se rendit à son poste. Après quelques jours de tracas, il commença à avoir un peu de loisir. Il envoya aussitôt quelqu'un sur les bords du lac Si-hou pour demander où demeurait le seigneur Pé, de Kin-ling, du titre de Ghi-lang (vice-président d’un tribunal).
Après avoir cherché pendant un jour entier, le messager vint lui rendre réponse. « Je me suis informé, dit-il, dans tous les couvents du lac Si-hou, dans les cabarets flottants et dans les maisons de campagne. Je les ai parcourus d’un bout à l’autre, mais tout le monde m'a répondu qu’il n’y était venu nul vice-président du nom de Pé.
— C'est bien extraordinaire, s’écria Sou-yeou-pé. On m'avait clairement dit chez lui qu'il était venu ici; comment se fait-il qu’il n’y soit pas ? »
Il ordonna de nouveau à son messager d’aller à la ville et de s'informer de tous côtés. Or, quoique Pékong se promenât alors sur les bords du lac Si-hou, comme Yang, le Yu-sse (moniteur impérial) remplissait dans ce pays la charge de Tou-thang (gouverneur de la province), il craignit qu’il ne vint à le savoir. « Autrefois, se dit-il, il m'a importuné chez moi; aujourd’hui il pourrait bien venir me soutirer de l’argent'. En conséquence, il changea son nom de Pé en celui
4. En chinois Ta-thsieou-fong, faire du vont d'automne. Le sens que j’ai adopté est emprunté au P. Prémare.
de‘ Hoang-fou, le Youen-waï?. C’est pourquoi personne ne le connaissait. 1l loua une maison de campagne, située près du pont de Si-ling et s’y établit. Chaque jour, il sortait avec un vêtement de toile et des souliers de paille, et faisait porter par un domestique une écritoire garnie de tous les objets nécessaires $. Tantôt dans une barque, tantôt à pied, il se promenait en admirant les beautés des deux pics et des six ponts. Toutes les fois qu’il rencontrait des jeunes gens d’un extérieur distingué, il s'informait d'eux avec le plus grand soin.
Un jour qu'il était tranquillement assis dans le pavillon de la source froide, et qu'il se plaisait à admirer la blancheur des rochers et la pureté de la source, soudain il vit venir une compagnie de six à sept jeunes gens couverts de larges bonnets et d’habits de couleur, et suivis d’un grand nombre de domestiques qui portaient des tapis de feutre et des flacons de vin. Ils entrèrent tous ensemble dans le pavillon de la source froide pour s'amuser à boire. Ils virent Pé-kong qui
1. Littéralement : Il prit le caractère Pé F1: et le plaça au-
dessus du mot wang + (pour former le mot hoang E).