Pour qu'il cessât de tourmenter Pé-kong
— Je n’en puis rien rabattre, reprit Yang; je veux absolument qu’il boive les vingl tasses.
— Boire du vin à la vue des fleurs, dit Pé-kong, c'est tout mon plaisir ; est-ce que cela vous regarde? Pourquoi, monsieur, me presser si fort? » À ces mots, il saisit la tasse de vin, et quoiqu'elle fut très-grande, il l’avala tout entière.
— Que ce soit ou non votre plaisir, et que cela me regarde ou non, dit Yang en riant, c’est le moindre de mes soucis. Pour que je vous tienne quitte, vous n'avez qu'à boire vos vingt tasses. »
Il ordonna aux domestiques de lui verser encore du vin,et Pé-kong en avala de suite quatre ou cinq . tasses. Comme il les avait bues trop vite, dans un moment de colère !, soudain les fumées du vin lui montèrent au cerveau, de sorte qu'il avait quelque peine à rester dans son assielte. Ne pouvant résister aux instances de Yang, qui était à ses côlés et ne cessait de le presser, il but encore une tasse de vin; mais, dès ce moment, il ne put se ténir assis. Il se leva promptement, et alla dormir sur un lit de repos qui se trouvait derrière un praravent. Ce que voyant Yang, loin de làcher prise, il voulut quitter la-table et l’arracher de de son lit. Mais Sou, le moniteur impérial, le saisit par le bras et l’arrêta : « M. Pé, dit-il, a bu beaucoup trop
4. Littéralement : Comme c'était du vin de colère, et qu’il l'avait bu trop vite, sas qu'il s’en aperçût, en un moment, il (le vin) lui monta au cœur.
vite; vous l’avez déjà püni de cinq ou six tasses ; cet bien assez. Attendez qu’il ait fait un somme.
— Comme il s’est obstiné à me ienir tête, dit Yang, je ne lui ferai pas grâce de celle tasse.
— Si vous voulez le punir encore, reprit Ou, l’acsdémicien, attendez au moins que nous ayons tous deux achevé nos vers. Lorsque ni vous ni moi n'avons encore composé, pourquoi vous acharnez- vous à le punir ?
— Cette observation est parfaitement juste, » dit Sou, le moniteur impérial.
Yang, dès lors, ne bougea plus. « Messieurs, dit-il, je me rends à votre avis; seulement, quand nous aurons fini nos vers, je saurai bien le faire boire encore !. Mais s’il s'avisait de prétexter l'ivresse pour ne plus boire de vin, je l’en arroserais de la tête aux pieds. »
A ces mots, ils se partagèrent tous trois le papier et les pinceaux. Nous les laisserons pour le moment composer des vers en face des fleurs. On peut cure à cetle occasion :
Si l’on a le goût du vin, on boit avec des intimes; Lorsqu'on aime les vers, on en compose en société; Mais quand ce n'est ‘pas avec d'anciens amis,
On ne fait que détruire le charme des vers et du vin,
Or, depuis la mort de sa noble dame, Pé-kong avait cessé d'entretenir près de lui des femmes de second rang. C'était Hong-yu, sa fille, qui gouvernait toutes