PREFACE
deux femmes à la fois est une sorte de monstre qu'on n'a jamais vu qu'au fond de l'Asie, et dont l'espèce est tout à fait inconnue dans l'Occident. Deux passions sinmltanées ne sauraient se supporter : elles seraient successives qu'on aurait de la peine à les admettre dans un roman.
« Au reste, les auteurs chinois, écrivant dans un pays où l'on pense autrement que nous sur cet article, s'arrangent fréquemment pour assurer à leurs héros cette double félicité que les mœucs autorisent ; et c'est la terminaison la plus satisfaisante dont ils aient pu s'aviser, comme nous en jugeons par diverses compositions où elle se reproduit. A Dieu ne plaise que j'imite ici ce théologien de Leipsick, que la population de Stockholm voulut mettre en pièces parce qu'il avait célébré le triomphe de la polygamie. Mais à considérer la chose en romancier, plutôt qu'en moraliste ou en philosophe, contentons-nous d'observer quelles ressources un écrivain peut tirer d'un pareil système; il lui fournit le moyen de contenter tout le monde à la fin du récit, sans recourir à ces maladies de langueur, à ces consomptions funestes, tristes effets d'une passion malheureuse et inutilement combattue, et seul recours de nos écrivains, quand, de compte fait, il se trouve une héroïne de trop qui les embarrasse au moment de la conclusion, et à qui la délicatesse ne permet ni de