‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 10 sur 148 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

en rien leur bonne intelligence; mais c'est pour elles un motif de plus de s'estimer et de se chérir. Où Ton trouverait en Europe un sujet de discorde et de désespoir, d'aimables Chinoises voient l'effet de la plus heureuse sympathie et le gage d'une félicité parfaite. On est véritablement transporté dans un autre monde. H faut aller à la Chine pour voir la bigamie justifiée par le sentiment, et la plus exigeante des passions se prêter aux partages et aux accommodements, sans rien perdre de sa force et de sa vivavacité.

(( L'union de trois personnes liées par une douce conformité de penchants, de qualités, d'humeurs, forme aux yeux des Chinois le comble de la béatitude terrestre, une sorte de bonheur idéal que le ciel réserve à ses favoris, comme la récompense du talent et de la vertu. Et, je crois, ce qui choquera davan* tageici, c'est de voir la conduite dés principaux personnages exposée comme le résultat naturel d'un système moral. On a en Europe une aversion si profonde pour la polygamie, que je ne sais si l'on n'en supporterait pas plutôt la pratique que la théorie. Telle qu'elle existe chez les musulmans, elle trouverait peut-être plus d'indulgence. Mais les motifs purement platoniques et intellectuels de notre héros, ne seront goûtés de personne, et je crains pour lui, jusqu'à sa délicatesse même. Un homme qui aime

Page 1