Littéralement : Dans la peau du ventre
A. CommeHsi elle disait : H peut bien avoir changé ses mauvais vers en prenant ceux d'un autre, mais il ne peut changer sa figure et se donner un air spirituel et distingué.
Ce mariage est une grande affaire qui intéresse voire vie entière, et il faut que vous décidiez vous-même de votre choix. »
Mademoiselle Pé, ayant remarqué que son écriture était mauvaise et vulgaire, éprouvait déjà un certain déplaisir. Mais lorsque Yen-sou lui eut encore défilé tous ces propos, qui étaient bien propres à la glacer, elle poussa soudain un long soupir : c Ma destinée est bien malheureuse, dit-elle à Yen-sou. Depuis mon enfance, mon père me cherche un époux, mais jusqu'ici il n'a pas trouvé un seul homme de talent qui fût à son gré. Hier, après avoir vu ces vers, il était au comble de ses vœux; qui aurait pensé que ce n'était pas un gendre distingué?
— Mademoiselle, reprit Yen-sou en riant, à quoi bon vous affliger? Les anciens disaient : t Une fille f qui -se marie tard est heureuse jusqu'à la fin de sa € vie. » Puisque le ciel vous a douée de tant de talent et de beauté, naturellement il fera paraître un homme qui puisse aller de pair avec vous pour le talent et la figure. Croyez-vous, comme cela, que c'est une affaire finie ? De plus, mademoiselle, vous n'êtes pas vieille. Pourquoi vous presser de la sorte? »
Elle avait à peine fini de parler, que Pé-kong, qui venait de reconduire Tchang-koueï-jou, arriva à la hâte pour coosulter avec sa fille. Celle-ci l'ayant aperçu, accourut précipitamment pour aller le recevoir, t Je» pense, dit-il, que tu as vu les vers que vient de composer M. Tchang.
-*• Je les ai vus, répoûdit-elle.
— Hier, dit Pé-kong, je soupçonnais encore qu'il avait fait quelque plagiat, mais aujourd'hui je Tai mis à répreuve devant moi, et, sans réfléchir un instant, il a achevé ces vers tout d'un trait; c'est vraiment un homme de talent.
— Si Ton considère le talent de cet homme, naturellement il n'y a rien à en dire ; seulement je ne sais si sa personne répond ou non à son talent.
— C'est vraiment surprenant, dit Pé-kong; le fait est que sa personne ne vaut pas son talent. >
A ces mots, Hong-yu baissa la tête sans dire un mot.
Pé-kong voyant son silence : t Ma fille, dit-il, s'il n'est pas de ton goût, je ne te contraindrai pas ; mais si nous manquons un homme d'un tel talent, je crains que nous ne puissions en trouver un autre. »
Comme Hong-yu continuait à garder le silence, • Ma fille, dit Pé-kong, après un moment de réflexion, puisque tu persistes dans tes doutes, je viens d'imaginer un projet. Ce qu'il y a de mieux, c'est de l'appeler pour en faire momentanément un précepteur particulier*. Je lui dirai seulement que je désire le charger de l'éducation de Ing-lang. Je le sonderai tout doucement et nous saurons tout de suite ce qu'il en est.
— Ce plan est excellent, lui dit Hong-yu. »
Pé-kong, voyant la colère de sa fille se changer en
1. Mot à mot : Un hôte occidental, un hôte logé dans la partie occidentale de la maison. Ce sens, qui a échappé au premier traducteur, se trouvait, dans le Dictionnaire de Basile, n» lO,/ï68.
ET RECONiNAIT L'ÉTOFFE. 279
joie, fit venir Tong-yong et lui donna ses instructions, c Demain, dit-il^ tu prieras mon secrétaire d'écrire un conlrat d'engagements et après avoir préparé des présents de cérémonie, tu iras inviter ce M. Tchang que tu as vu tout à l'heure ici. Tu lui diras seulement que je veux le prier de venir donner des leçons à mon fils. »
Nous laisserons maintenant Tong-yong^ qui, docile aux ordres de son maître, sort pour apprêter le contrat d'engagement et les présents de cérémonie.
Or, Tchang- koueï-jou, voyant que Pé-kong l'avait retenu à dîner, et lui avait montré les plus grands égards, se sentit transporté de joie. Quand il rentra chez lui, on était déjà sur la brune. Il trouva Souyeou-pé et Wang-wen-khing, qui étaient encore dans le pavillon, et causaient d'affaires et d'autres, en attendant des nouvelles. Il entra d'un air triomphant, et les ayant salués des deux mains : c Messieurs, dit-il, je vous ai quittés^ aujourd'hui ; je suis bien coupable.
— C'était bien juste, répondirent ensemble Souyeou-pé et Wang-wen-khing. » Puis, lui adressant la parole : « Monsieur, lui dirent-ils, comme Pé-thaïhiouen vous a envoyé chercher aujourd'hui, il est sans doute convenu avec vous de votre mariage ? »
Tchang-koueï-jou, d'un air joyeux et le sourire sur
1. En chinois : Kouan-chou (11,727— 4)010), Proposais to engage a teacher or secretary (WeUs Williai&s).