‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 215 sur 264 · Untrustworthy (Wells Williams · texte numérisé non relu

Untrustworthy (Wells Williams

SE COMMUNIQUENT LEURS PENSÉES. ess

mais il est un peu difficile à traiter; cependant il n’y a rien à dire.»

A ces mots, il ordonna aux domestiques de placer devant chacun d'eux du papier. de l’encre, des pinceaux et des pierres:à broyer qu'ils avaient apportés. Tous se mirent à versifier. Les uns réfléchissaient en marmottant, les aulres portaient leur tasse à la bouche en cherchant des rimes; ceux-ci, le pinceau à la main, écrivaient leur brouillon; ceux-là, remuant la tôte, faisaient péniblement quelques vers. Tous les jeunes gens travaillèrent pendant fort longiemps sans qu’un seul püt venir à bout de sa pièce. Ce que voyant, Pé-kong ne put s'empêcher de rire.

« Respectable monsieur, dit le licencié Wang, ne riez pas ainsi. Vous qui n'avez pas éludié, vous ne pouvez vous imaginer combien on a de peine à faire des vers. Un ancien disait : « Pour faire un vers de cinq syllabes. on se tord la barbe et l’on en arrache quelques brins. »

— Quoique je n’aie pas étudié, dit Pé-kong, je saurais bien faire une couple de vers.

— Puisque vous savez faire des vers, dirent tous les jeunes gens, que n'en composez-vous lout de suile une

pièce?

— Si vous voulez que je compose, dit Pé-kong, il faut que vous me donniez une rime. Autrement, comme il y a beaucoup d'auteurs qui ont composé des vers en se promenant sur le lac Si-hou, vous PIties que j'ai copié une pièce ancienne. »

Le licencié Wang, trouvant que Pé-kong affichait de

grandes prétentions, il réfléchit en lui-mème. « Puisqu'il veut, se dit-il, qu’on lui fournisse une rime, j'ai envie de lui proposer quelque chose de difficile.» Soudain, levant la tête, il aperçut à côté du pavillon un Haï-thang (poirier du Japon) en fleur. « Eh bient ditil, en le montrant du doigt, prenez pour rime la syllabe thang!, du mot Haï-thang.

— Cela peut se faire, dit Pé-kong. » Et aussitôt il ordonna à un jeune garçon qui le suivait de tirer de son coffre de visites une ancienne pierre à broyer de Touan-khi?, un pinceau en poil de lièvre à hampe tachetée, un pain d’encre célèbre, longtemps conservée, et une feuille de papier à fleurs, réglée en noir ÿ, et de les placer sur la table. Tous les jeunes gens, voyant l'élégance du pinceau et la beauté de l'encre, commencèrent à concevoir des doutes. « Nous ne pensions pas, se dirent-ils en eux-mêmes, que ce vieux monsieur eût des choses aussi excellentes. C’est certainement un richard; mais, si c'en est un, on peut être sûr qu'il sera incapable de faire des vers. »

1. Cela ne veut pas dire que tous les vers, assujettis à la rime, se termineront en thang, mais qu'ils en prendront la finale. En effet, le premier finit en mang, la. deuxième en Aïang, le quatrième en tch'ang, le sixième en fchoang ; le huitième se termine en thang.

2. Le pays appelé ainsi sous la dynastie des Han, répond aujourd’hui à Lo-ting-tcheou, nom d’un département et de son chef-lieu dans la province de Canton. C’est de là qu'on tire les meilleures pierres à broyer l'encre.

3. En chinois ou-sse-{ch'i, du papier à soies noires. On appelle soies noires les raies noires qui séparent verticalement les lignes d'écriture. |

Pendant qu’ils s’abandonnaient ainsi aux doutes et aux soupçons, ils virent Pé-kong manier le pinceau avec la vitesse des nuages qui marchent et de l’eau qui coule; de sorte qu'en moins d'un quart d'heure, il acheva la pièce de vers‘. Pé-kong ayant fini sa composition, les jeunes gens s'empressèrent de la prendre et d'y jeter les yeux. Voici ce qu'ils lurent :

En entendant le cri du faucon qui ressemble au bruit du fer, l'hirondelle s'enfuit précipilamment.

Sur une étendue de dix li, les levées du lac sont comme des pièces de soie brodées qui exhalcnt des parfums.

Sous les pieds des chevaux, s'élève une poussière odorante qui cache le soleil.

Au milieu des beautés du printemps, on cause en riant et on lance du pied le ballon.

Si les montagnes touchent aux murs de la ville, les ponts touchent aux couvenls.

Si les fleurs enveloppent les maisons, les saules enveloppent les hameaux.

Si vous demandez qui est-ce qui envoie le vent d'orient?

C'est un orgue de jade? et une flûte d’or, qui sont cachés dans (l’arbre) Cha-thang$.

(Composé par le vieil Hoang-fou , de Kin-ling.) Après avoir fini de lire, les jeunes gens furent rem-

1. Mot à mot: De bonne heure — déjà — les quatre — rimes — toutes — furent achevées. 11 s’agit des rimes finales kiïung, {ch'ang, tchoang, thang, qui disparaissent dans la traduction qui suit.

2. Îly a en chinois siao, sorte de flûte de Pan. On en distingue deux sortes, le grand siao, composé de vingt-quatre tuyaux, et le petit qui n’en a que seize.

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