En chinois : Thsicou-tch’ouen (vin-bateau
de loin. ils lui parurent beaux et distingués; mais à peine les eut-il observés un moment qu'ils passèrent le pont et disparurent. Pé-kong, après les avoir vus, les avait pris en grande affection.
Le lendemain, il alla leur faire une seconde visite; mais ils étaient encore absents. Au bout de quatre à cinq jours, il vit un domestique qui apportait deux billets de visite, et accourait précipitamment en demandant si c’était là que demeurait M. Hoang-fou.
— C'est bien ici, répondirent les gens de la maison.
— Prenez vite ces billets, dit le domestique; messieurs Tchao et Tcheou, de Song-kiang, viennent lui rendre visite ; leur bateau va arriver à l'instant. »
À ces mots, il sortil avec empressement pour aller les recevoir. Voyant que les deux jeunes gens avaient déjà franchi sa porte, il les fit entrer en leur cédant le pas; et après les salutations réciproques, les hôtes et le maître s’assirent à des places distinctes. « Dernièrement, dit aussitôt Tchao-thsien-li, Votre Seigneurie nous a fait l'honneur de venir nous voir. Nous voulions accourir de suite pour vous rendre visite, mais pendant deux jours nous avons été occupés auprès du gouverneur. Hier encore, Son Excellence le sous-préfet nous a invités à diner. Tous les jours nous courons en voiture ou à cheval; voilà pourquoi nous avons tardé jusqu'ici. Veuillez, de grâce, nous excuser.
— Messieurs, dit Pé-kong, votre brillante jeunesse et votre talent distingué mettent en mouvement tous les hommes de notre siècle ct vous font vivement désirer.
— Nous sommes, dit Tcheou-ching-wang, des gens de lettres de l'esprit le plus médiocre, el c'est par bonbeur que nous avons acquis une vaine renommée ; nous en sommes excessivement confus. » « Vénérable monsieur, demanda-t-il alors, quel est votre honorable pays?
— Je suis de Kin-ling, répondit Pé-kong. :
— Kin-ling, dit Tchao-thsien-li, est un pays célèbre ; ainsi, vénérable monsieur, vous avez vraiment une
illustre patrie !. »
En conséquence, il l’interrogea encore. « Je pense, dit-il, que vos nobles compatriotes Ou-chouï-’an, l’académicien, et Pé-thaï-hiouen, du ministère des ouvrages publics, sont sans doute de votre connaissance. »
Pé-kong éprouva une vive émotion. « J'ai seulement entendu parler d'eux, répondit-il, mais je nc les ai jamais rencontrés. Oserais-je, messieurs, vous demander pourquoi vous m'interrogez à leur sujet ?
— Ces deux personnages, dit Tchao-thsien-li, sont les plus célèbres de Kin-ling, et ils sont fort liés avec nous; voilà pourquoi je m'en suis informé.
— Vous êtes-vous trouvés avec eux? demanda Pékong.
— Nous nous promenons de tous côtés, dit Tchaothsien-li; comment ne les aurions-nous pas rencontrés ? L'automne dernier, comme le seigneur Ou prési-
4. Le texte offre ici une répétition que j'ai cru devoir éviter : Kinling est un grand royaume (pays); vénérable monsieur, vous êtes vraiment un homme d'un grand royaume (pays).
dait l'examen de licence dans le pays de Thsou, il m'avait prié, ainsi que mon ami Ching-wang, de rédiger à sa place des modèles ? de composition et le préambule de la liste du concours; mais un grand nombre de camarades de notre associalion littéraire n’ont pas voulu nous lâcher, de sorte que nous n'avons pas pu y aller.
— Ainsi donc, messieurs, dit Pé-kong, Ou-chouï-'an a pour vous une si grande estime; mais j'ai entendu dire que le vieux Pé-thaï-hiouen ne cherchait guère à faire des connaissances. Comment avez-vous pu, messieurs, devenir ses amis ?
— Quoique Pé-kong ne cherche guère à faire des connaissances, dit Tcheou-ching-wang, comme il aime la poësie et le vin, nous l’avons souvent fréquenté pour faire des vers et boire ensemble. Voilà comment nous nous sommes intimement liés avec lui.
— À ce que je vois, dit Pé-kong en riant, on peut dire qu’il n’y a personne dans tout l'empire qui ne connaisse Vos Seigneuries. »
Les deux jeunes gens causèrent encore quelque
1. C’est aujourd'hui le chef-lieu du district de Thong-chan, dépendant de Yu-tcheou-fou, dans la province de Kiang-sou. (Li-fai-ti-litchi-yun-pien-kin-chi, liv. x, fol. 26.)
2. En chinois tch'ing-wen (7180-3783), expression dont le sens manque dans tous les dictionnaires.
Les annales des Kin nous apprennent qu'en Ja cinquième année Miog-tch'ang (1194), un décret impérial ordonna aux magistrats chargés d'examiner les étudiants sur la prose et la poésie, de composer chacun une pièce appelée Tch'ing-wen, pour servir de modèle aux Kiu-jin (licenciés), c'est-à-dire aux étudiants qui devaient concourir pour obtenir le grade de licencié.
temps; puis, après avoir pris le thé, ils se hâtérent de partir. Pé-kong se garda de les retenir, et les reconduisit jusqu’en dehors de la maison. On peut dire à ce sujet :
Qu'’avez-vous entendu dire pour être venus?
Qu'’avez-vous vu pour parlir ?
Ce que vous avez vu n'est pas Ce que vous aviez appris.
Votre vaine renommée mérite-t-elle qu’on vous montre de l'affection ? |
Après avoir reconduit ces deux jeunes gens, Pé-kong dit en soupirant : « Des célèbres lettrés de cette sorte devraient vraiment mourir de honte. »
Si le lecteur ignore les événements qui vont survenir, qu'il prête un moment l'oreille, on les lui racontera en détail dans le chapitre suivant.