‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 261 sur 264 · Aïlusion à Sou-yeou-pé qu'on compare à un dicu · texte numérisé non relu

Aïlusion à Sou-yeou-pé qu'on compare à un dicu

8. Littéralement: Ne ressemble pas au midi des Tcheou (fcheounan). Cette expression comprend les onze odes qui commencent le livre des vers, et qu’on chantait dans la partie méridionale du pays des Tcheou. Elle forme le titre du premier livre du Chi-king, le deuxième des cinq livres canoniques.

&, En chinois : Chun-chao. L'empereur Chun avait inventé cette musique. On l’appelait chao (mot qui veut dire confinuer), parce qu’il avait confinué les vertus de l'empereur Yao. (Commentaire du Li-ki, Mémoire sur la musique.)

dans le salon intérieur. Sou-yeou-pé se tint au milieu d'elles. Les deux jeunes mariées s'étant placées l’une à gauche et l’autre à droite, saluèrent avec respect Sou, le moniteur impérial. Quand les parents eurent fini de se saluer, les époux entrèrent aux sons de la musique dans la chambre nuptiale. Au dehors, Sou, le moniteur impérial, tenait compagnie à Pé-kong. Ou, l’académicien, Tchang-koueiï-jou et Sou-yeou-té buvaient ensemble. Dans la chambre, il y avait trois tables. Sou-yeou-pé buvait avec ses deux épouses. À la clarté des bougies ornées de fleurs, Sou-yeou-pé observait à la dérobée mademoiselle Pé. En vérité, la beauté de sa figure aurait précipité les poissons au fond des eaux, et les oies du haut des airs; elle aurait éclipsé la lune et fait rougir les fleurs. On peut dire que sa réputation n’était pas vaine. Le cœur de Sou-yeou-pé était inondé de joie. Il regarda ensuite mademoiselle Lou, et trouva qu'elle avait la même figure que Loumeng-li. Il en fut à la fois surpris et charme, et se demanda secrètement si des sœurs pouvaient se ressembler à ce point. Dans ce moment, elle était entourée d’une foule de servantes, de sorte que ne pouvant lui adresser la parole, il fut obligé de renfermer au fond de son cœur les émotions ineffables de sa joie. 11 dut attendre que la foule se fût dissipée, et que chacun se fût retiré dans sa chambre.

Or, dans l’intérieur, il y avait un pavillon composé de deux chambres, situées à gauche et à droite, vis-àvis l’une de l’autre. Celle de gauche était occupée par

mademoiselle Pé, et celle de droite par mademoiselle Lou. Sou-yeou-pé se rendit d’abord dans la chambre de mademoiselle Pé. Il lui rappela l'affection qu'il avait autrefois conçue pour elle, les vers qu'il avait composés sur ses rimes en l'honneur des saules printaniers, et ses deux compositions sur le départ de l’oie sauvage et l’arrivée de l’hirondelle !. Mademoiselle Pé, sans prendre les airs affectés d’une jeune fille de l'appartement intérieur, lui répondit convenablement de point en point.

Après cet entretien, Sou-yeou-pé se rendit ensuite dans la chambre de mademoiselle Lou: «Où est, lui demanda-t-il, votre frère aîné Meng-li 2?

— Votre humble servante, dit-elle, n'a point de frère aîné; Meng-li est mon nom.»

Sou-yeou-pé fut rempli d’étonnement et Jui dit : « La personne avec qui je me suis rencontré autrefois sur un banc de pierre, était-ce vous, madame”?

— Que ce soit vrai ou non, dit mademoiselle Lou en souriant, c'est à vous, seigneur, d'en juger; votre humble servante n’en sait rien. »

Sou-yeou-pé éclata de rire. « Pendant six mois, dit-il, j'avais été sous l’empire d’un rêve, et ce n'est qu'aujourd'hui que je m’éveille. Anciennement, j'éprou-

4. Littéralement : Les deux compositions (intitulées) : Song-yen, on reconduit l’oie sauvage, et {ng-yen, on va au devant de l’hirondelle.

2. Sou-yeou-pé paraît croire que sa seconde épouse est la sœur do Meng-li.

vai quelques doutes, et je me demandai comment il pouvait y avoir au monde un jeune homme d’une pareille beauté. »

À ces mots, Sou-yeou-pé se rendit dans la chambre de mademoiselle Pé; il lui rapporta sa conversation, eten ritavec elle pendant quelque temps. Comme mademoiselle Pé avait un an de plus que sa cousine, cette nuit-là il alla d’abor:l coucher avec mademoiselle Pé!. On peut dire avec vérité que, par suite d’un amour mutuel, ce jeune homme plein de talent et cette jeune fille d'une beauté accomplie, durent éprouver les plus douces jouissances.

Le lendemain, Sou-yeou-pé se rendit auprès de Pékong pour le remercier de l’avoir marié. Toute la compagnie resta encore à boire pendant un jour entier. Sou-yeou-pé, étant revenu chez lui, fit préparer un repas et but avec ses deux épouses. Il prit alors les vers qu'il avait composés autrefois, sur des rimes convenues, en l'honneur des saules printaniers, ainsi que les deux pièces sur le départ de l'oie sauvage et l’arrivée de l’hirondelle, et les montra à mademoiselle Lou, qui les lut avec le plus grand plaisir. Sou-yeou-pé tira ensuite les bracelets d’or et les belles perles que lui avait donnés mademoiselle Lou et les fit voir à mademoiselle Pé. « À cetle époque, dit mademoiselle Lou, ce fut l’effet d’un premier mouvement du cœur. Je ne

4. Littéralement en latin: Hac nocte, primum in ejus cubiculo conjugium consummavit,

prévoyais pas que ces objets pourraient un jour servir à cimenter une amitié qui doit durer toute la vie. »

Cette nuit-là, Sou-yeou-pé alla coucher avec mademoiselle Lou !. Sur l'oreiller, il lui parla longuement de son déguisement sous un costume d'homme, et son affection pour elle n’en devint que plus intime.

Depuis cette époque, les trois époux se montrèrent mutuellement autant de respect que d'affection; l’harmonie qui régnait entre eux faisait leur bonheur. Souyeou-pé, pensant avec réconnaissance aux sentiments affectueux de Yen-sou, qui jadis lui avait servi d’intermédiaire, s’en expliqua franchement avec ses deux épouses, et la prit tout de suite à son service.

Sou, le moniteur impérial, qui avait résolu de ne plus entrer en charge, passait des jours entiers avec Pé-kong. Quelque temps après, il recueillit les biens qu’il possédait dans le Ho-nan et revint à Kin-ling.

Quoique Ou, l'académicien, n'eût point résigné sa charge, comme les travaux académiques se réduüisaient à peu de chore, il était rarement pressé et avait beaucoup de loisirs; aussi venait-il constamment se promener et s'amuser avec ses deux amis ©. Le gouverneur Yang ayant appris cet événement, envoya quelqu'un pour porter des présents à Sou-yeou-pé et lui offrir ses félicitations.

Au bout de quelque temps, Sou-yeou-pé fut obligé d’aller à la capitale, et de se rendre à son poste, mais

4. En latin: Hac nocte, cum Lou-meng-li conjugium consummavit. 2. Savoir Pé-kong et Sou, le moniteur impérial.

il n’y resta pas plus d’un mois ou deux. Comme il pensait tendrement à ses deux épouses, il demanda une mission et s’en revint. Sans se détourner de sa route, il arriva dans la province de Chan-tong, et arrangea aussitôt les affaires domestiques de madame Lou. Seulement il fallait attendre que son jeune fils fût devenu grand pour le ramener.

À celte époque, le licencié Thsien, qui avait été nommé sous-préfet, élait parli pour remplir sa charge. Li, le secrétaire du palais, qui était le seul qui fût resté chez lui, avait plusieurs fois invité à dîner Sou-yeou-pé.

Sou-yeou-pé étant revenu dans sa maison, n'avait d’autre désir que de s'amuser à composer en vers eten prose avec ses deux épouses, et ne se souciait point de sortir de chez lui.

A un premier examen, il fut chargé d'une des sections du concours; à un examen suivant, il fut nommé président du concours dans le Tché-kiang, et réunit un grand nombre de disciples. Quelque temps après, il fut élevé au rang de président du bureau des inspecteurs. Mais comme il ne ‘se souciait plus de remplir encore des charges, il n’entra pas dans la chambre du conseil. |

Grâce à son influence, Tchang-kouei-jou et Souyeou-té se présentèrent sous le titre de Kien-seng !. Tchang-kouei-jou fut nommé adjoint d’un sous-préfet, et Sou-yeou-té obtint l'emploi de sous-secrétaire.

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