‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 233 sur 264 · TN · texte numérisé non relu

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278 EN SE PROMENANT, yeou-pé; mais l'individu qu’il a admis dans son intimité ! n’est certainement pas un homme de mérite. »

« Les affaires du monde sont bien extraordinaires, dit en lui-même Pé-kong. J'ai choisi par erreur un Tchang-koueï-jou, et il le connaît à fond; j’ai jeté mon dévèlu sur un Sou-yeou-pé, et il n’est pas sûr qu! lè cemnaisse. On a bien raison de dire qu’une bonne affaire ne passe pas le seuil de la porte, et qu'une mauvaise affaire circule jusqu'à mille li (cent lieues).

— Dans le collége de Kin-ling, dit-il alors, il y avait un gpmmé Sou-yeou-pé; dites-moi, monsieur Lieou, si vous Île connaissez. »

A ces mots, Sou-yeou-pé éprouva intérieurement une vive émolion et se dit: « Comment m'interroge-t-Il sur moi-même ?

— Sou-yeou-pé, répondit-il, est un de mes condisciples; je suis intimememt lié avec lui. Pourquoi Votre Seigneurie s’informe-t-elle de lui?

— Monsieur Lieou, dit Pé-kong, permetlez-moi une question : dites-moi ce que vous pensez de son talent et de sa figure.

— Îlest tout au plus comme moi, dit Sou-yeou-pé en souriant.

— Monsieur, dit Pé-kong, s’il vous ressemble, on peut s’en faire une juste idée. Pé, mon parent, m'avait dit que le jeune homme qu'il était décidé à choisir pos

4. On a vu que Pé-kong avait reçu chez lai Tchang-kouei-jou à titre de précepteur, afin d’avoir l'occasion de le mettre à seprenre et de voir s’il avait du talent.

gendre, était Sou-yeou-pé, et que les autres prétendants avaient disparu d’eux-mêmes comme de folles abeilles ou des papillons volages. Comment avez-vous pu dire, monsieur Lieou, qu'il ne sait s'arrêter à rien? »

À ces mots, Sou-yeou-pé éprouva un étonnement mêlé de joie. « Si cela est, se dit-il en soupirant, je vois que j'ai eu la langue trop longue. »

Après avoir achevé cet entretien, ils parlèrent encore de la beaulé des montagnes et des rivières. Ils restérent assis jusqu'au coucher du soleil, et, se levant alors, ils s’en revinrent tranquillement côte à côte jusqu’au couvent, et se séparèrent. On peut dire à ce sujet :

Lorsque deux personnes se regardent d'un œil bienveillant, leur âme n'éprouve point d’ennui.

Lorsque deux hommes au cœur pur se trouvent en présence, leur conversalion se prolonge avec charme.

Alors sans qu'ils s’en aperçoivent, au delà des grands saules et des pics sans nombre,

Les oiseaux partent, les nuages s’en vont, et déjà le soleil est arrivé à son couchant i.

Sou-yeou-pé étant revenu dans sa demeure, s’abandonna secrèlement à ses réflexions. « Ainsi donc. dit-il, Pé-kong pensait aussi à moi. Si j'étais allé le voir plus tôt pour lui demander sa fille, l'affaire serait déjà faite. Mais comme je suis allé chercher Ou-chouï-'an, je me suis arrêté longtemps pour acquérir du mérite et de la

1. C'est-à-dire : Quand deux amis intimes causent ensemble, le temps leur paraît court, et un jour entier s'écoule sans qu'ils s’en

aperçoivent.

réputation, et je suis revenu trop tard. De sorte que mademoiselle Pé én a cençu un profoné chagrin qui l'a emportée dans l’autre monde !. À ce que je vois, quand je mourrais, ce ne serait pas assez pour effacer . mon crime. Mais la première fois que je suis venu, je ne songeais nullement à acquérir du mérite et de la réputation. C’est Lou-meng-li qui m'y a décidé par ses pressantes exhortations. Du reste, se ditil encore, si Lou-meng-li m'y a exhorté, c'était à bonne intention. Il me disait qu'une fois en possession du mériteet de la réputation, je réussirais en toætes choses. Qui aurait pu prévoir que mademoiselle Pé mourrait tout à coup, et que Lou-meng-li, lui-même, disparaftrait sans qu'on pût découvrir ses traces? Au bout du compte, il est clair que je n'étais pas inscrit sur le livre du mariage; c'est pour cela que j'ai échoué dans mes projets. Avanthier, le devin m'avait dit qu'une fois arrivé ici, je ferais sans faute une rencontre, et justement j'ai rencontré cet homme. »

1l se fit apporter le calendrier, et vit tout de suite qu'on était justement au jour du tigre rouge?. Il en éprouva au fond du cœur une surprise extraordinaire. « Peut-être, dit-il, que mon mariage dépend de cet homme. »

Pendant toute la nuit, il fut agité de mille pensées. Le

1. En chinois : Khteou-thsiouen, les neuf sources, les neuf fontainés.

2. Le troisièmo jour du cycle. C'était le jour que lui avait indiqué le devin,

lendemain, il se hâta d'écrire un billet de visite portant les mots : « (Lieou) votre jeune compatriote, » et alla rendre visite à Pé-kong. Celui-ci le retint et ne voulut point le laisser partir. Tous deux traitèrent de l’histoire ancienne en brûlant des parfums, et parlèrent littérature en buvant tête à tête; ils ne se quittèrent qu'après avoir passé ainsi un jour entier. Le lendemain, Pé-kong alla saluer Sou-yeou-pé qui le retint aussi à bare. À partir de ce jour, tantôt ils composaient des vers sur le même sujet !, tantôt ils admiraient les fleurs ou dissertaient sur la beauté des eaux. Ils avaient tous deux les mêmes sentiments et les mêmes idées, et ne se quittaient pas du matin au soir. Pé-kong s'abandonna secrètement à ses réflexions. « 11 est vrai, dit-il, qu'on m'a parlé du talent remarquable de Souyeou-pé, mais je n'ai pas encore vu sa figure. Après avoir passé plusieurs jours avec M. Lieou, j'ai appris à le connaître à fond. Il possède un beau talent et une profonde érudition; de plus, toute sa personne est pleine de grâce et de noblesse. En voyageant dans les deux capitales et les différentes provinces, j'ai passé en revue une infinité de jeunes gens, mais je n’en ai jamais rencontré d'aussi accompli. D'ailleurs, il n’est pas encore marié. Si je faisais encore la faute de le manquer, n’aurait-il pas le droit de se moquer de moi et de dire que je ne sais m'arrêler à rien ? Mais il y a encore une chose (qui m’embarrasse). Si je me contente de ma-

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