‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 120 sur 148 · Mot à mot : (Des vers) frauduleusement copiés · texte numérisé non relu

Mot à mot : (Des vers) frauduleusement copiés

t74 UNE SERVA.NTB OBSERVE UN PRÉTENDANT,

de la beauté du lieu^ n'y trouvât un sujet de poésie, et ne voulût lui faire composer une pièce de vers. Ne perdrait-il pas tout le mérite qu'il venait d'acquérir? Il était horriblement tourmentée En peu d'instants^ ils arrivèrent dans le jardin de derrière. En Texaminant avec attention, ils admirèrent la multitude et la variété des fleurs ^w C'était un séjour charmant. Voici ce qu'ils remarquèrent :

Les pêchers étalaient leur soie rouge, les saules laissaieat traîner leur or ;

Un tapis de jade blanc s'étendait à Tombre des pruniers K

Il y avait encore des pivoines, dont on ne pouvait complet toutes les nuances.

Des perles, des rubis étaient semés à profusion dans le calice des fleurs.

Lés loriots faisaient entendre leurs douces modulations, les hirondelles voletaient avec une vivacité joyeuse.

Une multitude d'abeilles et de papillons montaient et descendaient dans une folle ivresse.

On était entre la deuxième et la troisième lune du printemps.

Et le Képhir, pénétrant au sein des fleurs, en faisait sortir des parfums délicieux.

Quand ils furent arrivés tous deux dans le jardin, Pé-kong promena Tchang-koueï-jou de tous côtés et

1. Littéralement : Plein son ventre, il avait ano portée de démons.

9. Mot à mot : Réellement — mille (fleurs) rouges et dix miUe violettes.

3. L'auteur semble dire que la terre était couverte, tapissée de fleurs des pranieni, blanches comme le Jade.

lui en fit admirer tous les agréments. Il lui témoigna autant d'amitié et d'estime que s'il eût été déjà le mari de sa fille. Âpres qu'ils eurent causé un instant d'affaires et d'autres, les domestiques leur servirent du vin. Nous les laisserons boire gaiement ensemble à Tombre des fleurs pour revenir à mademoiselle Hongyu. Or, ce jour-là, elle avait appris que son père avait mis Tchang-koueï-jou à l'épreuve sous ses propres yeux. Elle ordonna à une servante qu'elle aimait beaucoup d'aller en secret derrière le salon, et de se mettre furtivement en observation. Cette jeune flUe» nommée Yen-sou, servait mademoiselle Pé depuis son enfance. Elle était douée d'une intelligence et d'une finesse extraordinaires; elte avait alors quinze ans. Dès qu'elle eut reçu les ordres de sa maîtresse, elle se rendit à la bâte derrière le salon et épia attentivement Tchang-koueï-jou. Elleatlendit que Tchang-koueï-jou, après avoir fini ses vers, se fût rendu dans le jardin avec Pé-kong pour boire du vin. Elle prit les vers et s'en revint, t Mademoiselle, dit-elle, cet homme est commun et fort laid; comment pourrait-il aller de pair avec vous ? Prenez garde de manquer votre but.

— Mon père lui a-t-il fait composer des vers? demanda Hong-yu.

— Il les a achevés tout d'un trait, dit Yen-sou et je vous les apporte. De suite, elle les tira de sa manche et les remit à sa maîtresse. Celle-ci les prit, et les ayant lus avec attention : t Ces vers, dit-elle, sont aussi remarquables par Iq style que par les idées; si ce n'était pas

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un homme d'un talent merveilleux ^^ il lai aurait été impossible de les composer. D'après ce que ta dis, comment se fait-il qae Tair et la tournure de cet homme ne répondent point à son talent ?

— Suivant mon opinion, dit Yen-sou, je crains bien qu'il n'y ait encore là dedans quelque plagiat.

— Comme il a composé ces vers sous les yeux de mon père, dit Hong-ya , et que c'est le même homme qu'hier 2, comment aurait-il pu faire un plagiat?

— Il n'est 'pas possible, dit Yen-sou, de découvrir avec certitude ce qu'une autre personne a au fond de l'âme ^ ; seulement, il a une de ces figures qu'op ne saurait changer ^. S'il était question d'un pareil homme de talent, non-seulement mademoiselle, mais Yen-sou elle-même ne voudrait pas l'épouser quand on l'en prierait.

— As-tu entendu ce qu'a dit mon père après avoir vu ses vers? demanda Hong-yu.

— Mademoiselle, répondit Yen-sou, comme monsieur votre père avait vu les vers sans avoir vu l'homme, à peine les eut-il lus qu'il en fit le plus grand éloge.

1. En chinois : Fong-ya-wenrjin^ expression qui demande une longue explication. Elle signifie littéralement : Un lettré versé dans les poésies du Chi-king, appelées Koue-fong (mœurs des royaumes), et Ta-ya (ce qui est excellent en premier ordre), Siao-ya (ce qui est excellent en second ordre).

2. Littéralement : Le son de sa voix est le même que celui d*hier.

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