Mot à mot : Ea se partageant le sujet
T. Il. 416.
rier Hong-yu, où irai-je chercher pour Lou-meng-li un époux d'un pareil mérite? Ne diront-elles pas que je règle mes sentiments d'après les degrés de parenté {? Si, au contraire, je parlais d’abord de le marier avec Lou-meng-li, et que je cherchasse ensuite un autre époux pour Hong-yu, il me faudrait déguiser mes sentiments ?. Je trouve que les deux cousines se ressemblent du côté du talent et de la beauté, et qu'il existe entre elles un accord parfait de sentiments et de peæsées. Le mieux serait de les marier toutes deux au jeune Lieou. Par là, j'aurais mené à bonne fin l'affaire qui les intéresse; ce serait une chose charmante. Quant au jeune Lieou, c’est un talent qui, dans la suite, doit naturellement arriver à l’académie. Pour le mérite et la réputation, il n’est certainement pas au-dessous de moi. Si je le laisse de côté et ne le leur donne pas en mariage, il me sera impossible de retrouver son pareil. »
Sa résolution étant bien arrêtée, il parla ainsi à Souyeou-pé : « J'ai une affaire dont je devrais charger un ami de vous entretenir, mais comme nos relations d'amitié m'affranchissent des usages du monde, je veux
4. Littéralement : Que je distingue la proche parenté de la pareuté éloignée, et que je suis affectueux (pour l’une — ma fille), et indifférent (pour l’autre — ma nièce).
2. Morrison, Dict. alph., n° 5622, explique les mots kïao-thsing (6821-2898) par « a fraudulent disposition. » Le dictionnaire chinoismandchou Thsing-han-wen-haï rend la même expression par g4nin mourime, avoir l'esprit obstiné. Ce sens ne peut trouver ici son application.
vous en parier directement; j'ignore, monsieur, si je puis le faire ou non.
— Quelles nobles idées avez-vous à me communiquer? dit Sou-yeou-pé; je me ferai un devoir de kes écouter avec respect.
— Voici la chose, dit Pé-kong. Avant-hier, monsieur Lieou, vous disiez que Pé-thaï-hiouen, en cherchant un mari pour sa fille, ne fait que choisir de côté et d’autre, et que lorsqu'il a devant lui un homme de talent, il ne prend paslda peine de s’en #nformer. Après y avoir mürement songé, je trouve votre observation extrêmement juste. J'ai une fille et une nièee. Quoique je n'ose dire qu'elles effacent par leur beauté toutes les femmes du monde, cependant elles ressemblent un peu à la fille de Pé-thaï-hiouen, et n’en différent pas beauchup. Maintenant, monsieur Lieou, je rencontre en vous un jeune homme doué de talent et de beauté, un lettré sans pareil dans tout l’empire, qui justement n’est pas encore établi. Si je ne montrais pas le désir de les unir avec vous !, et que plus tard elles perdissent leur réputation par un mariage mal assorti, n’estil pas vrai que ceux qui se moquent de Pé-thaï-hiouen se moqueraient aussi de moi? Je ne sais, monsieur Lieou, si vous partagez mes intentions. »
4. Littéralement : Att#Æher Sse et Lo, c’est-à-dire : Attacher les faibles plantes Thou-sse et Niu-lo (à un haut pin). C’est une locution d’une modestie excessive qui signifie, au figuré, marier une fille d’uné condition obscure à un homme d’un rang élevé qui sera son appui.
Sou-yeou-pé, voyant qu'on lui parlait d'une fille et d’une nièce. et que la mention de ces deux personnes s'accordait de point en point avec les paroles du devin, fut rempli de surprise et d’admiration. « Dans le premier moment, dit-il aussitôt, j'ai laissé échapper des paroles qui partaient d’une profonde émotion. Votre Seigneurie, loin de me taxer de folie, daigne au contraire me mettre au même rang qu'elle, et veut choisir un étudiant pauvre et obscur pour occuper le lit orienlalt; c'est un bonheur sans pareil. Mais j'ai une pensée que je renferme dans mon cœur; je ne sais si je puis oser voms la communiquer.
— Quand deux amis intimes se rencontrent ensemble, dit Pé-kong, rien n'empêche qu'ils ne se parlent à cœur ouvan.
— Quoique je ne sois pas encore établi, dit Sou-yeous pé, j'avais demandé en mariage deux jeunes filles. L'une a quitté la vie, et elle est accablée de douleur auprès des neuf fontaines 5; l’autr s’est enfuie pour échapper au malheur, et je n’en ai aucunes nouvelles. Bien que je ne puisse ressusciter celle qui n’est plus!, la justice ne me permet pas de prendre une seconde épouse. Quant à celle qui est encore au nombre des vi-
4. C'est-à-dire : Pour en faire son gendre. (Voyez t. J, p. 345, n. 2.)
2. Mot à mot : De l'une la personne etŸa guitare ne sont plus. (Voyez t. II, p. 252, n. 1.)