‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 9 sur 148 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

coup si Ton réussit à plaire, à intéresser, à se faire lire jusqu'au bout avec des moyens si simples, des ressorts si peu compliqués, et des ressources si bornées. La fantasmagorie de Técole moderne a seule le droit d'aspirer à de plus brillants résultats. Hais quand on songe que cette histoire est bien antérieure aux modèles que notre ftge a produits, et que les per* sonnages dont la vie y est retracée ont été contem* porains de Charles YII et de Louis XI, on se sent quelque estime pour des littérateurs capables de concevoir des compositions si régulières, de revêtir leurs observations morales de formes si vives et si ingénieuses, de saisir des nuances si délicates, de décrire avec succès des habitudes si raffinées et un état de civilisation si avancé, en en reportant le tableau à une époque qui n'avait produit chez nous que d'ignobles fabliaux, ou des contes absurdes remplis d'un merveilleux stupide. La finesse des uns, la grossièreté des autres, forment un contraste assez piquant, et l'on voit qu'au quinzième siècle l'Europe n'aurait pu soutenir avec la Chine le parallèle dont les résultats l'enorgueillissent au dix*-neuvièilie.

« Il n'est qu'un point où le génie de l'Asie laisse apercevoir son infériorité, et c'est par malheur un point essentiel, puisqu'il tient au fond même du roman, qu'il est indiqué, dès le titre, et qu'il constitue le dénoûraent. L'idée qu'on y découvre s'est présen-

zil PRÉFACE.

tée à quelques Orientaux, et Go8the, dans sa jeunesse, en a fait le sujet de son drame de Stella; mais contenu par la rigueur des mœurs européennes, il s'est borné à quelques indications, en s'abstenant de développements qui auraient pu devenir choquants, et le Wir sind dein^ nous sommes (toutes deux) à toi, de la fin, est le seul mot un peu hasardé de cette singulière composition. Ici, au contraire, des sentiments qui n*ont rien que de légitime, prennent un libre essor sous l'influence des habitudes nationales et des idées du pays, sans blesser aucunement la pudeur et la bienséance. Le héros, puisqu'il faut le dire, étend aux Deux Cousines des vœux et des sentiments qui sont regardés chez nous comme exclusifs de leur nature. Il devient épris de l'une sans cesser d'adorer l'autre. Deux femmes vertueuses se partagent les afTections d'un homme délicat, et celui-ci ne croit pas manquer d'amour pour deux objets qui en sont également dignes. La double union à laquelle il aspire est aussi le but où tendent les vues secrètes des Deux Cousines^ et si elle ne s'effectuait pas, on voit qu'il manquerait quelque chose à leur bonheur. Toutes deux se défendent de-l'accusa-* tion de jalousie, comme on se justifierait ailleurs d'un penchant condamnable ou d'une inclination illégitime. Non-seulement la découverte qu'elles font d'un attachement porté sur le môme objet, n'altère

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