‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 109 sur 148 · Mot à mot : Petit vieux · texte numérisé non relu

Mot à mot : Petit vieux

6. Mot^à mot : J'imagine que c'est l'idée d'échanger des boules de coton. Cette locution, prise ici au figuré, s'applique ordinairement aux escamoteurs.

en chemin, avait pesé et soustrait une des trois onces d'argent*. 11 tira aussitôt de sa manche deux autres onces et les remit au vieux Tong. « Voici , dit-il, une bagatelle que vous offre mon ami Tcliang; prenez cela pour vous. Seulement, je vous prie d'arranger l'affaire en question avec toute l'adresse dont vous êtes capable. Si, par hasard, elle réussit quelque peu, il vous reviendra encore, à la suite, un gros morceau d'argent^. »

Tong reçut le petit paquet d'argent, et se levant surle-champ : « Comme votre honorable ami, dit-il, m'a donné cette grande marque d'intérêt, je voudrais, monsieur, aller avec vous dans ce cabaret nouvellement ouvert, qui est devant nous, et profiter de sa générosité^; qu'en dites-vous?

— Je devrais naturellement vous tenir compagnie, répondit Wang-wen-khing, mais mon ami Tchang est

1. On a vu plus haut qu'il avait ajouté, à contre-cœur, une once d'argent aux deux onces que son camarade le chargeait d'aller porter au concierge de Pé-kong, pour le mettre dans leurs intérêts. C'est cette once d'argent qu'il avait retirée et gardée pour lui.

1. Les Chinois ont l'habitude de porter sur eux des morceaux d'argent dont ils coupent et pèsent certaines quantités à mesure qu'ils en ont besoin. Il font aussi*usage d' argent monnayé sous forme de petits lingots carré-longs, du poids d'une once, portant en relief les mots : (( Une once d'argent pur, » et, sur une autre face, la date de la fabrication.

Dans le commerce, on se sert souvent de culots d'argent de la valeur de 10, 20 et même 50 onces d'argent. L'once ou taël vaut 7 fr. 50 c. #

3. C'est-à-dire : Je voudrais acheter du vin avec l'argent qu'il m'a donné. La phrase chinoise est trop concise : J'ai reçu le sien (son argent) ; qu'en dites-vous ?

Î48 VNiïOMME DE TALENT

chez lui à attendre des nouvelles, et veut encore venir avec moi. Cette affaire ne saurait être différée. Si vous me le permettez, un autre jour, je viendrai moi-même vous inviter.

— Monsieur, dit le vieux Tong, puisque aujourd'hui vous voulez y aller tout de suite, moi-môme je n'oserais pas goûter au vin. Il ne faut pas s'amuser à boire, de peur de compromettre les affaires des autres.

— Cela étant, dit Wang-wen-khing, je suis encore plus reconnaissant de votre extrême bonté, t A ces mots, il prit congé du vieux Tong, et alla, en toute hâte, rendre réponse à Tchang-koueï-jou. Dans ce moment, Tchang-koueï-jou l'attendait avec une pénible impatience. Dés qu'il eut vu arriver Wang-wen-khing, il alla au-devant de lui, à la porte du jardin, c Avez- V0U8 notre homme? lui demanda-t-il.

— Tout à l'heure, dit-il, j'ai eu bonne chance. Due fois arrivé, je l'ai .subitement rencontré, et je lui ai expliqué toute l'affaire. Comment le jeune Sou n'est-il pas encore venu à cette heure? »

Il avait à peine fini de parler, lorsque Sou-yeou-pé arriva avec Siao-hi. Or, coinme, la nuit précédente, son esprit avait été excessivement préoccupé, il lui avcKt été impossible de dormir; mais, à l'approche du jour, il avait dormi profondément, et pour cette raison il s'était levé tard. Sa toilette terminée, il déjeuif^ et se rendit de suite dans le jardin de Tchangkoueï-jou, où justement il le rencontra (avec son ami.) Quand ils se furent salués tous trois: < Monsieur Lien*

sien, lui dit Tchang-koueï-jou, comment arrivez-Yous si lard?

— La nuit dernière, répondit Sou-yeou-pé, par suite des bonfés dont vous m'avez tous deux comblé, j'ai bu quelques tasses de trop. Voilà pourquoi j'arrive si tard ; je suis bien coupable.

— C'est sans doute, dit Wang-wen-khing en riant, que vous ne vous souciez pas de voir mademoiselle Pé.

— Messieurs, dit Sou-yeou-pé en riant, si vous ne tenez pas à la voir, je n'y tiens pas non plus.

— Si vous voulez y aller, reprit Tchang-koueï-jou, voici le bon moment. Il ne faut pas que des propos oiseux nous fassent manquer notre affaire.

— Comme je n'ai pas encore achevé ma pièce de vers, dit Wang-wen-khing, je n'ai rien à espérer. Vous n'avez, messieurs, qu'à écrire promptement vos vers pour que j'aille avec vous. Si cet individu* revient avec de bonnes nouvelles, je préparerai un repas pour vous féliciter. »

A ces mots, ils se rendirent ensemble dans un pavillon. Tchang-koueï-jou et Sou-yeou-pé écrivirent, chacun de leur côté, les vers de la nuit précédente, et les serrèrent dans leur manche. Tchang-koueï-jou, ayant mis un vêtement de couleur, à la nouvelle mode, ordonna à un petit domestique de seller trois chevaux. Ils sortirent alors tous trois par la porte du jardin, et se

1. C'est-à-dire : Si le vieux Tong à qui les vers ont été remis, apprend qne le seigneur Pé et sa fille en ont été satisfaits, et vient nous annoncer cette heureuse nouvelle.

dirigèrent vers le village de Kin-chi. On peut dire à ce sujet :

Si des abeilles voyageuses enveloppent un arbre, ce n'est pas sans intention.

Si les fourmis traînent des fleurs, elles ont aussi leur motif.

Elles cberchent avec ardeur les beautés du printemps;

Mais on ne sait à qui il sera permis de posséder^ les beautés du printemps.

Or, le village de Pé-chi n'était éloigné que de trois ou quatre li de celui de Kin-chi, de sorte qu'ils y furent bientôt arrivés. Quand ils se virent tout près de l'hôtel de Pé, le Chi-lang *, ils descendirent tous trois de cheval et marchèrent à pied. Dans ce moment, le vieux Tong, pour de bonnes raisons, était justement assis en les attendant au bas du pavillon de la porte. Quand il les vit tous trois devant lui, il se leva et les interrogeant comme s'il ne se doutait de rien ^ : € Messieurs, dit-il, quelle aflFaire vous amène ? »

Wang-wen-khing s'avança en face de lui, et montrant Tchang et Sou : € L'un de ces deux messieurs, dit-il, s'appelle Tchang de son nom de famille, et l'autre Sou. Ils viennent exprès pour obtenir l'honneur de voir le seigneur votre maître.

— Si ces deux messieurs, dit le vieux Tong, étaient

1. Ce vers semble faire allusion aux trois jeunes gens qui sont épris de mademoiselle Pé.

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