‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 219 sur 264 · SE VOYANT VEXÉ PAR UN HOMME PUISSANT, IL QUITTE SUBITEMENT SA CHARGE · texte numérisé non relu

SE VOYANT VEXÉ PAR UN HOMME PUISSANT, IL QUITTE SUBITEMENT SA CHARGE

Pé-kong étant allé sur les bords du lac Si-hou pour choisir un gendre, se mit à chercher de tous côtés. Si les jeunes qu'il rencontrait n'étaient pas sans talent ou d’un caractère vicieux, c’étaient des étudiants pleins de fausseté et de jactance; il n’y en avait pas un seul qui pôt lui convenir. Après avoir resté là plus d'un mois, se sentant tout à fait dégoûlé, il passa le fleuve de Tsien-tang !, et alla visiter Chan-in ? et la grotte de l'empereur Yu ÿ.

4. Taien-tang est un district qui, sous les Thang, dépendait de Hang-tcheou, dans la province du Tche-kiang.

2. Chan-in est le nom d'un arrondissement de troisième ordre, affecté au chef-lieu du département de Chao-king-fou, dans la province de Tche-kiang.

3. Cette grotte est située à Hoeï-ki, arrondissement et ville de troisième ordre, comprise avec Chan-in dans l'arrondissement de Chao-hing fou, qui dépend de Ja province du Tche-kiaog.

À Hoeï-ki, dit le commentaire du Sse-ki,il y a une caverne, où

Or, Sou-yeou-pé, après avoir pris possession de sa charge, envoyait chaque jour des messagers pour s’informer de Pé-kong; mais ne pouvant découvrir ses traces. il se tenait chez lui accablé de tristesse. Un jour qu'il était allé trouver le gouverneur Yang pour les affaires de sa charge, celui-ci, après avoir fini de recevoir ses dépèches, avait fermé sa porte et l'avait retenu pour prendre le thé. « Monsieur le juge, lui demanda-t-il, vous êtes dans la fleur de l’âge.

— Je vous demande pardon ?, répondit PONT eon-pe, j'ai aujourd'hui vingt et un ans.

— Quand j'étais à la capitale, dit Yang, le gouverneur, je passais des journées entières avec votre honorable père, et j'étais extrêmement lié avec lui, mais jusqu'ici je n'avais pas encore eu le plaisir de vous voir.

— Dans l’origine, dit Sou-yeou-pé, je n'avais avec mon père que les rapports d’un neveu avec son on-

entra l’empereur Yu, suivant ce que rapporte la croyance populaire. On ajoute que Yu, après avoir réglé le cours des eaux, déposa un livre dans cette grotte. Cependant l’auteur de la géographie classique, Kouang-yu-ki, combat les auteurs qui ont placé à Hoeï-ki 1a grotte de Yu. Il dit qu’on a pris pour cette caverne une petite excavation qui existe dans le voisinage du temple consacré à l’empereur Yu.

1. En chinois Sse-li, président d'un tribunal criminel. Le vrai titre de Sou-yeou-pé était Tcliouf-kouan, magistrat qui préside aux arrêts criminels dans quatre villes du premier ordre. (Yeou-hio-kou-sse. Hn-youen, liv. 11.)

2. Comme s’il disait : Vous flattez beauconp. En chinois : Pou-kan, je n’ose (accepter ce compliment).

cle; mais, l’an dernier, il m'a adopté pour son fils. C'est pour cela que, pendant votre séjour à la capitale, je n’ai pu aller rendre visite à Votre Excellence.

— En effet, dit le gouverneur, je me souviens qu’anciennement votre honorable père n'avait point de fils. À votre accent, vous n'avez pas l'air d’être du Ho-nan; quel est, je vous prie, votre pays natal ?

— Je suis originaire de Kin-ling (Nan-king), répondit Sou-yeou-pé.

— En parcourant, dit le gouverneur, la liste des magistrats ?, j’ai vu que vous n’éliez pas encore marié. D'où vient cela ?

— Précédemment, répondit-il, j’ai erré de tous côtés, et c'est là ce qui m'a fait temporiser.

.— Maintenant, dit le gouverneur, vous me pouvez tarder davantage. Hier, ajouta-t-il, j'ai entendu dire que S. Excellence Tch'in vient d’être élevé au rang de Kong-pao #, et je voudrais composer une pièce de stvle élégant pour aller le féliciter. Comme vous avez beaucoup de talent, je voudrais, avec votre aide, me donner demain quelque importance.

1. Mot à mot : Lo juge (moi) et l'honorable de la maison (le père), dans l’origine étaient oncle ef neveu.

2. En chinois : Tch'i-lou (âge-liste). Je crois que c’est le registre où sout inscrits les magistrats avec l'indication de leur âge.

8. Il y a en chinois Siang-kong, expression qui signifie à la fois ministre et monsieur (Gonçalvez, Dictionn. chin. port., p. 95). Ce personnage était un ministre, ainsi qu’on l’a vu dans le chap. XY, page 160, lig. 2.

b. Précepteur da prince impérial (?).

— Quoique je n’aie qu'un médiocre talent, dit Souveou-pé, je dois naturellement faire tous mes efforts pour vous obéir. »

Après avoir bu deux Lasses de thé, Sou-yeou-pé rcmercia le gouverneur et prit congé de lui.

Or. ce gouverneur, Yang, était Yang-thing-tchao. Il avait une fille qui avait justement l’âge nubile. Voyant que Sou-yeou-pé avait obtenu si jeune le titre de docteur, et qu'il était doué de la figure la plus distinguée, il avait tout de suile jeté ses vues sur lui. Voilà pourquoi il l’avait retenu pour prendre le thé et l'avait interrogé. Quand il sut avec certitude que Sou-yeou-pé n’était pas encore marié, il se sentit transporté de joie.

Le lendemain, le préfet étant venu lui rendre visite, il le conduisit dans le salon de derrière, lui apprit. qu’il avait l'intention de prendre Sou-yeou-pé pour gendre, et sur-le-champ il le pria de faire les premières ouvertures. Le préfet n’osa refuser. Quand il fut de retour à son hôtel, il pria aussitôt Sou-yeou-pé de venir le voir. « Monsieur !, lui dit-il, j'ai à vous féliciter.

— J'ignore quel sujet j'ai de me réjouir, lui dit Souyeou-pé. |

— Aujourd'hui, répondit le préfet, je suis allé voir

Yang, le gouverneur de celte province. Son Excellence m’ayant retenu pour prendre le thé, m'apprit qu'il avait une fille parfaitement belle et verlueuse. Comme il vous a pris en affection, en voyant que vous aviez

4, En chinois : In-hiong, frère aîné, mon subordonné.

obtenu si jeune le grade de docteur, et vous sachant encore garçon, il m'a chargé de lui servir d'entremetteur. Il désire former une union pareille à celles de Tchou et de Tch'in !;: C'est une fort belle affaire. N'y a-t-il pas là de quoi se réjouir? Voilà pourquoi je vous offrais mes félicitations. |

— Naturellement, dit Sou-yeou-pé, après avoir reçu | du gouverneur une aussi haute marque de bonté, et de vous, honorable préfet, une si grande preuve d'amitié, je ne devrais point refuser. Mais mon père a déjà écrit à son compatriote, le seigneur Pé, du ministère des ouvrages publics, pour lui demander sa fille.

— On ne peut encore affirmer, dit le préfet, que l'alliance sollicitée pour vous, par Monsieur votre père, soit conclue ou non ; et comme je viens de vous faire part des bienveillantes intentions du gouverneur, je ne vois pas comment vous pourriez refuser.

— Il y a longtemps, répondit Sou-yeou-pé, que Pékong est convenu de me donner sa fille en mariage. Mon père lui a déjà écrit, et Ou-chouï-’an ?, l'his

4. 1 y a ici une allusion historique. Sous la dynastie des Thang, dans l’ancien district de Fong-hien, dépendant de Siu-tcheou (province du Kiang-nan), il y avait un village qui n’était composé que des deux familles Tchou et fch'in, qui se mariaient constamment entre elles. Pour cette raison, ce village fut appelé Tchou-tch'in ; de sorte que lier Tchou et Tch'in (kie-tchou-tch'in) est devenu une expression consacrée pour dire marier un homme et une femme ensemble.

2. Jusqu'ici Ou, beau-frère de Pé-kong, a eu letitre de Hanlin, académicien.

toriographe officiel, s’est chargé du rôle d’entremetleur. Décidément je n'ai pas de raison pour refuser. Comment oserais-je chercher une autre alliance ? J'’ose espérer, monsieur le préfet, que vous voudrez bien employer, dans mon intérêt, toute votre éloquence pour refuser décemment les offres bienveillantes du gouverneur.

— Rien n'est plus aisé que de vous excuser, repartit le préfet, mais j'ai encore une chose à vous dire. Le gouverneur est un homme dont il est très-difficile de devenir l'ami. Ajoutez à cela que nous sommes, vous et moi, sous ses ordres. Si vous refusez ce mariage, vous en éprouverez beaucoup d’inconvénients.

— Tout magistrat, dit Sou-yeou-pé, est naturellement soumis au jugement de ses supérieurs, mais pour ce mariage il m'est absolument impossible d'obéir à vos ordres.

— Vous avez beau dire, reprit le préfet, vous ferez bien, monsieur, de réfléchir encore; il ne faut pas trop vous obstiner.

— S'il s'agissait d'une autre affaire, dit Sou-yeou-pé, je pourrais encore m'y prêter ; mais Ce mariagé a une liaison intime avec les relations sociales et les régles des rites. Comme j'ai déjà demandé une personne en mariage, pourrais-je en rechercher une autre? Je vous prie, monsieur le préfet, d'employer tout votre talent pour m’excuser auprès de lui !.»

1. Littéralement : Pour Ini répondre, lui faire part de ma réponse.

Le préfet, voyant que Sou-yeou-pé persistait dans son refus, et que tous ses efforts étaient inutiles, fut obligé de rapporter de point en point au gouverneur la réponse qu'il avait reçue. Quand le gouverneur eut appris que la personne qu'il demandait en mariage était la fille de Pé-kong, il réfléchit en lui-même. « La fille de Pé-that-hiouen, se dit-il, ast aussi renommée par son talent que par sa beauté, et tous les hommes se passionnent pour elle. De plus, Ou-chouï-’an a fait les premières ouvertures. Ajoutez à cela que Sou-fanghoei! est extrêmement lié avec lui; l'affaire est presque faite? Comment pourrait-il ne pas espérer et se prêter à ma demande? Quoique ma charge soit plus élevée que la sienne, il est dans la fleur de l’âge et déjà docteur ; il n'est pas sûr qu'il fasse attention à moi. Mais * si le vieux Pé lui donnait son congé, alors il viendrait de lui-même accepter mes offres. Mais j'ignore ce que faisait dernièrement Pé-kong. »

Il réfléchit quelque temps sans trouver aucun expédient. Mais, tout à coup, il lui vint une idée. « Ces jours derniers, se dit-il, lorsque Pé-kong mc recevait chez lui, il y avait là un précepteur particulier nommé Tchang-koueï-jou, qui, tous les jours, me tenait compagnie. Depuis que j'ai quitté Pé-kong, je l'avais tout à fait oublié. Avant-hier, il m'a fait remettre sa carte de visite, et l’on m'a dit qu’il était venu pour m8

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