‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 248 sur 264 · Voyezt. I, p. 46, n · texte numérisé non relu

Voyezt. I, p. 46, n

2. Sie-liag-yun disait : « Tous les hommes de l’empire ont ense ble un chi de talent (le chr est une mesure de dix feou, ou boisseaux), "s'ao-1seu-kien en possède seul huit feou.» Comme s’il disait : ‘ao-tseu-kien possède seul les huit dixièmes du talent littéraire

tout l'empire. (Yun-fou-kiun-yu, liv. XIL, fol. 31.) Ts'ao-tseu-kien était le troisième fils de l’empereur Wou-ti, de la nasiie des Wei. La troisième année de la période Hoang-thsou

mérite, comment ne l’aurais-je pas trouvé de mon goût?

— Mon frère. dit Ou, l’académicien, lui avez-vous demandé s’il demeure dans la ville de Kin-ling ou dans la campagne?

— Il m'a assuré, répondit Pé-kong, qu’il demeurait dans la ville même; il a ajouté qu’il a eu l'honneur de de vous voir.

— Voilà qui est assez étrange, dit Ou, l’académicien. S'il est de Chan-in, je ne le connais pas. Qui sait s’il n’y 4 pas, à l'écart, quelques talents extraordinaires ? S'il dit qu'il est des environs de Kin-ling, quoique j’y connaisse beaucoup de monde, il ne s’ensuit pas que je connaisse tous les habitants. Peut-être qu'il y a encore quelque talent ignoré; c'est ce qu'on ne saurait conjecturer. S'il dit qu’il est de la ville même et que j'ai eu l'occasion de le voir, non-seulement je n’ai jamais * été en relations avec un ami du nom de Lieou, mais j'ai beau passer en revue tout le collége de Nan-king, je n’y vois pas un seul homme de talent du nom de Lieou. Je crains, mon frère, que vous n'ayez encore été trompé par quelque fripon.

— Si je n'avais eu avec lui qu’une courte entrevue, dit Pé-kong, peut-être qu’au premier coup d'œil je n'aurais pu le bien juger ; mais il a logé avec moi dans

{222 après Jésus-Christ), il composa une pièce de vers fort estimée intitulée : Lo-chin-fou, poëme au sujet de l’esprit de la rivière Lo.

C'est à lui qu’on fait allusion lorsqu'on dit: Composer des vers après avoir fait sept pas (thsi-pou). (Voyez t. I, p. 32, n. 4.)

le même couvent ; nous ne nous quittions pas du matin au soir. Nous avons passé ensemble plus de quinze jours de la manière la plus agréable. Nous faisions des vers! à la vue des fleurs, et nous parlions littérature en buvant tête à tête. Tantôt nous raisonnions sur la haute antiquité, tantôt nous jugions ? nos contemporains. Ses manières distinguées et sa vaste érudition me causaient vraiment une sorte d'ivresse. Voilà pourquoi je lui ai promis hardiment de le marier. Si j'avais eu le moindre soupçon sur son compte, aurais-je pu mener cette affaire avec tant de précipitation ?

— Si vous l’avez bien examiné, dit Ou, l’académicien, naturellement vous n'avez pu vous tromper; seulement je regrette que vous n’ayez pas vu Sou-Liensien. Si vous l'eussiez vu, le mérite ou la médiocrité du jeune Lieou auraient éclaté d'eux-mêmes.

— Mon frère, dit Pé-kong en souriant, je pense que vous n'avez pas encore vu le jeune Lieou; si vous l'eussiez vu, je suis sûr que vous n'en parleriez pas ainsi.

1. Le texte dit: Fen-yun, nous nous partagions des rimes, c'està-dire nous faisions des vers sur les mêmes rimes.

2. En chinois: Youei. tan (lune-matin), expression incomplète qui serait inintelligible si l'on ne connaissait le fait suivant. Sous le règne de l’empereur Houan-ti, de la dynastie des Han (147-159 après Jésus-Christ), Riu-chao et Tsing-kong, son cousin germain, avaient acquis une grande réputation. Ils aimaient à examiner et juger ensemble les vertus ou les vices de leurs compatriotes. Le premier matin de chaque mois, ils recommençaient. Les habitants de Jou-

nan appelaient ces jugements mensuels Youei-tan-p'ing (jugements ou discussions du matin de chaque mois).

— Je ne l’ai pas vu même superficiellement, dit Où, L’académicien, en riant à son tour, mais quand il serait Si beau, ce n’est toujours qu’un pauvre bachelier.

— Rien.que par son talent et sa beauté, dit Pé-kong, il efface déjà la multitude des hommes; mais si l’on considère son mérite el sa réputation, ce n'est pas un docteur ordinaire. Décidément, ce sera un des membres les plus renommés de l'académie; il ne sera pas au-dessous de vous.

— Quand il serait déjà de l'académie, dit Ou, ce ne serait pas un bien grand honneur; seulement, mon frère, vous voyez d'un mauvais œil Sou-yeou-pé, qui est déjà de l’académie, et vous le laissez là pour tourner vos regards vers un jeune homme qui n’est pas sûr d'en être un jour. Il me semble que vous vous exagérez son mérite !.

— Avant-hier, dit Pé-kong, j’ai reçu votre lettre où vous me disiez que Sou-yeou-pé avait été nommé juge dans le Tché-kiang, pourquoi lui donnez-vous le titre d’académicien ? |

— Précédemment, dit Ou, l’académicien, Sou-yeoupé avait obtenu le premier rang parmi les docteurs dé la seconde série. Les réglements voulaient qu'il entrât à l'académie, mais les deux ministres, Tch’in et Wang, prétendant qu'on l'avait nommé par faveur, lui ôtérent son nouveau titre et lui donnèrent une charge de ma-

4. En chinois kouo-fhsing, expression que le dictionnaire Thsinghan-wen-hai explique par: Yargiyan tchi dabanambi, dépasser le vrai, aller au delà du vrai (en parlant d'une réputation exagérée).

5e MÉPRISE SUR MÉPRISE;

gistrat. Quelque temps après, mes collègues, ne pouvant souffrir qu'on violât les réglements, voulurent présenter tous ensemble un rapport à l’empereur. Le ministère du personnel en fut effrayé; c'est pourquoi il reconnut sa faute, et, en vertu d’un décret de Sa Majesté, il rétablit Sou-yeou-pé dans ses droits. Je pense qu'après avoir vu la gazette officielle, Sou-ycoupé quittera de lui-même sa place et reviendra sans faute dans quelques jours.

— Le jeune Lieou, dit Pé-kong, a pris avec moi un engagement, et l'époque fixée pour notre entrevue va arriver dans quelques jours. Quand tout le monde sera une fois réuni, les eaux des rivières King et Wei se distingueront d'elles-mêmes !.

*— Ce sera à merveille, dit Ou, l’académicien. »

Mademoiselle Pé, après avoir entendu Ou l'acalémicien discuter avec son père, ne jugea pas à propos d'ouvrir la bouche. Seulement elle consulta secrètement avec mademoiselle Lou. « Les deux familles, dirent-elles, n’ont pas encore envoyé les présents de noces ; attendons jusque-là, et alors nous verrons ce qu'il faut faire. »

Il y avait déjà quelques jours que Pé-kong passait le temps avec Ou, l'académicien, lorsque le concierge vint tout à coup lui annoncer que M. Tchang, qu’il avait reçu anciennement à titre de précepteur particulier, demandait à le voir.

1. C'est-à-dire : Nous les distinguerons clairement l’un de l’autre. (Voyes t. II, p. 29, n. 2.)

Pé-kong réfléchit longtemps. « Que vient-il faire encore? s’écria-t-il. |

— Il a sans doute ses raisons pour venir, dit Ou. l'académicien; qu'est-ce qui vous empêche de le recevoir un moment ? »

Pé-kong sortit aussitôt du salon, ct ordonna de le faire entrer. Un instant après, Tchang-koueï-jou entra et lui fit un salut. Les révérences terminées, chacun s’assit. « Il y a bien longtemps, lui dit Pé-kong, que je n'ai reçu vos instructions.

— Depuis que j’ai échoué au concours de l’automne dernier, dit Tchang-kouei-jou, j'ai voyagé pour mon instruction dans la province du Tché-kiang ; c’est pourquoi j’ai manqué pendant longtemps de vous rendre mes devoirs.

— Depuis quand êtes-vous de retour? demanda Pé-kong.

— Comme j'avais à vous importuner d’une affaire,

dit Tchang-koueï-jou, je suis revenu hier.

— J'ignore, dit Pé-kong, quelle est l'affaire dont vous voulez bien m’entrelenir.

— J'ai, répondit-il, un ami intime qui a obtenu le grade de docteur. Ayant appris depuis longtemps que votre Seigneuric avait une fille sage, vertueuse et d'une beauté accomplie!, il m'a chargé de tenir respec-

4. Littéralement : Qu'elle avait la beauté de Kouan-tsiu, c’est-hdire Ja beauté de la princesse Thaï-sse, dont le Chi-king fait l'éloge dans la première ode commençant par les mots Kouan-kouan-tsiukieou (les canards Tsiu-kieou se répondent par le cri kouankouan;, etc.

tueusement le manche de la cognée!. Il veut prier votre Seigneurie de lui accorder l'alliance de Tchou et de Tch’in?.

— Quel est votre honorable ami? demanda Pé-kong.

— C'est, répondit-il, Sou-yeou-pé qui vient d'entrer à l'académie des Han:-lin.

— Eh quoi! dit Pé-kong, c'est justement M. Sou. Hier, Ou, mon parent, est venu pour cette affaire. Je suis maintenant dans un grand embarras.

— Ainsi donc, dit Tchang-kouci-jou, le seigneur Ou, votre honorable parent, est ici. M. Sou a obtenu fort jeune le grade de docteur, et mademoiselle votre fille est une personne distinguée de l’appartement intérieur. C'est justement un couple formé par le ciel. Je ne sais pas d'où vient votre embarras.

— Mon embarras, dit Pé-kong, vient uniquement de te que j'ai promis ma fille à un autre.

— Monsieur, dit Tchan-kouei-jou, à l'époque où Sou-Lien-sien venait d'obtenir le premier rang sur la liste des bacheliers, vous aviez eu la bonté de l’accucillir favorablement et de lui promettre votre fille. Aujourd'hui qu'il a vu le cheval de bronze et la salle

1. C'est-à-dire de faire les premitres ouvertures du mariage. (Voyez t. 1, p. 99, n. 1.)

2. Dans l'arrondissement de Siu-tcheou, de la province du Kiangnan, il y avait un vÜlage appelé Tchou-tch'in. Ce village ne se composait que de deux familles, nommées Tchou et T’chin, qui, de génération en génération, se mariaient constamment entre elles. De 1à est venue la locution kie-tchou-tch'in-tchi-hao, nouer l'amitié de Tchou et de Tch'in, pour dire se marier ou marier quelqu'un. (Voyez t. II, p. 240, n. 1.) |

de jade‘, pourquoi le repoussez-vous? je vous avoue que je n y comprends rien.

— Monsieur, dit Pé-kong, ne.vous pressez pas si . fort; permettez-moi d'en conférer avec mon parent; je vous rendrai ensuite réponse.

— C'est une belle affaire, dit Tchang-koueï-jou ; j’espère encore que votre Seigneurie y donnera son entier consentement. »

Pé-kong le retint pour prendre le thé, puis ils causérent encore quelque temps. Tchang-kouei-jou saisit celte occasion pour l'interroger. « Votre honorable village, dit-il, renferme un grand nombre d'habitants; j'ignore s’il sont tous réunis en cet endroit, ou bien s'ils sont disséminés.

— Ils sont tous réunis en cet endroit, répondit Pé-kong ; ils ne sont pas fort dispersés. Mais pourquoi me faites-vous celte question ?

— J'ai un ami qui m’a chargé d’une lettre, répondit Tchang-kouei-jou; j'ai fait chercher la personne dans toutes les parties du village, mais il a été impossible de la trouver.

— Qui cherchez-vous? demanda Pé- kong.

— C’est un monsieur Hoang-fou, du titre de Youenwaï, répondit Tchang-kouei-jou.

— Hoang-fou ? est mon parent, dit vivement Pé-kong; -

4. C'est-à-dire : Maintenant qu’il est membre de l’académie. (Voyez t. 1, p. 67, n. 2.) 2. On a vu plus haut que, pour se cacher, Pé-kong avait pris le nom de Hoang-fou.

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