C'est-à-dire : Pour arriver à l'horizon et disparaitre
loin, il n’aperçut devant lui aucune habitation. IL er éprouva intérieurement une certaine inquiétude. Mai: Siao-hi, qui avait la vue perçante, lui dit : « Monsieur. ne vous tourmentez pas. Regardez là-bas, près de ce carrefour situé à l'ouest, cette longue rangée d'arbres ; n'est-ce pas un village?
— Comment peux-tu le savoir ? répondit Sou-yeou-pé.
— Ce qui s'élève là-bas, au milieu des arbres, repartit Siao-hi, en étendant la main, n'est-ce pas une pagode ? Comme il y a une pagode, il doit y avoir un couvent, et s’il y a un couvent, on est sûr d'y trouver des habitants. »
Sou-yeou-pé ayant regardé : « En effet, dit-il, c’est une pagode ; quand il n’y aurait pas d'habitants, on pourra au moins coucher dans le couvent. »
À ces mots, il fouetta vivement son cheval, et se dirigea à la hâte vers le carrefour. Quand il fut arrivé au milieu des arbres, il reconnut qu'il y avait en effet un village. Quoiqu'il ne se composât que de cent ou deux cents maisons, elles n'étaient point réunies ensemble; elles étaient disséminées de tous côtés, par groupes de trois ou quatre ‘, les unes à l’est, les autres à l'ouest.
En ce moment, la nuit était déjà venue; toutes les portes étaient closes, et il n’élait pas convenable d'aller y frapper. Heureusement qu’on était à la douzième ou
1. I y a,en chinois, {rois ou cinq; c'est ainsi que les Chinois - s'expriment dans les cas où nous disous frois ou quaire.
lreisième nuit, époque où doit régner le clair de lune, de sorte que le ciel n'était pas encore noir. Ayant regardé au loin l’ombre de la pagode, il se mit à chercher le œuvent. Puis, après avoir fait un circuit, il entendit soudain un coup de cloche. « Nous avons du bonheur, s’écria Sou-yeou-pé; cette nuit nous n’aurons pas le chagrin de manquer de gite.»
Après avoir fait encore quelques pas, il arriva à la porte du couvent. Sou-yeou-pé mit aussitôt pied à terre, et ayant ordonné à Siao-hi de mener le cheval par la bride, il entra tout droit dans le couvent. Quoique ce couvent ne fût pas fort grand, il était arrangé avec un ordre et une propreté remarquables. À côté de la porte principale, on voyait deux rangées de pins très-espacés et d’an aspect charmant. Dans ce moment, Sou-yeou-pé, qui n’avait nulle envie de les admirer, entra dans la grande salle du temple, et y vit quelques religieux qui faisaient l’affice du soir. Ceux-ci, ayant vu un homme entrer, l’un d'eux, qui était avancé en âge, s'empressa d'aller à sa rencontre. « Monsieur, lui demanda-t-il, d'où venez-vous ? |
— Je venais de la ville, répondit Sou-yeou-pé, et je me dirigeais vers le village de Kiu-yong, lorsque tout à coup la nuit est survenue et m'a empêché d'y arriver. Je désirerais passer la nuit dans votre respectable couvent. J'ose espérer que vous voudrez bien me permettre de rester !.