Savoir : De 7,500 à 15,000 francs
2. Mot à mot: Lui, une première année, a bâti le couvent, la . deuxième année, aussitôt il a procréé une fille.
aaleurs anciens ou modernes, qu'elle n’ait lus à fond; les poésies, les romances, les chansons qu'elle compose, seraient capables d’effacer celles des anciens. Lors même que le seigneur PE a écrit une pièce de wentchang (style élégant), il veut toujours que sa fille la lui corrige. Dites-moi, monsieur Sou, s’il y a quelqu'un au monde qui possède un fils d’un tel mérite? »
Après avoir entendu Tsing-sin énumérer tant de belles qualités, Sou-yeou-pé éprouva soudain un frémissement dans tous ses membres, et faillit perdre connaissance. « Cette demoiselle est-elle mariée ? demanda-t-il sur-lechamp.
— Où pourrait-on trouver, dit Tsing-sin, un homme digne de l’épouser?
— Dans cette ville, dans ce district, dit Sou-yeoa-pé, les hommes riches et nobles ne sont pas rares. Est-ce qu'il n'y en a pas qui puissent aller de pair avec elle pour le rang et la fortune? Pourquoi n’y aurait-il aucun homme digne de l'épouser ?
— Si l’on voulait, dit Tsing-sin, la donner à un homme riche et noble, rien ne serait plus aisé, mais le seigneur Pé ne fait aucune attention à la fortune ni à la noblesse. Il cherche uniquement un homme qui se distingue entre tous par ses agréments extérieurs et son talent littéraire.
— C'est une chose fort aisée, repartit Sou-yeou-pé.
— ]l y a encore un point difficile, dit Tsing-sin. Quiconque vient la demander en mariage, est obligé de composer une pièce de vers ou un morceau de prose
a16 UN PRÉTENDANT, LAID DE FIGURE,
élégante, et il faut que le père et la fille les aient approuvés, pour qu'ils daignent lui donner leur consentement. Cette demoiselle est douée d'un goût si élevé, que parmi les pièces de vers et de prose qui lui ont été présentées, il n'en est aucune qui ait pu lui plaire. De là vient qu’à force de temporiser, elle est arrivée aujourd’hui à l’âge de dix-sept ans, sans avoir voulu engager sa foi à la légère,
— C'est donc pour cela? » dit Sou-yeou-pé. Au fond du cœur, il éprouva une joie secrète. « Il est clair, dit-il, que je dois trouver ici la femme que le ciel me destine. » Quelques instants après, un religieux servit le riz. Après qu'ils eurent mangé tous deux : « Monsieur Sou, dit Tsing-sin, comme vous êtes fatigué de votre voyage, je pense que vous avez besoin de dormir. »
Il prit alors une lampe, et conduisit Sou-yeou-pé dans une chambre fort propre, destinée aux hôtes. Ensuite il brûla dans une cassoletle des parfums exquis, fit bouillir d’excellent thé, qu’il plaça sur sa table, et ne se retira qu’au moment où Sou-yeou-pé lui parut endormi.
Après avoir entendu raconter tant de choses, Souyeou-pé, dans le désir de voir mademoiselle Pé, était agité de mille pensées; il avait beau se retourner en tous sens, il ne pouvait venir à bout de dormir. Il crut devoir s'habiller comme auparavant et se lever. Il ouvrit la fenêtre, et voyant qu'il faisait aussi clair que dans le jour, grâce à la lune qui brillait au milieu du ciel, il réveilla Siao-hi, et, sortant du couvent, il se promena devant la porte. Comme il était charmé de la
clarlé de la lune et avait l'esprit était vivement préoccupé, il suivit insensiblement l’ombre d’une rangée de pins, et s'étant éloigné du couvent, d'une portée de lèche, il entendit soudain des gens qui causaient en nant. Sou-yeou-pé, ayant regardé avec attention, reconnut que c'était un village habité. Apercevant, au milieu, des pêchers et des pruniers d’un riant aspect, il marcha au hasard et arriva à côté d'un pavillon. Ayant jeté uñ coup d’œil dans l’intérieur, il y vit deux hommes occupés à boire et à composer des vers. Souyeou-pé s'arrêta aussitôt, et se tint furtivement e: dehors de la fenêtre pour les écouter. L'un, qui était vêtu de blanc, disait : < Monsieur Tchang, il fallait votre lalent pour trouver la rime du mot {cht (branche). «La rime du mot tchi (branche), disait l’homme habillé de vert, était sans importance, mais celle du mot sse (penser) était fort difficile et exigeait un grand efert d'esprit ; à l'exception de moi, le vieux Tchang, qui est-ce qui aurait pu la trouver ?
— En effet, repartit l’homme vêtu de blanc, vous l'avez fait rimer d’une manière merveilleuse; tous les Doëtes de notre époque ne peuvent s'empêcher de vous wéder le pas. Quand vous aurez encore achevé ces deux vers, ce mariage sera bientôt arrangé et vous pourrez presque compter dessus. »
Celui qui était vêtu de vert inclina la tête et se mit à réfléchir et à marmolter entre ses dents; puis, après ue courte pause : «Je l'ai trouvé! je l'ai trouvé!
#'écria-t-il à haute voix; c’est admirable, admirablet » T. 1. 43
Il saisit à la hâte son pinceau, et, après avoir écrit, i présenta le papier à l’homme vêtu de blanc. Celui-ci, : ayant jeté les yeux, éclata de rire en battant de mains. C’est merveilleux, s’écria-t-il. En vérité, toute les expressions sont de l’école de Thou-fou ‘. Non-seulement les rimes sont parfaitement justes, mais la pièct se termine d’une manière noble et touchante. Je m'incline avec respect devant votre talent supérieur.
— Mes vers sont finis, dit celui qui était vêtu de verl; la charmante demoiselle est bien près de tomber en ma possession. Dites-moi, monsieur, si vous êtes disposé à quitter la partie.
— Autrefois, dit l’homme vêtu de blanc, j'avais un talent poétique des plus remarquables; mais ce soir, après avoir été vaincu par vous, je ne puis venir à bout de faire des vers. Pour le moment, je voudrais boire quelques tasses de vin et faire un somme. Quand mes esprits auront acquis un peu de vigueur, je tâchérai de composer une pièce de vers pour me mesurer avec vous. Le
— Puisque vous voulez boire, dit l’homme vêtu de vert, attendez que je relise à haute voix ces vers, et que je vous les récite, pendant que vous serez occupé à boire ; qu’en dites-vous?
— Ce sera charmant! ce sera charmant!» répondit l’homme vêtu de blanc.
4. L'un des poëtes les plus célèbres de la Chine, qui vivait sous la dynastie des Thang.
À ces mols, son compagnon lui récita à haute voix | ks vers suivants :
Quand le saule a senti l'influence du printemps,
Îl pousse une branche, puis encore une branche;
On dirait une plante verdoyante suspendue au baut de l'arbre,
Ou bien des fils d’or qui pendent à sa cime.
Le jeune homme vêtu de blanc, sans attendre qu'il et fini de lire, s’écria d’une voix bruyante : « C'est ädnirablef admirable! Eh bient buvez d’abord une lsse; vous lirez ensuite. »
À cs mots, il remplit une tasse et la présenta à l'homme vêtu de vert. Celui-ci, transporté de joie, prit l tasse et, l'ayant vidée d’un trait, il continua de rédiler un second quatrain :
Le vieux pêcheur est plein de joie quand il a pris un Poison à la ligne.
Le cocher se désole, quand son .cheval reste immobile sous le fouet.
A fn, il vient un jour où l'arbre se trouve desséché,
Et ne fournit plus qu’une charge de menu bois !.
Quand le jeune homme vêtu de vert eut fini de lire, @lui qui était vêtu de blanc le combla d’éloges. Sou-
1. Littéralement : Dans une charge de broussailles, (l’homme) porte Psienrs fois dix mille soies (dix mille branches très-minces).
L'auteur ne pouvait mieux montrer l'ignorance de ces deux jeunes
| Wsqu'en faisant exalter, par l’un d’eux, les vers ridicules de son
Cmpsgnon.
yeou-pé, qui avait tout entendu en dehors de la fenètre, ne put s'empêcher de pousser un cri et d'éclater de rire. À ce bruit, les deux amis sortirent tout à coup en dehors de la fenêtre pour en savoir la cause, et aper- - cevant Sou-yeou-pé : « Qui êtes-vous ? lui demandérentils, et pourquoi vous cachez-vous ici pour vous moquer de nous?
— C'est par hasard, répondit Sou-yeou-pé, que je suis arrivé en cet endroit, en contemplant l'éclat de la lune. Quand j'ai entendu réciter des vers d’une beauté merveilleuse, j'ai tout à coup bondi de joie !, et je vous ai manqué en laissant échapper un cri; je suis bien coupable. » ;
Les deux amis voyant la figure distinguée de Souyeou-pé et la grâce de son langage : « Monsieur, dit celui qui était vêtu de blanc, vous êtes, à ce que je vois, un homme de goût, versé en poésie.
— Monsieur, dit celui qui était vèlu de vert, comme vous êles un homme distingué, voudriez-vous vous asseoir un moment avec nous ? » En disant cela, il prit Sou-yeou-pé par la main et le fit entrer avec lui dans le pavillon.
« Je crains de vous importuner, dit Sou-yeou-pé ?
— Tous les hommes de l'empire sont frères, repartit le jeunc homme vètu de vert. Qui vous en empêche ? »
Il dit, et après l’avoir fait asseoir à la place d’honneur, il ordonna à un pelit domestique de lui verser