Mot à met : Portant un vêtement jaune de saule
&. Mot à mot: Si, courant après lui, vous êtes en zotard d'un pas,
n'est-ce pas la vérité? Je vous prie seulement de me donner une marque d'humanité en me faisant présent de ce fouet, pour que votre serviteur et sa femine puissent se revoir. Vous aurez ainsi fait un acte de vertu cachée qui vivra pendant dix mille générations.
— Vous radotez complétement, lui dit Sou-yeou-pé en rient; est-il possible qu’il y ait au monde un devin d'une pareille sagacité ? Il est clair qu'ayant vu la couleur de mon vêtement et celle de mon cheval, vous avez forgé ce mensonge dans l'intention de me voler mon fouet. IL m'est impossible de vous croire.
— Comment oserais-je vous tromper? répondit Yang-kho. Je savais bien que vous ne me croiriez pas; mais comme tout ce qu'il a dit s’est trouvé juste, il n'est personne qui puisse refuser de me croire. Il a dit encore que vous faisiez ce voyage pour chercher à vous marier. J'ignôre si cela est vrai ou non. Pour peu que vous réfléchissiez en vous-même, vous y verrez clair sur-le-champ. »
Sou-veou-pé l’entendant dire que c'était pour chercher à se marier, il resta quelque temps muet de surprise. « Cette affaire, dit-il, après avoir réfléchi en lui-même, était tellement cachée au fond de mon Cœur, que les démons et les esprils n'auraient pu la Connaître. Comment ce devin a-t-il pu l'apprendre ? »
[se sentit presque disposé à le croire. « Eh bien, dit-il,
Si je vous donne ce fouet, c’est.une petite affaire. Seulement, il faut qu'aujourd'hui je me rende en toute hâte à l'embouchure du Kiang, mais, sans les coups de
fouet, ce cheval ne voudra jamais marcher ; comment arranger cela? »
Les assistants, trouvant quelque chose d’étrange dans ce qu'ils venaient d'entendre, étaient curieux de voir comment, au môyen de ce fouet, il réussirait à trouver sa femme. De plus, voyant que Sou-yeou-pé lui parlait d’un ton radouci et paraissait disposé à lui donner son fouet, ils se mirent à le presser, dans son intérêt. « Puisque ce jeune monsieur, dirent-ils, veut bien vous donner son fouet, que n'allez-vous promptement couper une branche de saule pour qu'il s’en serve en attendant? »
Yang-kho voulait aller couper une branche de saule, mais craignant que Sou-yeou-pé ne s’en allât, il continuait de tenir la bride sans vouloir la lâcher. »
Sou-yeou-pé comprit sa pensée et lui remit aussitôt son fouet. « Comme je vous l'ai promis, lui dit-il, est-ce que je voudrais manquer de parole? Allez vite me couper une branche de saule, je suis pressé de poursuivre mon chemin. »
Dés que Yang-kho eut reçu le fouet, il remercia Souyeou-pé avec transport : « Monsieur, dit-il, je vous rends mille grâces; si je retrouve ma femme, je ne manquerai pas de vous le rendre. »
À ces mots, il se leva, et jetant les yeux à l’orient et à l'occident, il alla chercher une branche de saule. À celte époque, comme on était dans la seconde décade de la deuxième lune, les petits saules qui bordaient la route, n'avaient que des branches minces et flexibles,
dont les coups ne pouvaient faire bouger le cheval. Mais, à l'angle sud-est, dans une ruelle déserte, il y avait un temple en ruines près duquel on voyait trois ou quatre grands saules qui s'élevaient au-dessus des murs. Yang-kho, les ayant aperçus, se hâta d'y grimper. Une fois arrivé au haut d’un saule, il voulut en briser une branche, lorsque tout à coup il entendit dans le temple une personne qui poussait des cris douloureux. ll écarta les branches du saule et, ayant plongé les yeux dans l’intérieur, il-aperçut trois hommes qui enlouraient sa ferme et voulaient lui faire violence. Sa lemme résistait à leur brutalité, et c'était là la cause de ses cris. À ce spectacle, Yang-kho ne put contenir son indignation : « Vils brigands, leur cria-t-il, après avoir enlevé la femme d’un autre, vous êtes venus vous cacher ici! » Il sauta aussitôt du haut de l'arbre et alla heurter violemment contre la porte du temple. Les assistants, ayant entendu les cris qui partaient de là, accoururent ensemble et formèrent un cercle pour regarder. Yang-kho s’élança vers le temple, mais la porte lait barricadée. Sans s’embarrasser de rien, il la fit lurner sur ses gonds d’un seul coup de pied, l’entr'ouvrit et entra. Il courut ensuite derrière le temple, mais les trois ravisseurs s'étaient déjà échappés par une brèche du mur. Il ne restait plus que sa femme. Dès que les deux époux se virent réunis, ils furent au comble de la joie et s’embrassèrent! en pleurant.