‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 111 sur 148 · En chinois : Pour le prier de nous instruire · texte numérisé non relu

En chinois : Pour le prier de nous instruire

t5t UN HOMME DE TALENT

vers, ce sera la même chose. Qu'avons-nous besoin de le voir en personne?»

Chacun d'eux prit aussitôt sa pièce de vers et la remit au vieux Tong. « Dès que votre maître sera revenu, ajoutèrent-ils, vous aurez la bonté de lui dire un root pour nous.

— Cela va sans dire, répliqua le vieux Tong, vous n'avez pas besoin de me le recommander; seulement, je désirerais connaître clairement votre demeure, car je pense qu'après avoir vu vos vers, mon maître voudra aller vous inviter.

— Ce monsieur Tchang, dit Wang-wen-khing, est de la ville de Tan-yang; le jardin fleuriste où il se retire -pour étudier, est situé dans le village de Pé-chi, que vous voyez devant vous. Ce monsieur Sou habite le couvent de Kouan-in, dans le môme village.

— Puisque vous demeurez dans le village de Péchi, dit le vieux Tong, ce n'est pas loin d'ici; je m'en souviendrai parfaitement. Je vous engage, messieurs, à vous en retourner. »

Les trois amis lui firent encore une fois des recommandations. S'éloignant alors de l'hôtel de Pé-kong, ils remontèrent à cheval et s'en retournèrent au village de Pé-chi. On peut dire à ce sujet :

Des hommes d'un caractère abject emploient la ruse pour tromper un ami.

Par cupidité, un indigne valet trompe son maître. Si Tauguste ciel n'avait pas d'avance arrêté ses plans, On les verrait enlever à aut^^ui un heureux mariage.

Le vieux Tong, les voyant tous Irois partis, courut aussitôt à sa loge et cacha, dans un vieux registre de visites, les vers qu'ils venaient d'apporter; puis, prenant en main les deux pièces de vers que Wang-wenkhing lui avait remises auparavant *, il les porta dans Fintérieur et les fit voir au seigneur Pé.

Or, depuis que le seigneur Pé s'en était retourné pour cause de santé, il n'avait trouvé nulle part, dans son village, un gendre distingué. Sa fille, Hong-yu, ayant conaposé par hasard une pièce de vers sur les saules prinlaniers, il avait ouvert aussitôt une sorle de concours pour composer des vers sur les mêmes rimes, espérant que ce serait le moyen de choisir un gendre.

Un parent éloigné lui avait envoyé un- jeune garçon pour qu'il l'adoptât. Ce jeune garçon avait quinze ans; il s'appelait Khi-tsou, et son petit nom était Ing-lang. Il était d'une stupidité extraordinaire, et n'aimait qu'à courir et à jouer. Si on lui parlait de lire, il avait aussitôt mal à la tète et restait malade toute la journée. Le seigneur Pé, ne pouvant manquer d'égards pour son parent, se vit obligé de le garder, mais, au fond, il le comptait pour rien et ne s'y intéressait pas le moins du monde. On peut dire à ce sujet :

L'un a donné le jour à un fils qui ne recherche que les prunes et les châtaignes.

1 . C'était une excellente pièce de Sou-yeou-pé, que Tctiang-koueîjou avait signée de son propre nom, et une détestable pièce de celuici portant le nom de Sou-yeou-pé. Cet indigne tour de passe-passe explique rerrcur où va tomber Pé-kong.

L'autre a élevé une fille * qui est capable de lire les mêmes livres que son père.

No riez pas en voyant les qualités du In et du Vang ^ placées en sens inverse ;

Souvent il plaît au Ciel d'ajouter aux uns ce qu*il retranche aux autres 3.

Ce jour-là, le seigneur Pé, tranquillement assis dans un pavillon appelé Mong-lhsao-hienS s'occupait à regarder les fleurs, lorsque soudain il vil arriver le vieux Tong, qui venait lui présenter les deux pièces de vers,

1. Ces deax vers font allusion à mademoiselle Hong-yu et à Inglang.

2. Les Chinois admettent deux principes : le principe mâle ( Yang)^ et le principe femelle (/n), qui, par leur union, produisent tous les êtres. Le principe Yang se rapporte aux hommes^ et le principe In aux femmes.

L'auteur veut dire que Hong-yu, qui ainie Tétude et sait composer des vers, possède des qualités qui sont ordinairement le partage des hommes, tandis que Ing-lang a le caractère de Tautre sexe.

3. Comme si l'on disait que le ciel avait ôté à Ing-lang les qualités d'un homme (l'amour de Tétude, le talent poétique), pour les donner à Hong-yu.

4. Littéralement : Le pavillon de la plante des songes. On lit dans rouvrage appelé Thong-ming-ki : Il y a une plante du nom de mong^ thsao qui ressemble au roseau p'ou.. Elle est de couleur rouge. Le jour, elle se replie, entre en terre et reparaît la nuit (sic). On i'ap: pelle aussi Hoai'mong, Si quelqu'un en met dans son- sein (hoaî) des feuilles, il apprend si ses rêves auront un résultat heureux ou malheureux, et en voit sur-le-champ la preuve. Un empereur ayant pensé à la beauté d'une dame Li, mit dans son sein une branche de cette plante, et la nuit suivante il la vit en effet en songe. Par suite de cette circonstance, le nom de mong-thsao (plante des songes), fut changé en Hoaï-mong-thsao (plante qui provoque des songes lorsqu'on Ta mise dans son sein). {Fét-wen-yun-fau^ liv. XLIX, fol. 190.)

composées sur les mêmes rimes que celles de sa fille, en rhonneur des saules printaniers. De suite, il en déploya une et» après Tavoir lue en entier, il se mit à éclater de rire, i Est-il possible, s'écria-t-il, qu'il y ait au monde un homme assez fou pour me donner à lire une composition aussi extravagante ^ ? i

Il la regarda encore, et voyailt qu'elle portait le nom de Sou-liên-siôn *, il la jeta de côté. Ensuite, il déploya Tautre pièce, et à peine en eut-il lu les quatre premières lignes, qu'il fut rempli de surprise et d'admiration, c Ces vers , dit-il , sont pleins de pureté et de fraîcheur ; c'est quelque chose de charmant'.» Il lut ensuite les quatre derniers vers, et frappant sur la table : t Voilà, s'écria-t-il, un admirable talent. Il y a bien longtemps que je n'ai rien vu de si beau. D'où peut-il venir? » 11 se hâta de regarder le nom de l'auteur, et lut : Composé par Tchang-ou-tch'e* de Tanyang. »

i. C'était la pièce de Tchang-konei-joa, qui avait eu l'impudence de mettre au bas le nom de Sou-yeou-pé. (Voyez p. 2A1, Ug. li).]

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