‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 119 sur 148 · Littéralement : Que son âme n'était plus dans son corps · texte numérisé non relu

Littéralement : Que son âme n'était plus dans son corps

instant stupéfait. Ensuite, il fit tous ses efforts pour s'excuser. cJe ne suis, dit-il, qu'un jeune étudiant; en présence de Votre Excellence , comment oserais-je m'émanciper? Ajoutez à cela que, n'ayant pas le talent d'improviser au bout de sept pas ', je ne manquerais pas d'exciter sur-le-champ les railleries d'un homme (doué comme vous) d'une haute intelligence^.

— Manier le pinceau en présence d'un hôte, repartit Pé-kong, c'est la plus agréable occupation d'un lettré. Si je puis, de mes propres yeux, vous voir composer, j'éprouverai encore une joie extrême^. Gardez-vôus, mon sage ami, de cet excès de modestie. >

Tchang-koueï-jou voyant qu'il ne pouvait plus refuser, éprouva une telle émotion que toute sa figure devint rouge comme le feu, et que son cœur fut agité

1. Mot à mot : Mon talent n'a pa^ sept pas, je n'ai pas an talent de sept pas. Il y a ici une allasion au talent poétique de Tseu-kien ou Tsao-tseu-kien, qui vivait sous l'empereur Wen-ti,de la dynastie des Weî (entre les années 222-227 de notre ère). A Tâge de dix ans, U savait déjà composer en prose. On Tavait surnommé, le tigre ^le roi, le coryphée) du style élégant. Il écrivit un jour : « Tous les lettrés de l'empire ont ensemble un boisseau de talent ; Tseu-kien seul en possède les huit dixièmes. » L'empereur, jaloux de son talent, von- Int le faire périr. Il lui ordonna de composer une pièce de vers après avoir fait sept pas. Tsao-tseu-kien fit sept pas devant Temperear, et improvisa sur-le-champ un poëme sur la conquête du royaume de Cho. {Chi'tso-ts^ieriy liv. X, fol. 4.)

2. C'est le sens que le dictionnaire Thsing-han-wen-hài (liv. XII, fol. 16; donne à Texpression difficile ta-fang (1707-3iB26) : Ghoanggekhafoukha saisa.

3. Littéralement : Ma joie *— une seconde fois — (ne sera) pas superficielle.

de continuelles palpitations. Se voyant à bout, il le salua à plusieurs reprises, et, après avoir balbutié quelques mots confus : c Je suis, dit-il, bien téméraire. Je prie Votre Excellence de me donner un sujet. Si vous me permettez de l'emporter chez moi, quand j'aurai fini ma composition, je viendrai la soumettre à votre jugement.

— Il n'est pas besoin, dit Pé-kong, après un moment de réflexion, de chercher un sujet différent. Vos vers d'hier sur les saules printaniers étaient pleins de pureté et de noblesse. Mon sage ami, puisque vous ne repoussez pas ma demande, c'est encore sur les rimes des saules printaniers que je vous prierai de composer une seconde piècepour mon instruction. »

Dès que Tchang-koueï-jou eut entendu qu'on lui demandait encore des vers sur les mêmes rimes que celles des saules printaniers, comme il avait retenu dans sa mémoire la seconde pièce de Sou-yeou-pé, sa joie fut si forte qu'il sentit au fond du cœur une vive démangeaison. Quand ses esprits furent calmé?,, il prit les grands airs d'un habile lettré; ensuite, faisant mine de refuser : « Je ne suis, dit-il, qu'un ouvrier vulgaire ; comment oserais-je manier la hache à la porte de Pan * ?

1. Oa dit ordiaairement Lou-pan^ Pan, du royaume de Lou. CMtait un charpentier fort habile. Quelques auteurs ont dit qu'il' était fila de Tchao-kong, roi de. Lou. (Fet-ioe«-ywn-/bw, liv« XV, fol. 35.)

Tchang-koueï-jou veut dire, avec une modestie affectée, qu'il n'oserait faire des vers sous les yeux d'un juge aussi éclairé que

Pé-kODg.

27i UNE SERVANTE OBSERVE UN PRÉTENDANT,

Je n'oserais désobéir aux ordres pressants de Votre Excellence, mais je ne sais comment faire.

— Quand un lettré se sent en verve, repartit Pé-kong, comment a-t-il le loisir de faire tant de cérémonies?

— De cette manière, dit Tchang-koueï-jou en le saluant aussitôt, je vais être bien téméraire. » Sur-le* champ, il imbiba son pinceau d'encre, déploya une feuille de papier, fronça les sourcils et fit semblant de réfléchir. Puis, ayant remué deux fois la tête d'un air mystérieux, il écrivit aussitôt tout d'un trait. Dès qu'il eut fini d'écrire, il se leva, et tenant la feuille à deux mains, il la présenta à Pé-kong en faisant un salut. Pé-kong la prit, et l'ayant examinée avec soin, il trouva que cette pièce était pleine de charme, et qu'elle était encore plus belle que la précédente. De plus, il l'avait vu improviser ces vers sans avoir réfléchi un seul instant. Il est vrai que, la première fois, il avait eu quelques doutes en voyant la tournure commune et ignoble de Tchang-koueï-jou; mais, quand il l'eut vu de ses propres yeux composer de la sorte, tous ses soupçons s'étaient évanouis. Aussi le combla-t-il tout à coup de pompeux éloges. « Quel merveilleuxtalentl s'écria- t-il. Non-seulement vos idées sont d'une grande noblesse, mais vous avez encore une prodigieuse facilité. J'ai cherché un gendre dans tout l'empire lorsqu'il était à quelques pas de moi. Oui, mon ami> j'ai failli vous manquer. »

-Il lut encore une fois les vers, puis il ordonna secrètement à un domestique de les porter dans l'intérieur

et de les faire voir à sa fille. Ensuite, il fit servir le dtner dans le jardin de derrière» afin de retenir Tcbang et de lui faire boire quelques tasses de vin. Après avoir donné ses ordres, il se leva et pria Tchang-kouei-jou d'entrer; mais celui-ci s'y refusa en le remerciant. «Voire Excellence, dil-il, m'a déjà comblé de bontés, et en m'accordanl Thonneur de la voir S elle a dépassé toutes mes espérances. Comment pourrais-je encore accepter une si flatteuse réception ?

— Le vin est tout prêt, dit Pé-kong; je veux profiter de cette occasion pour vous exprimer toute mon amitié. Ne faites pas tant de cérémonies. » Soudain, il prit Tchang-koueï-jou par la main, et se dirigea avec lui vers le jardin de derrière. On peut dire à ce sujet :

Avec une intention sincère, il cherche un véritable talent»

Mais, de tous côtés, il ne rencontre que des plagiaires-. Ce fait extraordinaire ne provient pas des hommes; Il tient naturellement aux vues mystérieuses du ciel.

Tchang-koueï-jou , en se dirigeante la suite de Pékong vers le jardin de derrière, était partagé entre la joie et la crainte. Il avait quelque espoir de voir réussir son mariage, et c'était là le sujet de sa joie ; mais il craignait qu'une fois dans le jardin, Pé-kong, frappé

1. Mot à mot : Voas m*avez accordé (le moyen de) monter au rang des dragons (teng-long), ou de franchir la porte des dragons. U y a ici une allusion historique qui a déjà été expliquée (ch. ii, p. 49, note 1).

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