‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 84 sur 264 · Mot à mot : Pour laver la poussière · texte numérisé non relu

Mot à mot : Pour laver la poussière

UNE FILLE RICHE ET NOBLE. 197 que voyant, Ye-sièn!, il m'interrogea d’une manière sévère et me mit dans l'impossibilité de lui répondre. Je lai dis seulement que le vœu de notre gouvernement était bien de voir ramener le prince captif, mais que, faute de savoir si son honorable royaume y consentirait ou non, on n'avait pas osé l’exprimer dans mes lettres de créance, et qu'on s'était contenté de m’ordonner verbalement d’en faire la demande à Son Excellence. Ye-sièn passa de la colère à la joie, et consentit à traiter de la paix. « Quoiqu'on vous ait donné un ordre verbal, me dit-il, comme vos lettres de créance ne vous chargent point de ramener le prince, comment pourrais-je le remettre entre vos mains ? Si je vous le remettais de mon propre mouvement, je m'attirerais le mépris du royaume du milieu. Il faut qu'on envoie une autre personne; pour moi, je ne changerai pas d'avis.» Hier, après que nous eûmes rendu compte de notre mission, on lint conseil au palais, et l’on se vit obligé d'envoyer encore Yang-chén.

— J'ignore, dit Ou, l’académicien, si Ye-siôn, lorsqu'il a promis de .renvoyer le prince, en avait véritablement l'intention. | — Suivant moi, dit Pé-kong, il en avait vraiment l'intention. Maintenant que Yang-chên est parti, il est bien certain que le frère aîné de l’empereur va revenir à la cour; mais je crains qu'après son retour, le gouvernement ne soit encore exposé à de grands troubles.

1. Nom du prince tartare qui retenait prisonnier le frère aîné de l'empereur King-thai.

C’est pourquoi j'ai demandé à m'en retourner, sous prétexte de maladie, afin d'échapper à la médisance. Je n'ai point agi ainsi pour me ménager, mais au point où sont arrivées les affaires publiques, ce n’est certes | pas un seul homme qui pourra les rétablir.

— Mon frère, dit Ou, l’académicien, dans ce voyage, vous avez éprouvé les rigueurs du vent et du froid. C'était certainement. inévitable, mais en rendant ce grand service à l'État, vous avez mis le sceau à votre réputation et à votre vertu. Seulement, moi, qui ai reçu un décret impérisk pour me rendre à la capitale, je ne puis manquer de tomber dans ce filet; comment faire pour (échapper au danger ?)

— Mon frère, répondit Pé-kong, comme vous êtes membre de l’Académie, vous pouvez vivre dans une noble indépendance‘. De plus, l'examen de licence approche; au premier moment vous recevrez une mission ?. Qu'’avez-vous besoin de vous inquiéter ?

— Je ne compte que là-dessus, dit Ou, l'académicien; seulement j'ignore si, depuis votre retour, le vieux Yang a pu vous voir. 4

— Il faut qu'il ait‘bien peu de caractère, répondit Pé-kong en riant. Dès que je fus revenu à la capitale, il vint sur-le-champ et me demanda deux ou trois fois

4. Eu chinois: Yang-kao (nourrir-élevé). Cette expression s’applique aux hommes d’un caractère élevé, qui vivent on paix loin des fonctions publiques et du tracas du monde.

2. Il veut dire qne Ou sera envoyé en mission pour présider à l'examen de licence.

pardon. Ensuite, comme le décret portait qu'il avait acquis du mérite, en me présentant à l'empereur !, et qu'en conséquence il avait été élevé à la charge de vice-président de la bouche, il redoubla d'amitié pour moi, et m'adressa de suite plusieurs invitations. Au moment où je partis de la capitale, mes collègues m'ayant offert ensemble le repas d’adieu, il vint ensuite me faire tout seul le même honneur. En le voyant siempressé, je n'ai pas jugé à propos de lui faire mauaise mine. J'ai pris le parti de boire joyeusement, comme par le passé, et me suis contenté de l’humilier par mon silence.

— Votre silence, dit Ou en riant, a dû bien plus l'hamilier qu’une volée de coups de bâton. »

Quand ils eurent fini de boire gaiement tous ensemble, Ou, l’académicien, retint Pé-kong à coucher, mais le lendemain, Pé-kong voulut partir de suite. «Comme j'ai prétexté une maladie pour m’en retourner chez moi, lui dit-il, je n’oserais rester longtemps à la Capitale ; je craindrais que cela ne fit naître de mauvais propos.

— Quoi qu’il en soit, dit Ou, l’académicien, rien n'empêche que vous ne restiez deux ou trois jours, d'autant plus que lorsque vous serez parti d'ici, j'ignore quel jour je pourrai vous revoir.

— En ce cas. dit Pé-kong, je veux bien rester encore un jour; mais demain il faut absolument que je parte.

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