Eq chinois: Est assuré de douze dixièmes
2. Littéralement : J*ai failli être décousu^ c'est-à-dire ôtre découvert. Comme s'il disait: J'ai failli montrer le bout de Toreille, le défaut de la cuirasse.
voalu le mettre à Tépreave sous ses yeux^ et avec quel bonheur sa mémoire Tarait servi. »
a Monsieur, lui dit Wang-wen-kbing en le saluant^ vous êtes vraiment un beureux homme. En vovant votre bonne fortune, on peut dire que ce mariage était dans votre destinée ; voilà pourquoi vous avez si bien réussi. J'avais bien fait de réserver pour moi une pièce devers*.
— Aujourd'hui, reprit Tchang-koueï-jou, on peut dire que j'ai eu un bonheur grand comme le ciel. Mais une chose me chagrine; je crains que ce vieux barbon n'ait pas renoncé à ses idées et qu'il ne veuille encore me mettre à l'épreuve ; ce serait ma mort.
~ Puisqu'il vous a examiné aujourd'hui sous ses yeux, dit Wang-wen-khing, vous aurez désormais une excellente raison pour vous excuser.
— J'ai bieapu m'excuser une fois, repartit Tchangkoueï-jou, mais avec quoi pourrais-je encore répondte à ses demandes^. •
— Ce n'est pas difficile, répondit Wang-wen-khing. Vous n'avez qu'à montrer quelque amitié au petit Souyeou-pé et le retenir chez vous. Si, par hasard, il se rencontre un sujet douteux ou difficile, vous le prierez alors de le traiter à votre place; n'est-ce pas là un merveilleux expédient? »
1. C'est-à-dire : Une des deax pièces do vers composées par Sou-, yeou-pé. (Voyez ch. vii, p. 241, ligne 12.)
2. C'est-à-dire : Je n'ai plus dans ma mémoire d'autres pièces de poésie qui puissent répondre à ses demandes.
t$% UNE SERVANTE OBSERVE UN PRÉTENDANT,
A ces mots, Tchang-koueï-jou se sentit transporté de joie. < Monsieur, lui dit-il, ce plan est parfaitement combiné. Dès demain, j'irai le prendre pour qu'il vienne s'établir dans mon jardin. >
Le lendemain, il se leva de bonne beure, de peur que Sou-yeou-pé, voyant son mariage manqué, ne partit sans rien dire. Il fit à la hâte sa toilette, et se rendit lui-même au couvent pour Tinviter. Dans ce moment, Sou-yeou-pé n^avaitpas encore quitté le lit. Quand il vit arriver Tchang-koueï-jou, il se leva sur son séant, c Monsieur Tchang, lui dit-il, comment êtes- vous si matinal ?
~ Hier, dit-il, je suis revenu chez moi. Comme j'avais bu quelques tasses de vin, me sentant un peu fatigué, je ne vous ai pas retenu à dîner. Je vous ai grandement manqué d'égards. J'ai craint, monsieur, que vous ne fussiez fâché et que vous ne disiez que, pour avoir réussi dans mes projets de mariage, j'ai oublié mes camarades et mes amis; aussi suis-je venu exprès pour vous présenter mes excuses.
— Monsieur, dit Sou-yeou-pé, ayant eu par hasard Thonneur de faire votre connaissance, j'ai reçu devons de grandes marques d'amitié, et j'en conserverai une reconnaissance infinie. Comment pouvez-vous me croire fâché ?
— Eh bien I dit Tchang-koueï-jou, si vous n'êtes pas fâché contre moi, et que v(Jus puissiez vous transporter dans mon jardin et y passer encore quelques jours, vous ne regretterez pas d'être venu demeurer chez un ami,
et VOUS m'aurez donné une grande marque d'affection. >
Sou-yeou-pé, trouvanl cette affaire un peu louche et ne pouvant se l'expliquer clairement, ne se souciait pas de partir tout de suite. Quand il eut entendu Tchangkoueï-jou parler ainsi, il employa ruse contre ruse, t Monsieur, dit-il, les bontés dont vous m'avez comblé sont plus douces à mon cœur que si j'avais bu un vin généreux, de sorte qu'il m'en coûterait de vous quitter brusquement. Mais je craindrais de vous importuner en restant dans voire jardin; cela ne §erait pas convenable.
— Puisque vous vous souvenez de ces faibles marques d'amitié, dit Tchang-koueï-jou, vous ne devez pas prononcer ces aigres paroles. » Sur-le-champ, il appela Siao-hi : « Mon petit ami, dit-il, va bien vite préparer les bagages et pars devant.
— Étant venu ici par hasard, dit Sou-yeou-pé, je n'ai qu'un cheval qui est derrière la maison ; je n'ai pas apporté de bagages.
— En ce cas, dit Tchang-koueï-jou, c'est encore plus commode. » Il attendit debout que Sou-yeou-pé eût achevé sa toilette pour partir avec lui. Sou-yeou-pé prit congé de Tsing-sin et lui fit ses remercîments. Puis, ayant ordonné h Siao-hi d'amener son cheval, il se rendit avec lui dans le jardin de Tchang-koueï-jou et s'y établit. Tchang-koueï-jou lui offrit du thé et du riz, et lui montra encore plus d'attentions et d'égards qu'auparavant.
On peut dire à ce sujet :
Un homme qui a ses vues en rencontre un autre qui a aussi les siennes.
C'est en vain que l'un et l'autre laissent voir sur toute leur figure l'influence du printemps *.
Qui pourrait prévoir que tout occupés qu'ils sont d'idées de volupté.
Chacun d'eux dépensera, en pure perte, la vigueur de son esprit?
Comme ils causaient tous trois d'affaires indifférentes, tout à coup un domestique leur annonça que le vieux concierge du seigneur Pé , qu'on avait vu la veille, venait encore d'arriver. A cette nouvelle, Tchang-koueï-jou se sentit transporté de joie et sortit seul du pavillon pour aller à sa rencontre. Le vieux Tong-yong entra, et après avoir salué Tchang-koueïjou: € Mon maître, dit-il, vous présente ses respects; hier, il vous a gravement manqué d'égards.
— Hier, repartit Tchang-koueï-jou, j'ai reçu de lui l'accueil le plus affectueux, et aujourd'hui je voulais justement aller lui rendre mes devoirs et le remercier. J'ignore, mon vieil ami, cequime procure encore l'avantage de votre visite.
— Mon maître, répondit Tong-yong, a chez lui un jeune garçon d'une noble famille, qui est maintenant âgé de quinze ans. Comme il professe une haute estime pour votre talent distingué et votre profonde instruc-
1. Ici Fauteur rattache Tidée de Tamour à celle du printemps, dont la douce influence est censée Tinspirer. (Voyez p. 167, note i.)
tioD, il désire que vous daigniez lui donner des leçons pendant un an. J'ai apporte le contrat qu'il a fait pour vous engager et les présents qull vous offre à celte occasion. Je vous prie, en grâce, de ne point refuser. »
Quand Tchang-koueï-jou eut reçu cette invitation, comme il n'en comprenait pas le motif, il voyait autant d'inconvénient à refuser qu'à consentir. Il prit le contrat d'engagement et les présents, et rentra dans TinLérieur pour consulter avec Wang-wen-khing et
Sou-yeou-pé. « D'où a pu lui venir cette idée? leur dit-il.
— Voici l'explication, dit Sou-yeou-pé : c'est simplement, qu'épris de votre talent supérieur, le seigneur Pé a le désir de se rapprocher de vous.
— Un précepteur particulier et un gendre ne se ressemblent guère, dit Tchang-koueï-jou. Peut- être que ce bonhomme a une vieille dame qui l'aura fait changer d'idée*.
€ Monsieur, dit Wang-wen-khing en riant, votre esprit va trop loin. Cela vient Ae ce qu'aimant tendrement sa fille, et craignant de ne pouvoir faire tout de suite un bon choix, il veut encore observer les gens avec la plus grande attention. Voilà pourquoi il vous a
1. Littéralement : Ne serait-ce point que ce vieillard a une vieille dame qui aura changé le sens des koua (figures symboliques dont on se sert pour tirei' les sorts) ? — Gomme s'il disait : «Une vieille dame qui, par ses conseils, aura exercé assez d'influence sur son esprit pour qu'il ait renoncé à me prendre pour gendre* »
prié de venir à litre de précepteur particulier*. Il veut voir si vous avez ou non un esprit rassis, et si vous êtes ou non passionné pour Tétude. Voilà une admirable occasion pour arriver peu à peu au bonheur. Pourquoi, monsieur, hésitez-vous encore?
Tchang-koueï-jou fut ravi de ce qu'il venait d'entendre. En conséquence, il sortit dehors pour parler à Tong-yong. « Jusqu'ici, lui dit-il.« je ne me souciais pas d'entrer chez les autres en qualité de précepteur ; mais comme monsieur votre maître me donne une si grande marque d'amitié, il m'est impossible de refuser. Il y a •seulement une chose que je vous prie, monsieur Siao-thsiouen \ de dire à votre maître. Je tiens à avoir un "cabinet d'étude tranquille ei retiré. Je ne veux pas que les gens oisifs viennent m'importuner. C'est alors que je pourrai véritablement étudier ; ce sera charmant.
— Rien déplus facile, repartit Tong-yong. »
Tong-yongse leva aussitôt, et, après avoir pris congé de lui, il alla rendre compte à Pô-kong de sa commission. Pé-kong fut charmé d'apprendre le consentement de Tchang-koueï-jou. Quand il sut qu'il demandait un cabinet tranquille et retiré pour se livrer à l'étude, il sentit redoubler sa joie. Il ordonna aussitôt à un domestique d'arranger proprement la bibliothèque du jardin de derrière. Puis, après avoir choisi un jour
1. En chinois : Si-p'in, Mot à root : A titre d'hôte occidental, c'està-dire qui habite la partie occidentale de la maison.