‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 258 sur 264 · Jusqu'à nouf heures du soir · texte numérisé non relu

Jusqu'à nouf heures du soir

maison; puis, comme auparavant, Pé-kong s'en retourna chez lui avec Ou, l'académicien. Celui-ci alla coucher dans le pavillon appelé Mong-thsao-hien ; Pékong se retira dans le salon de derrière, et comme il avait un peu bu, il s'endormit tout de suile.

Le lendemain, il se leva, et après avoir fait sa toilette, il ordonna à Yen-sou de prier sa fille de venir causer avec lui.

Or, mademoiselle P& avait déjà appris la veille que le jeune Lieou était précisément le jeune Sou, et elle s'en était grandement réjouie avec mademoiselle Lou. Se voyant appelée par son père, elle se hâta d'aller le voir. Quand Pé-kong l’eut aperçue: « Eh bien ! lui ditil en riant, 1 jeune Lieou n'était autre que le jeune Sou. À ce que je vois, ton oncle ne s’est pas trompé en remplissant pour toi le rôle d'entremetteur; ton père ne s’est pas trompé non plus en le choisissant pour ton époux. Quand on lui a donné le premier rang sur la liste des bacheliers et plus tard le titre de docteur, on ne s’est pas trompé davantage. On voit que les hommes d'un véritable talent sont partout comblés d’éloges.

— Après tout, dit mademoiselle Pé, je ne pensais pas qu’un même homme pût éprouver tant de traverses, et causer à mon père tant de peines et de tourments.

— Laissons tout cela, dit Pé-kong ; mais j’ai encore une chose à te dire. » Il lui raconta alors, de point en point, tout ce que Sou-yeou-pé lui avait appris de la famille Lou. « Évidemment, dit-il, tout cela est l'affaire

de ma nièce; comment aurait-il pu y avoir un jeune homme ? |

— Ma sœur Meng-li, dit mademoiselle Pé, m'avait déjà raconté cette histoire. Son père était mort et son frère en bas âge; de plus sa mère, étant veuve, ne sc trouvait pas en position de choisir un gendre. Meng-li craignant de perdre, dans la suile, sa réputation en prenant un époux mal assorti, se plia aux circonstances, et sous un costume d'homme, elle eut une entrevue avec Sou-yeou-pé, lui donna de l'argent, engagea sa foi et lui écrivit une lettre. Tout cela est l’exacte vérité. Maintenant, mon père, j'espère que vous mènerez à bonne fin l'affaire qui l'intéresse. »

A ces mots, Pé-kong fut transporté de joie. « Je ne pensais pas, dit-il, que ta cousine, qui est si jeune, aurait eu tant de savoir-faire. Dans l’origine, j'avais eu l'intention de vous marier toutes deux au jeune Lieou ; maintenant vous épouserez ensemble le jeune Sou; c’est la même chose. Il est aisé de voir que ses vœux: seront exaucés, et que moi-même je serai au comble de mes désirs. Ce sera une chose charmante. Il n’y a rien qui s y oppose. Tu peux en informer la cousine, mais n’en dis pas un mot devant ta tante.»

Mademoiselle Pé le lui promit. Pé-kong se rendit aussitôt avec Ou, l’académicien, dans la partie orientale de la maison. Quand ils se furent salués tous trois, Pé-kong s’adressa à Sou-yeou-pé. « J'ai pris, dit-il, les informations dont vous m’aviez chargé au sujet de Lou-meng-li; cette personne existe réellement,

— Eh bien! s’écria Sou-yeou-pé tout joyeux, où est maintenant mon frère Lou ? Me serait-il possible de le voir un instant?

— Lou-meng-li, dit Pé-kong, s'étant retiré quelque part pour échapper au danger, vous ne pouvez pas encore le voir aujourd'hui. Quant au mariage que vous voulez contracter avec sa sœur !, j’en fais mon affaire.

— Ce n’est pas, dit Sou-yeou-pé, que je désire le pays de Chou après avoir obtenu celui de Long ?, et que j'aie

une ambition insa:iable. Seulement, lorsque j'étais aux .

abois, au milieu de ma route et dans le plus grand embarras, dès que j’eus dit un mot et montré à peine ma figure, mon frère Lou me donna généreusement trente onces d'argent, et y ajouta des bracelets d'or et des perles d’un grand prix. Il me promit en outre de me marier et me témoigna la plus vive affection. Les grands sages de l'antiquité n'auraient rien fait de plus. Maintenant que j'ai été assez heureux pour obtenir le grade de docteur, si j'allais violer mes premiers serments”, je serais digne du dernier mépris #.

4. On sait depuis longtemps qu’en promettant à Sou-yeou-pé de lui faire épouser sa sœur, Lou-meng-li n'avait eu en vue que son propre mariage.

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