‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 220 sur 264 · Mot à mot : Excepté si, à moins que le vieux Pé · texte numérisé non relu

Mot à mot : Excepté si, à moins que le vieux Pé

voir. J'ai pensé qu'il voulait profiter de mes relations avec Pé-kong pour me demander un service, et comme ‘la chose ne paraissait pas bien pressée, je ne l’ai pas reçu. Mais maintenant je ne vois rien de mieux que de l’inviter à diner. D’abopd, je pourrai connaître le motif de sa visite; ensuile je lui demanderai ce que faisait dernièrement Pé-kong. Si je vois une occasion favorable, je m'arramgerai en conséquence. »

Sa résolulion étant bien arrêtée, il ordonna à un secrétaire de l’armée d’envoyer un billet de visite pour inviter Tchang-koueï-jou, de Tan-yang, à venir dtner avec lui dans son salon de derrière. Le secrétaire, docile à ses ordres, prit aussitôt le billet de visite et ft porter l'invitation par un messsager.

Or, depuis que Tchang-koueï-jou avait laissé voir son ignorance ! dans la maison de Pékong, il avait prétexté l'examen provincial pour prendre congé el rester chez lui. Il ne jouissait pas d’une grande considération. En conséquence, réfléchissant qu'il avait eu une fois des relations avec Yang, le gouverneur, il se réfugia à Hang-tcheou, et alla lui présenter ses devoirs. Voyant que ce dernier restait longtemps sans lui rendre sa visite, il s'était imaginé que le gouverneur lui montrait de l’indifférence, et il avait tout de suite cessé de penser à lui. Mais, ce jour-là, quand il vit soudain qu’un messager venait de sa part avec une carte de visile pour l’inviter, il se sentil transporté de joie. Il changea

1. Mot à mot : Avait montré sa laideur, Ici le cas est tout autre que pag. 86, 186.

aussitôt d'habit et de bonnet, se rendit à la porte du gouverneur, et attendit. Après l'heure de midi, on donna le signal ! pour ouvrir la porte et on l'invita à entrer. Il pénétra alors dans l’intérieur.

Quand ils eurent-fini de se saluer de part et d'autre et de s'asseoir, le gouverneur. prit la parole. « Après avoir reçu votre honorable visite, lui dit-il, je voulais de suite vous inviler à venir causer avec moi ?, mais les nombreuses affaires de mon administration m'en ont empêché. J’espère que vous ne m'en ferez pas un crime.

— Dernièrement, dit Tchang-koueï-jou, vous m'avez permis de franchir la porte des dragons 3; c'était déjà pour moi un sujet de gloire et de joie infinies. Aujoard’hui j'ai encore cu l’honneur de recevoir votre invilation; comment pourrais-je m'en croire digne ? »

Peu de temps après, les domestiques servirent du vin. Quand on eut bu quelques tasses : «Monsieur, dit le gouverneur, vous demeuriez chez Pé-thaï-hiouen; comment avez-vous eu le loisir de venir jusqu'ici?

— En raison de l'examen provincial de l'automne

1. En chinois : Tch'ouen-pang, on frappa sur le pang. C'est un instrament de bois creux sur lequel on frappe pour éveiller l’attention du public. Il est particulitrement à l'usage des veilleurs de nuit.

Gonçalvez traduit cette expression par : Tocar lu matraca, faire résonner la crécelle.

2. L'expression f-siu (Basile : 1-1103), une conversation, un entretien, se prend quelquefois pour une collation (en mandchou: Adsige sarin, un petit repas).

3. C'est-à-dire : Vous avez daigné me recevoir. Cette locution (franchir la porte des dragons) a été expliquée, t. 1, p. 49, n. 4,

IL QUITTE SUBITEMENT SA CHARGE. 245 dernier !, dit Tchang-kouei-jou, j'ai pris congé du seigneur Pé. Voilà pourquoi j'ai pu venir ici, pour admirer de près l'éclat de votre vertu.

— Ainsi donc, reprit le gouverneur, vous avez pris congé du seigneur Pé. J’ignore où en était dernièrement le mariage de sa fille. En savez-vous quelque chose, monsieur ? |

— Je parlerai saus détours à Votre Excellence, dit Tchang-koueiï-jou. Précédemment, lorsque je demeurais chez Pé-kong, quoique je n’eusse que le titre de précepteur particulier, le fait est qu’il m'avait promis de me prendre pour gendre ?. Mais dans la suite, j'ai été calomnié tout à coup par de méchantes langues. Pé-kong ayant ajouté foi à leurs propos, j'ai pris congé de lui et j'ai quitté sa maison. J'ai entendu dire dernièrement que sa fille n’est pas encore mariée.

— Le vieux Pé, dit le gouverneur, est un homme d’un caractère entier. Dans le commencement, lorsque j'étais à la capitale, je lui avais fait plusieurs fois des ouvertures pour marier mon fils, mais il s’y est obstinément refusé ?.

— Si c’est ainsi qu'il s’y prend pour choisir un gendre, dit Tchang-kouei-jou, je crains bien qu'il nc

4. L'examen que l’on passe pour obtenir le grade de licencié.

2. Littéralement : 11 m'avait promis le lit oriental. L'expression tong-tch’oang (lit oriental), désigne au figuré un gendre. (Voyez t. I, p. 295, n. 4, et p. 345, n. 1.)

3. On a vu, dans le deuxième chapitre, les manœuvres indignes employées par Yang-tseu-hien (aujourd'hui gouverneur), pour forcer Pé-kong à donner Hong-yu en mariage à son fils Yang-fang.

vienne pas à bout de marier sa fille dans la vie présente !.

— C'est parfaitement vrait parfaitement vrai ! s’écria le gouverneur en riant aux éclats. J'ai appris derniérement que Sou, le juge militaire, a prié Ou-chouït-’an d’être son entremetteur et d’aller la demander; le sauriez-vous, monsieur ?

— Jusqu'à présent, répondit Tchang-koueï-jou, je n'en ai rien su. Mais je vous prierai de me dire quel est ce M. Sou, le juge militaire ?

— C'est Sou-yeou-pé, qui vient d’être nommé docteur, dit le gouverneur.

— Ce M. Sou-yeou-pé, dit Tchang-kouei-jou, est de la province du Ho-nan.

— Son oncle, reprit le gouverneur, est originaire du Ho-nan, et c’est pour cela qu'il s’est fait inscrire ? comme étant du Ho-nan, mais au fond il est de Kin-ling (Nan-king).

— À ce que je vois, dit Tchang-koueï-jou, rempli d'étonnement, c'est Sou-lién-sièn *; je croyais que c'était un autre.

— Monsieur, dit le gouverneur, éliez-vous lié avec lui ?

— M. Sou, dit Tchang-kouei-jou, était un de mes

1. Allusion aux existences successives qu’admettent les bouddnu à mot: Ji-tsi, il est entré dans le registre (de la popula- DUT (le dieu du lotus), est un surnom honorifique de Sou-

amis les plus intimes; il a demeuré plus d'un mois dans mon jardin.

— Voilà qui est excellent, dit le gouverneur, car j'ai une affaire à vous confier.

— Oserais-je vous demander de quoi il s'agit? dit Tchang-kouei-jou.

— J'ai une fille, répondit le gouverneur; je voulais le prendre pour gendre; mais ayant jeté ses vues sur la fille de Pé-kong, il a refusé à plusieurs reprises. Comme vous êtes fort lié avec lui, veuillez prendre la peine d'aller lui parler. Pé-kong étant un homme d’un caractère opiniâtre, votre ami aura bien de la peine à conclure son mariage. Il ferait mieux d’épouser ma fille. Si cette affaire pouvait réussir, je me ferais un devoir de vous récompenser.

— J'obéirai à vos ordres, lui dit Tchang-kouet-jou, en faisant un salut. » Après avoir bu encore quelques tasses, il le remercia et prit congé de lui.

Tchang-koueï-jou, étant revenu à son hôtellerie, se livra secrètement à ses réflexions. « Dans le commencement, dit-il, pour épouser celte demoiselle Pé, je ne sais combien de stratagèmes j’ai imaginés, combien d'argent j'ai dépensé; et cependant tout a été inutile. Il vient de trouver un docteur de la nouvelle promotion, et se prépare à le prendre pour gendre. Comment n’en serais-je pas irrilé ? Ce qu’il y a de mieux est d’imaginer un Stratagème. Si je parvenais à faire échouer leur projel !, je pourrais passer sur eux ma juste Co-

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