Mot à mot : Printemps — tout à coup — hiver
2. Mot à mot: Maintenant, apportant son art, il se promène dans Tchang-’an.
3. Littéralement : Pour devenir (pour qu'il devienne) un secours de Chi et de Tortue, c'est-à-dire pour qu’il vous rende quelque service en tirant les sorts au moyen de l’herbe Chïet de la Tortue..
L’herbe Chi est l'achillée ou mille-feuille. On jette par terre une ‘poignée de brins de cette herbe, et l’on tire des présages de leur disposition respective.
Dans le second cas, on place la carapace d’une tortue sur un feu
ardent. Le devin tire ses pronostics de la direction des fissures qui éclatent bientôt dans tous les sens.
ss UN VIEUX MONITEUR IMPÉRIAL
« Je vous ai importuné par mon style vulgaire; je n’ajouterai rien de plus‘. »
Lorsque Yang eut fini de lire cette lettre, il vit qu’on lui recommandait un astrologue. Ne pouvant manquer d'égards pour un ancien condisciple ?, il se vit obligé de dire à son domestique : « Allez voir si ce M. Liao-teming, le protégé de S. Exc. Wang, se trouve dehors. S'il y est, priez-le d’entrer. »
Le domestique sortit, et, un instant après, ayant pris la carte de l’astrologue, il se dirigea vers l’intérieur en disant: « Monsieur Liao, veuillez entrer tout de suite. » |
Au bout de quelques minutes, on vit un homme qui montait les escaliers el se hâtait d'entrer. Voici son portrait :
« Il avait un bonnet carré et un habit de campagne. Avec son bonnet carré, il tâchait de se donner l'air d’un letiré; avec son habit de campagne, il singeait l’homme qui vit dans la retraite. Sa barbe et ses moustaches courtes et peu fournies ressemblaient à des berbes en désordre. Ses prunelles, grosses et ternes, étaient rondes comme des balles à tirer de l'arc. Dès qu'il apercevait quelqu'un, il accourait en face de lui, puis il le saluait à reculons, et affectait, dans toute sa
4. En chinois: Pou-siouen, je n’épuise pas fout (ce que j'aurais à vous dire). Formule habituelle pour terminer une lettre, Wells Williams la rend par: not {o say more.
2. Littéralement : À un docteur reçu dans la même année que lui. (Voyez p. 51, note 1.)
personne, l'humilité et le respect. En parlant, il-regardait à droite et à gauche; on voyait sur toute sa figure qu'il ne cherchait qu’à flatier les hommes puissants et les riches. Quoiqu'il se donnât pour astrologue, son principal objet était de faire la cour aux grands, dont il rècherchait l’appui. »
Après l'avoir aperçu, Yang, le moniteur impérial, courut de suite à sa rencontre et le fit entrer dans le salon. Lorsqu'ils se furent salués tour à tour, et que l'ôle et le maître se furent assis chacun à sa place, Liao-te-ming prit: le premier la parole : « Depuis longtemps, dit-il, j'admirais votre brillante renommée, Mais je ne trouvais point d'occasion pour aller vous rendre mes devoirs. Aujourd’hui, grâce à la protection de S. Exc. Wang, j'ai obtenu l'honneur de vous voir; mon bonheur à dépassé mes espérances.
4. En chinois feng-long, mnt À mot : monter — dragon. C'est l’abréviation de la locution usuelle teng-long-men (franchir la porte des dragons), laquelle signifie être admis auprès d’un homme éminent et obtenir un reflet de sa renommée. En voici l'origine. Li-ing, surnommé Youen-li, qui vivait sous l’empereur Hiouen=ti, de la dynastie des Han (entre les années 147-167 après Jésus-Christ), jouissait d’une grande réputation, et l’on disait des hommes qu’il admettait dans son intimité, qu'ils avaient franchi Za porte des dragons (teng-long-men). Les lettrés qu'il recevait chez lui devenaient, par cela seul, des hommes renommés. On les comparait au poisson Li qui, après avoir franchi /a porte des dragons, devient, dit-on, un dragon.
Les Chinois se servent souvent du mot /ong (dragon) pour dire un homme éminent. Le dictionnaire Yun-fou-kiun-yu en cite plusieurs ex-mples remarquables (liv. I, fol. 25). Nous employons le mot phénix dans le même sPns.
Suivant le dictionraire Pi-ya, le gué du fleuve jaune (Ho-tsin)
— Le seigneur Wang, dit le moniteur impérial, vante beaucoup, dans sa lettre, vos hautes lumières et vos grands succès. Aujourd’hui, si j'en juge d’après vos nobles sourcils ?, je vois qu’en effet vous n’êles pas un
‘homme vulgaire.»
Ua instant après, quand ils eurent pris le thé, Yang l'interrogea encore. « Comme vous êles venu, lui dit-il, avec un si merveilleux talent, vous devez être déja bien connu dans la capitale ?
— Je suis d’un caractère ferme et droit, dit Liao-teming, et j'ai de la répugnance à capter la bienveillance
des autres. Quoique j'aie encore quelques lettres de
recommandation, je crains de voir les sages et les sots confondus ensemble, et de m’exposer au mépris public, de sorte qu'il n’est pas certain que j'aille (les présenter). Ayant eu aujourd'hui l'honneur de voir Votre Seigneurie, demain, je me contenterai de rendre visite à
s'appelle {a porte des dragons (long-men). 11 y a de chaque côté une montagne que Îles poissons ordinaires ne peuvent franchir. Les gros poissons qui la franchissent deviennent des dragons (sic).
2. Ily a en chinois Tchi-yu, l’arcade de l’agaric Tchi (qui est, dit-on, incorruptible et qu’on appelle la plante du bonheur). Cette expression serait inintelligible, si l’on ne savait que c’est l'abrévia-
tion de Tchi-meï-yu, l'arcade des sourcils (beaux comme la plante)
Tchi. Voyez le P'ing-{seu-louïi-pien, liv. CXLITI, fol. 40, verso, où l'on cite ce passage tiré des annales des Thang (biographie de Youen-te-sieou) : « En voyant l'arcade de vos sourcils de Tchë violet, c’est-à-dire beaux comine le Tchi violet, ou la plante du bonheur de couleur violette, on oublie complétement la reno.umée et le profit. » La même phrase se trouve aussi dans le recueil intitulé :
… Yeou-hio-kou-sse-sin-youen, liv. V, fol. 8.
vis ou quatre personnages de haut rang, qui sont les compatriotes, à M. Tchin, à Yu, le sous-précep- ‘ur du prince impérial, à Chi, le commandant en hef de la province, et à Pé, le président du bureau es cérémonies. »
Yang, le moniteur impérial, lui ayant entendu dire u'il voulait aller voir Pé, le président du bureau des érémonies, il se rappela tout à coup l'affaire qui lui enait au cœur : s« Pé, le président du bureau des cérénonjes, demanda-t-il, ne serait-ce point Pé-thaï-hiouen, non ancien condisciple ! ?
— Justement, répondit-il, c'est le seigneur Pé, votre ancien compagnon d’études. »
En entendant ces mots, Yang se dit en lui-même : «\\ faut que je charge cet homme du mariage que je médite; je pourrai me servir de lui pour entreren relations avec Pé.» En conséquence, il ordonna à ses domestiques de servir une collation; puis il invita Liao-te-ming à passer dans la bibliothèque et à s’assenir ; mais il s'y refusa poliment. « C'est la première fois, dit-il, que j'ai l'honneur d'entrer en relations avec vous ?, et je ne vous ai pas encore offert le secours de
1. En chinois {hong-nien (même année). Cette expression, qui n’a Pas de synonyme en français, signifie : Celui qui a été nommé docteur dans la même année que celui qui parle ou dont on parle. Be s'applique aussi aux magistrats de la même promotion.
2. Il yaici une allusion historique. Le sens littéral est : Pour la première fois, je connais Khing (abréviation de Hän-khing-tcheou).
Sous le règne de Hiouen-tsong, de la dynastie des Thang, Hän-hoel, furnommé Tch’ao-tsong, était gouverneur de Khing-tcheou. Tous
sa UN VIEUX MONITEUR IMPÉRIAL
mon art; comment oserais-je vous importuner tout de suite ? |
— Si vous étiez un autre homme, lui dit Yang, je ne vous retiendrais pas à la légère, Mais vous êtes un lettré, douë de hautes lumières, et d’ailleurs j’ai justement une affaire pour laquelle j'ai besoin de vos conseils; j'espère bien que vous ne ferez point de cérémonies. »
Ils entrèrent aussitôt ensemble dans la bibliothèque ets’y assirent. Après un instant de repos, Liao-te-ming s’adressa à Pé-kong : « Vénérable monsieur, lui dit-il, veuillez tourner votre noble figure et la tenir droite, afin que j'examine un peu votre physionomie.
— Monsieur, lui dit Yang, il n’est pas nécessaire que vous preniez cette peine. Veuillez seulement me donner votre avis sur les huit lettres ! de mon fils.
— Pour cela. dit Liao-te-ming, je suis prêt à vous servir ?,»
les magistrats aspiraïient à le voir. Sa réputation était si grande que l’honneur d'être connu de lui était plus estimé que la dignité de heou (marquis), et qu’un mot d'approbation qu'il donnait à quelqu'un le faisait passer pour un homme de mérite, disne d'obtenir un emploi. De là est venue la locution connaître Khiny, pour dire : être en relations avec un homme illustre.
4. On assigne à chaque enfant qui vient au monde deux lettres pour l’année, deux pour le mois, deux pour le jour, et deux pour l’heure de sa naïissauce. Toutes les fois que deux familles veulent marier an garçon et une fille, elles doivent d'avance se communiquer les huit lettres de l’un et de l’autre, et, dans l'opinion des Chinois, tout bon astrologue, après les avoir comparées ensemble, doit savoir prédire.si les futurs époux seront heureux ou malheureux,