‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 132 sur 148 · FINALS · texte numérisé non relu

FINALS

Ea appuyant ma coupe sur mes lèvres, j'ai examiné avec soin les branches fleuries.

Puis, en qualité de poète J*ai composé une pièce de huit couplets.

En vérité, je suis un ami du poirier à fleurs ronges, et je ne me suis pas montré ingrat envers lui.

Dès que Tchang-koueï-jou eut fini de lire ces vers, il fut ravi jusqu'au fond du cœur et ne put se lasser d'en faire l'éloge, t Monsieur, dit-il, vous avez vraiment un talent divin; je reconnais avec respect votre supériorité.

— Monsieur, dit Sou-yeou-pé, une chanson, composée subitement dans un moment de verve, ne mérite pas tant de louanges ^ »

Tchang-koueï-jou, tenant en main la pièce de vers, ne cessait de la regarder et de la lire.

Sou-yeou-pé pensa en lui-môme qu'il l'examinait avec altention pour en goûter la beauté ; il ne savait pas qu'il la lisait pour l'apprendre par cœur. « Cette pièce, dit-il, a été composée en jouant ; pourquoi la regardez-vous avec tant d'attention? Vous m'aviez promis, monsieur, de composer des vers sur mes rimes; pourquoi ne pas me donner des leçons?

— Toutes les fois que je compose envers ouenprose élégante, dit Tchang-koueï-jou, je n'y puis réussir

1. Littéralemeot : En quoi mérite-t^Ue d*être suspendue aux dents

sot DANS LE PAVILLON DES FLEURS

qu'à force de travail et de réflexion. Je n'ai pas votre rare facilité. Si vous me le permettez, cette nuit^ quand je ne dormirai pas, je composerai une pièce sur vos rimes et je viendrai la soumettre à votre jugement*. » A ces mots, il lut encore une fois la chanson, plia la feuille en deux et la serra dans la manche; puis il se mit à causer d'affaires et d'autres avec Sou-yeou-pé. Peu de temps après, arriva un domestique de*Pé-kong. c Messieurs^ dit-il, mon maître prie M. Tchang de venir causer avec lui dans son cabinet d'étude appelé Mongthsao-hien.

— J'ai dans ce moment une visite, répondit Tchangkoueï-jou; comment pourrai-je y aller?

— Comme c'est le seigneur Pé* qui vous invite, dit Sou-yeou-pé, je vais me retirer. » A ces mots, il voulut prendre congé et sortir. Tchang- koueï-jou aurait voulu laisser aller Sou-yeou-pé; mais ii craignait de se voir proposer, au premier instant, un sujet difïïcile et de ne pas avoir de troupes auxiliaires ^ Il se vit donc obligé de le retenir, c Monsieur, lui dil-il, quand vous partiriez, cela ne servirait de rien. Pourquoi ne pas rester ici tout à votre aise? Je vais voir un moment mon hôte ; je viendrai tout de suite vous tenir compagnie. D'ail-

1. Littéralement: Après l'avoir fait accorder, je vous prierai d« mMnstruire, c'est-à-dire de m'en dire votre avis, qui me servira de leçon. •

2. En chinois : tong-ong^ le vieillard de l'orient, c'est-à-dire le maître de la maison.

3. C'f st-à-dire : Et de ne pas avoir sous la main Sou-yeou-pé dont le talent pourrait le tirer d'embarras.

leurs, ce Heu est fort tranquille, et aucun étranger n'y met les pieds. Vous pouvez, monsieur, vous y promener et l'examiner à loisir. »

Au fond, Sou-yeou-pé voulait aller demander des nouvelles (de ses versj, mais , se voyant retenu par Tchangkoueï-jou, il prit le parti de rester: a D'après ce que vous venez de dire, reprit Sou-yeou-pé, je vous prie, monsieur, de faire comme bon vous semble ; pour moi, je m'amuserai ici en vous attendant. »

Tchang-koueï-jou lui dit quelques mots d'excuse, puis il se rendit avec le doipestique dans le cabinet d'étude appelé Mong-thsao-hien. Quand il y fut arrivé, Pë-kong alla le recevoir : < Savant maître, lui dit-il, il y a déjà quelques jours que je ne vous ai vu ; j'ai senti tout à coup renaître mes défauts*. Ayant vu aujourd'hui que le poirier à fleurs rouges était épanoui dans toute sa beauté, j'ai osé vous prier de venir Tadmirer un moment.

1. Gomme 8*il disait : Je regrette d'avoir été longtemps privé de vos conseils; mes défauts (littéralement: ma basse avarice, fousi' khôn khatchouka, suivant le dictionn. Thsing'han-^ven'hat^ que vous auriez corrigée) on t tout à coup reparu.

Les quatre mots : Pi-lin-feou-seng se disent par excès de cour^ toisie et d'humilité, à un homme dont on a été longtemps éloigné, et que l'on considère comme un maître qui, s*il eût été près de nous^ aurait pu nous donner des leçons de morale.

Il y a ici une allusion historique à Tch'in-fou et à Tcheou-kin parlant de Hoang-cho-ton dont ils admiraient la vertu et le noble caractère. Ce dernier vivait sous le règne de l'empereur Tchang-ti, de la dynastie des Han orientaux, entre les années 73 et 83 de notre ère.

|\émusat traduit : Je suis charmé de me trouver avec vous.

— Chaque jour, dit Tchang-koueï-jou, je suis occupé à lire avec votre noble fils ; j'ignorais que les beautés du printemps fussent si éclatantes. Grâce à Tamitié que daigne me montrer Votre Seigneurie, j'ai obtenu l'avantage de contempler ce charmant spectacle ; c'est pour moi un bonheur infini.

— Les hommes d'étude, dit Tchang-kouéï-jou, ne doivent pas s'appliquer avec trop d'ardeur de peur d'user leurs esprits. Lorsque le matin on rencontre des fleurs, ou le soir une belle lune, c'est une chose délicieuse que de se promener tranquillement. » Sur-lechamp, il ordonna aux domestiques de placer et d'ouvrir, au-dessous da poirier à fleurs rouges, une boîte à compartiments* pour boire avec Tchang-koueï-jou en regardant les fleurs.

Après qu'ils eurent bu quelques lasses de vin : t Savant maître, dit Pé-kong, dans la classe, lorsque l'étude vous laissait du loisir, vous devez avoir fait beaucoup de pièces élégantes. Je serais heureux d'en obtenir une ou deux pour mon instruction.

— Depuis que je suis arrivé dans votre hôtel, lui dit Tchang-koueï-jou, comme j'étais charmé de la fraîcheur et du calme de votre jardin fleuriste, j'aimais à lire quelques morceaux des écrivains des siècles passés*; mais, en général je n'ai composé, jusqu'à présent ni vers ni chansons.

1. Boite renfermant, dans des casses distinctes, tous les objets nécessaires pour faire une collation.

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