‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 50 sur 264 · Le même que Sou-fang-hoëï · texte numérisé non relu

Le même que Sou-fang-hoëï

— L'automne dernier, dit Sou, le moniteur impérial, votre noble fils a obtenu le titre de licencié; comment n'est-il pas encore marié?

— Cetle année, répondit Yang, mon fils a eu vingt ans. L'an dernier, après son heureux succès, plusieurs compatriotes vinrent à l'envi lui faire des propositions de mariage. Mais il avait résolu de n’épouser qu’une demoiselle vertueuse et d’un talent distingué; voilà pourquoi il a différé jusqu’à ce jour. Avant-hier, comme nous étions tous deux à boire chez le seigneur Pé, le président du bureau des cérémonies, ayant vu que sa fille avait pu composer des vers à la place de son pére, j'en ai conclu qu'elle est à la fois vertueuse et douée de talent. Dès que je fus rentré chez moi, j'en informai mon fils, qui en fut fortement épris et conçut le désir de demander une fille aussi vertueuse. Je songe que M. Pé est d’un caractère hautain et arrogant. Si je lui envoyais une autre personne que vous pour lui parler, je craindrais qu'on ne parvint pas à s'entendre, et que l'affaire ne püt être menée à bien. Parmi nos compagnons d’études, je ne vois que vous, monsieur, qui soyez lié avec lui; et de plus vous m’honorez de votre amitié. Voilà pourquoi j'ose! vous faire cette demande. J'ignore si vous voudrez bien servir mes intérêts.

— Ce mariage, répondit Sou, le moaiteur impérial,

4. En chinois: Kan-teou-tan, «j'ose avec un boisseau de flel, » c’està-dire j'ose avec une grande hardiesse... Les Chinois regardent la vésicule du fel comme le siége du courage.

est une fort belle affaire, et je devrais naturellement vous prêter secours, mais le seigneur Pé est d’un caractère ferme et droit; c'est ce que vous savez parfailement. S'il consent à une demande, peu importe de qui elle vienne; il donnera vingt fois! son assentiment; mais s’il s’y refuse, füt-on son ami intime, on aura de la peine à s'entendre avec lui. Le succès de ctte affaire dépend uniquement du talent élevé que possède votre fils dans un si jeune âge. M. Pé doit naturellement avoir pour lui une profonde affection; il n'ya pas de raison pour qu’il refuse. Aujourd’hui, il est trop tard, et ce serait lui manquer de respect ?. Demain matin, j'irai de suite lui faire part des ordres que vous m'avez donnés. Dès que je saurai s’il consent ou refuse, je viendrai vous rendre compte de ma commission. »

Yang le salua et lui fit mille remerciments. Lorsque Sou eut fini de parler, il se leva et prit congé de lui.

Par suite de cet entretien, j'aurai bien des détails à raconier. L'un (le père) se dirige tout seul vers la frontière du nord; l’autre (la fille), séparée des siens, entreprend un voyage dans le Kiang-nàn. On peut dire à ce sujet :

Quand notre esprit médite de grands projets,

1 déploie cent plans et mille stratagèmes ;

Mais le succès ou l’insuccès dépendent du ciel. À quoi servent les combinaisons humaines ?

1. Mot à mot : mille fois, dix mille fois, il consentira. 2. Sous-entendu : Que d’aller le solliciter à cette heure.

Maintenant, Sou, le moniteur impérial, est parti pour parler du mariage; on verra en détail dans le chapitre suivant si le père a donné ou refusé son consentement.

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