Voyez t. II, p.08, n
3. Sou-yeou-pé s'était engagé à épouser la prétendue sœur de Lou-meng-li.
4. Il est impossible de conserver en français la comparaison chinoise : Véritablement un chien ou une truic ne mangeraient pas mes restes (les restes de mon repas).
A. R. traduit : Je ressemblerais au chien qui ronge les os et les abandonne ensuite.
— Ses pareils sont bien rares, bien rares!, dit Ou, l’'académicien. En voyant la manière dont Meng-li a donné, on peut dire qu'il sait distinguer les hommes.
— C’est par un sentiment de justice, qu'il a agi ainsi, dit Pé-kong; nous serions charmés de voir l’accomplissement de ses vœux. Seulement je crains que ma nièce, que je vous ai promise dernièrement, ne puisse (vous épouser); en effet, il n’est pas convenable que trois femmes demeurent ensemble ?.
— Meng-li, dit Sou-yeou-pê, est un jeune homme vertueux 5 ; pourquoi ne pas lui donner votre nièce en mariage? Ils feraient tous deux un couple accompli.
— Nous nous occuperons de cela une autre fois, repartit Pé-kong. » Après qu'ils eurent causé ensemble d’affaires et d’autres, il raconta l'échange fait, pa Tchang-kouei-jou, des vers sur les saules printaniers #, et la fourberie de Sou-yeou-té qui s'était présenté avec une fausse letire sous le nom d’un autre ÿ, Toute la société rit un moment de ces deux aventures. Sou-
1. Mot à mot : C’est difficile à trouver (bis). C'est-à-dire on trouverait difficilement un homme aussi dévoué, aussi généreux que Lou-meng-li.
2. C'est-à-dire : Que trois femmes épousent à la fois le même homme.
3. Jusqu’à présent Sou-yeou-pé ignore le sexe de Lou-meng-li. C'est avec intention que Pé-kong le lui laisse ignorer.
4. Tchang-kouei-sou avait signé son nom au bas des vers de Souyoou-pé sur les saules printaniers et lui avait attribué les siens.
5. Abusant de la légère ressemblance de son nom avec celui de Sou-yeou-pé, il s'était présenté à Pé-kong avec uno lettre par laquelle Ou, l’académicien, recommandait Sou-yeou-pé à son beau-frère.
yeou-pé parla ensuite à Pé-kong.-a Maintenant, dit il, comme mon beau-père daigne me montrer beaucoup d'affection et que mon affaire est en grande partie conclue, il faut oublier complétement leur conduite passée. D'ailleurs, ces deux hommes sont d'anciens amis. J'espère que vous les traiterez avec autant d’égards qu'auparavant, et que vous leur montrerez une généreuse indulgence.
— C'est bien mon intention, dit Pé-kong en riant. »
Sur-le-champ, il ordonna à deux domestiques de porter deux billets de visite. L’un devait aller inviter M. Tchang-koueï-jou, et l’autre M. Sou-yeou-té, en disant : Le seigneur Sou est à la maison ; il vous prie de venir causer avec lui.
Peu de temps après, ils arrivèrent l’un après l’autre, et Sou-yeou-pé les reçut de la manière la plus respectueuse,
Nous laisserons toute la société s'amuser dans la parlie orientale de la maison, pour revenir à Sou, le moniteur impérial, qui, après avoir rendu compte de sa mission, fut transporté de joie en apprenant que Souyeou-pé avait été rétabli dans son grade d'académicien. Comme Pé se voyait des héritiers pour les générations suivantes !, il ne se souciait plus de rester dans les charges. Aussitôt, 1l présenta à l'empereur un placet où il demandait un congé sous prétexte de maladie. Ensuite, il adressa un certificat à la chambre des ins-
4. Allusion à sun gendre, Sou-yeou-pé, et aux fils futurs de celuici, qui pourraient offrir des sacrifices sur sa tombe.
specteurs généraux. Après qu'il eut renouvelé deux ou trois fois la même demande, ôn lui permit de retourner dans son pays natal pour soigner sa santé ; on attendrait son rétablissement, pour l’employer dans sa première charge.
Sou, le moniteur impérial, ayant reçu le décret impérial, se hâta de sortir de la capitale et se rendit chez lui dans le Ho-nan. Après un séjour d’un mois, il partit et alla à Kin-ling pour terminer le mariage de Sou-
Dès que cette nouvelle fut arrivée dans le village de Kin-chi, Sou-yeou-pé ayant tout de suite pris congé de Pé-kong et de Ou, l'académicien, se rendit dans son ancienne maison de Kin-ling (Nau-king), pour recevoir son père. Ce jour-là, Sou, le moniteur impérial, venait justement d'arriver. En se voyant, le père et le fils furent transportés de joie. Sou, le moniteur impérial, lui ayant demandé des nouvelles de son mariage, Souyeou-pé lui raconta de point en point les propositions du gouverneur Yang qui avait voulu lui donner sa fille, son changement de nom!, sa rencontre avec Hoan-fou, les éclaircissements qu’il en avait obtenus à son retour, et tous les détails de sa liaison avec Lou-meng-li*.
Sou, le moniteur impérial, fut au comble de la joie. « Les affaires du monde, dit-il, sont bien étranges, bien
4. On sait que Sou-yeou-pé avait pris le nom de Lieou,et Pékong celui de Hoang-fou.
2. Mot à mot: Avec l'affaire antérieure et postérieure de Loumeng:-li. |
extraordinaires. Dans la suite, ces événements pourront fournir un charmant sujet d’entrelien. »
A la nouvelle de son arrivée, tous les magistrats des préfectures et des districts vinrent lui rendre visite, et l’inviter à dîner. 11 en résultait un tumulte, une agitation continuels. Sou, le moniteur impérial, consulla avec Sou-yeou-pé. « La ville est trop bruyante, dit-il, pour que nous puissions y rester ; il vaut mieux aller demeurer dans le village de Kin-chi, où vous serez voisin de Pé-kong. En premier lieu, il vous sera aisé de terminer votre mariage; en second lieu, comme il n’a point de fils, vous serez l’un pour l’autre un heureux appui, et vous lui épargnerez le chagrin d’être seul et isolé. Enfin, dans ce village, les montagnes et les eaux sont pleines de charme; de plus, mes relations avec P&-kong feront la joie de ma vieillesse.
— L'idée de Votre Excellence est parfaitement juste, dit Sou-yeou-pé. » Le lendemain, le père et le fils se rendirent au village de Kin-chi. Quand Pé-kong, Ou, l’académicien, Tchang-koueï-jou et Sou-yeou-té furent allés les saluer et eurent reçu leurs révérences, Sou, le moniteur impérial, fit aussitôt connaître à Pé-kong son intention de s'établir dans le même village. Pé-kong en fut charmé, et lui ayant choisi de suite dans le village une grande maison, il engagea Sou, le moniteur impérial, à l’acquérir au prix de mille onces d'argent.
Sou, le moniteur impérial, s y transporta; une fois installé, il prépara un festin, et pria Ou, l’académicien, de présider au mariage. Il invila en même temps
Tchang-koueï-jou à servir d’entremetieur pour mademoiselle Pé, et Sou-yeou-té à remplir le même rôle pour mademoiselle Lou. Il choisit un jour heureux, et après avoir préparé un double choix de présents de noces, il Jes fit porter en même temps dans la maison de Pé-kong. Pé-kong en accepta lui-même la moitié, et fit remettre l’autre moitié à madame Lou qui l’accepta. Il prépara un festin pour traiter les invités des deux parties qui s’abandonnèrent à une joie sans bornes.
Après l'envoi des présents de noces, Sou, le moniteur impérial, choisit encore un jour très-heureux pour la cérémonie (où son fils) devait aller en personne audevant (des mariées). Cette année-là, Sou-yeou-pé avait vingt et un ans; c'était un académicien de fraîche date, que les grâces de sa figure et la noblesse de sa personne élevaient au-dessus des autres. Tout le monde lui montrait de l’affection. Mademoiselle Pé avait dixhuit ans, et mademoiselle Lou, dix-sept. Ces deux jeunes filles étaient renommécs en tous lieux, pour leurs talents et leur beauté.
Quand le jour du mariage fut arrivé, Sou, le moniteur impérial, fit apprèter un grand festin. On vit s'avancer deux grandes chaises de rottin, ornées de fleurs; des lanternes peintes bordaient de chaque côté la route, et l’air retentissait du bruit des flûtes ct des tambours. Sou-yeou-pé était monté sur un fier et noble coursier ; il portait un bonnet de crêpe noir, des botlines noires, et un collet d’un rouge éclatant. Les huissiers de l’aca-
démie et de la cour des inspecteurs généraux formaient des deux côtés la haie. Comme Sou-yeou-pé s’avançait au devant (de ses deux épouses), sur toute la route le bruit des boîtes résonnait jusqu'au ciel. Partout régnait une joyeuse agitation.
Les deux jeunes dames, couvertes d'or et de jade, étaient vêtues comme des déesses, ou les filles du maître suprême. Après avoir salué Pé-kong et madame Lou, en prenant congé d'eux, elles entrèrent dans leurs chaises les yeux en larmes. Comme Pé-kong était lié avec elles, il ne s’attacha point aux cérémonies vulgaires. Il mit le costume de cérémonie d’un magistrat du deuxième rang; puis il monta dans une chaise à quatre porteurs. Pè-kong, accompagné des employés de son office, rangés sur deux lignes, conduisait luimême le corlége des mariés. Ou, l’académicien, en habits de fête, occupait une grande chaïise. Tchangkoueï-jou et Sou-yeou-lé portaient des bonnets de cérémonie et un manteau bleu, et montaient des chevaux fringants. Leurs cheveux étaient ornés de fleurs. et des rubans de soie rouge floitaient derrière leurs épaules. Tous deux faisaient l'office de maftres de cérémonies. La magnificence de cetie fête n’était pas au-dessous de la réception d’un docteur.
On peut dire à ce sujet :
Le bruit des cloches et des tambours se mêlait aux sons harmonieux des guilares!.