C'est-à-dire : D’employer aussi bien des stratagèmes
164 ou RENCONTRE UN HOMME DE TALENT
accouru, qu'il entendit plusiours personnes qui riaient et causaient au haut du pavillon. Sou-yeou-pé craignit d’être découvert, et voyant qu’elles regardaient à la dérobée, il voulut tout à coup se retirer. [l s'esquiva alors à l'ombre d’un grand orme, et fit semblant de cueillir des fleurs sauvages au pied des murs de la ville, tout en lançant des regards furtifs au haut du pavillon. Au bout de quelques instants, il aperçut deux servantes qui ouvraient toutes les fenêtres intérieures, garnies de rideaux de gaze, et relevaient deux jalousies brodées. En ce moment, il était déjà midi, et le vent qui soufflait avec douceur, apporta bientôt à Sou-yeou-pé une bouffée de parfums délicieux. Dès qu'il les eut respinés, il ne put se défendre d’une émotion secrète. Étant encore resté debout quelques instants, il aperçut tout à coup deux hirondelles brunes qui s'étaient échappées de dessus un poutre peinte, et venaient voltiger devant les jalousies. La légèreté de leur vol et la grâce de leurs mouvements ne faisait qu’ajouler aux charmes du printemps. Sou-yeou-pé se sentit vivement ému, lorsqu'il vit une servante qui, debout près de la fenêtre, se mit à crier tout haut : « Mademoiselle, venez vite, voyez comme ces deux hirondelles voltigent avec grâce! »
Avant qu'elle eût fini de parler, il aperçut en effet une jeune demoiselle qui, se dérobant à moitié, accourut prés de la fenêtre en disant : « Les hirondelles, où sont-elles ? » Au moment où elle disait ces mots, les hirondelles, voyant venir qeelqu'un, s’envolèrent tout
à coup et s'enfuirent au milieu des saules qui s’élevVaient du côté de l’est.-La servante les montra aussitôt du doigt en disant : « Les voici!. »
La jeune demoiselle, étant accourue pour les observer, avança la moitié de son corps en dehors de la fenôtre, et vit ces hirondelles qui ne cessaient de voltiger de côté et d'autre. Pendant ce temps-là, Sou-yeou-pé put considérer cette demoiselle tout à son aise. Voici ce qu’il remarqua : « Sa têle était couverte de perles et de plumes bleues ; elle portait une robe de satin, et avait un air grave et sérieux. Mais, quoiqu'elle eût été élevée dans l'appartement intérieur, sa figure avait quel-
que chose de commgn; elle n'avait rien de ces grâces qui élèvent une femme au-dessus de son sexe. Ses yeux et ses sourcils ne disaient rien. Elle n’avail point cette aimable rougeur qui relève l’éclat de la figure; une couche de fard:-et de céruse formait toute sa beauté. En somme, c'était bien une autre Che?, mais celle de l’est et celle de l'ouest étaient bien différentes de figure. Qui aurait pensé qu'il y avait là deux jeunes