Mademoiselle Fé, 5, Son père adoptif, Sou-fang-hoel
devait présider à mon mariage, et un noble personnage de mon pays! s'était chargé du rôle d’entremetteur. Votre serviteur ne pouvant avancer ni reculer, et ne sachant plus quel parti prendre, se voit dans la nécessité d'exposer sincèrement les faitsà Votre Excellence.
« Votre Excellence suit la droite voie et la justice, et elle donne l'exemple des vertus sociales. Soit qu'il faille se conformer aux règles établies ou s’en écarter sous l'empire des circonstances, elle saura certainement arranger cetle affaire.
« Voilà pourquoi j’ai pris la liberté de vous écrire d'avance. Sous peu de jours, votre serviteur viendra s’incliner au bas de votre porte, pour recevoir les ordres de Votre Excellence.
« Je profite d’une occasion ? favorable pour vous écrire; celte lettre, d’un style négligé, ne dit pas tout. |
« Hio-chi vous salue de nouveau jusqu'à terre. »
Après avoir lu cette lettre, Pé-kong fut rempli d’étonnement. « Voilà qui est extraordinaire, s'écria-t-il ; où a-t-on vu une affaire sujette à tant de vicissitudes ?
— Puisqu'il vous annonce qu'il est déjà fiancé, dit Ou, l’académicien, vous devriez, mon frère, profiter de cette occasion pour le congédier, et terminer l'affaire de Sou-yeou-pé; vous ferez d’une pierre deux coups.
1. Ou-choul-’an, l'académicien, beau-frère de Pé-kong. 2. En chinois : Hong-pien, l’occasion d'une oie (voyageuse).
— Îlest vrai, dit Pé-kong, que ce parti semble avantageux ‘, mais le jeune Lieou serait un gendre accompli; je ne puis me permettre de le renvoyer. Attendons son arrivée ; alors nous prendrons ensemble une résolation décisive.
— Ïl n'y a rien de plus aisé, dit Ou, l’académicien. » On peut dire à ce sujet:
On avait dit que l'affaire était arrangée sans retour, Et voilà qu’elle éprouve un r'ouveau changement. Si un homme n'était pas exposé à mille vicissitudes, Comment pourrait-on voir ses vrais sentiments ?
Laissons Pé-kong attendre l’arrivée du jeune Lieou, et revenons à mademoiselle Lou. Lorsqu'elle était dans le Chan-tong, comme elle voulait se retirer dans le Kiang-nan pour échapper au danger, dans la crainte que Sou-yeou-pé ne fit des recherches inutiles pour la trouver, elle avait écrit une lettre, qu’eile avait confiée à un vieux serviteur nommé Wang-cheou. Elle lui avait donné quelque argent pour son voyage et l'avait chargé d'aller à la capitale pour la remettre à M. Souyeou-pé. « S'il n'est pas à la capitale, ajouta-t-elle, vous le chercherez tout le long de la route jusqu’à Kin-ling, puis vous viendrez secrètement me rendre réponse dans la maison de Son Excellence Pé, mon oncle. » Elle lui recommanda en outre d’avoir bien soin de la lettre qu’il ne devait remeltre qu’à M. Sou,
4. C'est-à-dire : Il serait ‘avantageux d'adopter définitivement Sou-yeou-pé.
lui-même. Il devait prendre garde, pour tout an monde, de la donner, par erreur, à un autre.
Wang-cheou promit d'obéir et partit, Or, ce Wangcheou était extréèmement stupide. Quand il fut arrivé à la capitale et se mit à chercher Sou-yeou-pé ; ce jeune homme était déjà parti de Pé-king. Wang-cheou sortit aussitôt et courut après lui tout le long de la roule. Il ignorait que Sou-yeou-pé avait obtenu le grade de docteur et avait été nommé magistrat. Le long de la route, il ne faisait que demander M. Sou-yeoupé, que personne ne connaissait !. SL alla tout droit le chercher jusqu’à Kin-ling, et s'informa de lui dans tous les coins de nette ville. On fait quelquefois d’heureuses rencontres 3. Sou-yeou-té se trouvait justement à Kin-ling. Or, depuis qu'il avait montré son ignorance dans la maison de Pé-kong, il était vivement mortifé. Quelque temps après, quand il eut appris le double succès % de Sou-yeou-pé, iléprouva d’amers regrets. « Je lui ai donné, se dit-il, vingt-quatre onces d'argent‘ pour se procurer des bagages; c'était au fond une grande marque d’'amilié, mais je me suis conduit de manière à ne pouvoir maintenant me présenter devant lui5. »