Littéralcment : Des qualités de roseau et de saule
dinaire. Pourquoi voulez-vous vous en informer à moimême ? Vous m'aviez dit que celte personne était de je ne sais quelle famille du Kiang-nan. -
— Elle n’est point du Kiang-nan, repartit Sou-veoupé ; elle est de la famille de Lou, du Chan-tong.
— J'avais entendu parler, dit Pé-kong, d’un nommé Lou-i-hong, du Chan-tong, mais il est mort depuis. longtemps. Son fils est en bas âge ; dites-moi, monsieur Sou, comment pouvez-vous connaître sa veuve ? Qui est-ce qui a fait pour vous des ouvertures de mariage ?
— L'an dernier, dit Sou-yeou-pé, comme je me rendais à la capitale, à mon arrivée dans le Chan-tong, je fus tout à coup dévalisé par un brigand, et m'arrètai dans une hôtellerie. 11 m'était impossible de continuer ma route. Par un heureux hasard, je rencontrai un certain Li, secrélaire du palais, qui me pria de lui faire des vers et me promit de mc donner de l'argent pour mon voyage. Î1 m'invita en conséquence à venir dans sa maison. Or, la maison de Li touchait à celle de la famille Lou. Un jour que je me promenais à l'entrée du jardin de derrière, justement un jcune homme de la famille Lou en sortit aussi pour se promener. Nous nous rencontrâmes ensemble, et äprès avoir causé du fond du cœur, nous devinmes des amis intimes, Après m'avoir donné de l'argent pour mon voyage, il me dit qu'il avaif une sœur et me promit de me marier ! avec elle.
1. Littéralement: D’attacher (à un haut pin) les plantes grim-
pantes Thou-sse et Niu-lo. {Voyez t. I, p. 98, n. 1, et np. 472, n. 2; t. 11, p. 166,0. 3.)
— Monsieur, lui demanda Pé-kong, veuillez me dire quel âge pouvait avoir ce jeune homme de la famille Lou ? Comment était-il de sa personne ?
— L'an passé, répondit Sou-yeou-pé, ce jeune homme avait seize ans; il en a maintenant dix-sept. Il avait une tournure charmante, une figure pleine de grâce et d'éclat; on aurait cru voir un arbre de jade balancé par le vent. Quand j'étais en face de lui, il éprouvait véritablement un sentiment de honte, tantôt apparent, tantôt dissimulé.
— Monsieur, dit Pé-kong, lorsque vous avez quitté la Capitale et êtes passé par le Chan-tong, avez-vous encore eu une entrevue avec lui?
— Une fois sorti de la capitale et arrivé dans le Chantong, dit Sou-yeou-pé, j'avais un extrême désir de Île revoir, mais à ma grande surprise les portes de devant et de derrière de la maison de Lou étaient fermées à clé et scellées; il n’y avait plus une âme. J'en demandai plusieurs fois la cause au seigneur Li, qui se contenta de me dire que la maison de Lou se composait seulement d’une dame veuve, d’une jeune fille et d’un jeune garçon de cinq ou six ans; que maintenant ils s'étaient retirés dans le Kiang-nan pour échapper au danger, et qu'il n’y avait point dans celte famille de jeune homme de seize à dix-sept ans. J’interrogeai ensuite un licencié nommé Thsien, qui me dit la même chose. De cette façon, j'étais comme au milieu d’un rêve; mon esprit flottait dans le vagueet j'ignorais ce qu’il en était. Hier, me trouvant chez un de mes amis, j'ai reçu tout à coup
une lettre de mon frère Lou. J'appris alors que mon frère Lou existe réellement, et que mes premières informations n'étaient pas fondées. Seulement, comme il m'engage dans sa lettre à m'informer de lui dans votre maison, je ne sais ce qu'il veut dire.
— Quel est le nom de ce jeune homme ? demanda Pé-kong.
— Îl s'appelle Lou-meng-li, répondit Sou-yeou-pé,
— Lorsqu'il vous a engagé, dit Pé-kong, à vous informer de lui dans ma maison, il avait sans doute ses . raisons. Si vous le permettez, je ferai pour vous des recherches exactes et je vous en rendrai compte.
— Monsieur Sou, dit Ou, l’académicien, vous êtes venu à pied; où sont maintenant votre voiture et vos chevaux ?
— Ils sont, dit Sou-yeou-pé, dans le couvent de Kouan-chi-in, au village de Pé-chi, qui est devant nous; c'est un endroit où j'ai logé anciennement.
— Ce couvent est fort éloigné, dit Ou, l’académicien, pourquoi ne pas vous transporter ici, pour que nous puissions causer à notre aise du matin au soir? »
Sur-le-champ il ordonna à un domestique d'aller chercher ses bagages. Quand le soir fut venu, on se remit de nouveau à table. Ils causèrent tous trois avec une entière liberté, et, après avoir bu joyeusement jusqu’à la deuxième veille{, ils se séparèrent. Souyeou-pé alla s'établir dans la partie orientale de la