‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 232 sur 264 · Six ou sept lieues · texte numérisé non relu

Six ou sept lieues

serait-ce pas un autre Tchao-thsien-li !? » Il répondit en conséquence : « Pé-thaiï-hiouen est justement un de mes parents; comment ne le connaîtrais-je pas? En vous voyant, monsieur Lieou, m’interroger à son sujet, j'imagine que vous êles de ses amis.

— Je ne suis pas de ses amis, répondit Sou-yeou-pé, mais depuis longtemps j'admire sa grande réputalion, et c’est pour cela que je me suis tout à coup informé de

— Pé, mon parent, dit Pé-kong, est un homme haut et fier; monsieur Lieou, comment pouvez-vous l'admirer?

— Si c'était un Homme vulgaire, dit Sou-yeou-pé, il pe pourrait avoir de hauteur dans le caractère; s’il était sans talent, il n’oserait montrer de la fierté. La hauteur et la fierté sont justement le cachet d’un homme de lettres; n'ai-je pas raison de l’admirer? Seulement, chez ce seigneur, je remarque une chose qui ne mérite point d’éloges.

— Quelle chose? demanda Pé-kong.

— Il a un esprit flottant, répondit Sou-yeou-pé, et ordinairement il se laisse duper par des fripons.

— Je suis justement de votre avis, repartit Pé-kong; mais, monsieur Lieou, puisque vous n'êtes pas lié avec lui, comment connaissez-vous tous ces détails ?

— Le seigneur Pé, dit Sou-yeou-pé, possède une

4. C'est un licencié qu'on a vu faire une sotte figure lorsqu'il s’est agi de composer une pièce de vers au sujet du lac Si-hou. (Voyes t. II,p. 225.)

fille qui, pour le talent et la beauté, n’a pas son égale dans l'antiquité ni dans les temps modernes. Puisque Votre Seigneurie est de ses parents, elle doit naturellement le savoir.

— Je le sais en effet, répondit Pé-kong.

— Ayant une fille d’un tel mérite, dit Sou-feou-pé, il doit naturellement chereher un gendre. Cemfnent se fait-il que, choisissant à droite et à gauche, il ne cherche que parmi les gens riches ! qui se promènent la canne à la main, et ne s’informe point des hommes de talent qu'il a devant les yeux? Voilà pourquoi j'ai dit qu'il a un esprit flottant.

— Monsieur Lieou, dit Pé-kong, êtes-vous allé voir mon parent ?

— J'y suis allé, en effet, répondit Sou-yeou-pé, mais je n'ai pu le voir.

— Monsieur Lieou, reprit Pé-kong, n'allez pas, par erreur, blämer mon parent. S'il n’a pas eu l'avantage de vous rencontrer, c'est seulement que le ciel ne l’a pas permis. S'il vous eût rencontré, aurait-il pu ne pas reconnaître la beauté de Tseu-tou ? ?

— Ce n’est pas la peine de parler de moi, dit Sou-

4. Mot à mot : Au milieu du gros millet et du bois blanc. On lit dans le poëte Tch'in-yu-i : « Les jeunes gens de famille portent une

nne de bois blanc, et les fils riches un parasol vernissé en noir. Bing-tseu-louï-pien, liv. cxxxvir, fol. 97.)

2. La beauté de Tseu-tou était célèbre dans l'antiquité. Mengtweu a dit de lui (liv. vr, $ 7): « Tous les hommes connaissent la beauté de Tseu-tou; il faut être aveugle pour ne pas la connaître.» — Pé-kong compare Sou-yeou-pé à Tseu-tou.

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