‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 138 sur 148 · Littéralement : Depuis que vous m'avez aimé par erreur · texte numérisé non relu

Littéralement : Depuis que vous m'avez aimé par erreur

tout seul. Je tous remercie, mademoiselle, de l'inlérët que vous me montrez. Vous êtes Tenue ici comme si TOUsaTiez un rendez-Tous. C'est pour moi un immense bonheur; seulement J'ignore si mademoiselle Pë a bien Toulu jeter encore un coup d'œil sur mes mau vais Ters d'aTant-hier.

— Elle a bien tu tos Ters, répondit Yen-sou ; mais comme vos deux pièces ne diffèrent pas d'un seul mot de celles de M. Tchang, il est impossible qu'il n'y ait pas là un plagiat. Âpr^s aToir fait cette observation, ma maîtresse a été on ne peut plus étonnée, et elle toulait justement tous demander une explication. »

Sou-yeou-pé resta confondu, t C'est bien cela, s'écria-t-il. En effet, me ^isais-je, comment les Ters de Tchang-koueï-jou ont-ils pu plaire à mademoiselle Pé? Ayez la bonté de lui faire savoir que ces deux pièces sont vraiment de moi, et que Tchang-koueï-jou me les a dérobées à mon insu. Ce n'est pas moi qui aurais commis une telle bassesse.

— Quelles sont les Traies pièces et quelles sont les fausses*? demanda Yen-sou. Comment faire celle distinction ?

— C'est extrêmement facile, répondit Sou-yeou-pé. Si ces deux pièces aTaient été réellement composées par Tchang-koueï-jou, et si, après qu'elles ont reçu les éloges du seigneur Pé et de sa fille, je les aTais dérobées pour les leur offrir, qui pourrais-je tromper?

1. C'est-à-dire : Quelles sont les pièces originales et celles qai n'en sont que la copie frauduleuse?

— Avant-hier, repartit Yen-sou > ma maltresse av^it en aussi cette idée; mais, d un autre côté, comme le seigneur Pé, pour éprouver Tcliang sous ses yeux, lui a demandé une chanson sur un poirier à fleurs rouges, et qu'il a traité sur-le-champ ce nouveau sujet d'une manière tout à fait neuve, de sorte que celte pièce semble provenir du même auteur que les deux précédentes, direz-vous que c'est encore une composition de vous qu'il a dérobée ?

— Pour la chanson sur le poirier à fleurs rouges, dit Sou-yeou-pé en riant, je puis aflarmer avec plus de force encore que c'est aussi une pièce de moi qu*il a volée.

— Comment est-ce possible? dit Yen-sou remplie d'étonnement. Cette chanson sur le poirier à fleurs rouges, ce fut le seigneur Pé qui en fournit le sujet. Ayant vu, dans le pavillon Mong-thsao-hien, un poirier tout couvert de fleurs rouges, il éprouva soudain une sorte »d'inspira lion, et voulut que M. Tchangla composât devant lui. Cette espèce de poirier à fleurs rouges est extrêmement rare ailleurs. Comment auriez* vous pu le savoir, et composer d'avance cette chanson pour que M. Tehang vous la dérobât?

— Cette chanson, repartit Sou-yeou-pé, je ne Tai point composée d'avance. Le jour où je vous ai rencontrée, Tchang-koueï-jou m'envoya chercher de grand malin. Il me conduisit au haut de ce pavillon, et, ayant vu dans l'intérieur un poirier à fleurs rouges^ il me força par ses instances de la composer. Comme j'étais

éfris de votre maîtresse, je me sentis inspiré par ce sujet, et j'achevai cette pièce tout d'un trait. Qui aurait pensé que je préparais l'habit de noces de M. Tchang? Sa conduite est ce qu'il y a de plus ridicule et de plus odieux. Si vous ne me croyez pas, mademoiselle, comme Tchang-kouel-jou n'est pas mort et que je suis encore du monde, je veux demain être confronté avec lui en votre présence ; alors le vrai et le faux paraîtront au grand jour.

— Je vois, dit Yen-sou en riant, que cette affaire était fort compliquée; comment le seigneur Pé et sa fille auraient-ils pu connaître la vérité? Sans l'explication que vous venez de me donner, ils couraient risque de tomber dans le piège d^un. fripon. Je vous prie, monsieur,' de ne point vous tourmenter; attendez que j'aille instruire ma maltresse de tout ceci. Soyez sûr qu'elle n'abandonnera pas un homme véritablement doué comme vous de talent et de beauté, i

Sou-yeou-pé lui fit encore un profond salut, c Mademoiselle, dit-il, je compte absolument sur votre appui; je ne manquerai point de vous montrer ma reconnaissance. >

Quelques instants après avoir quitté Sou-yeou-pé, Yen-sou revint en toute hâte, c Mademoiselle, dit-elle, trouve que la conduite de M. Tchang est bien propre à inspirer des soupçons; d'un autre côté, elle ne peut entièrement ajouter foi à vos paroles ; mais laissons cela. Puisque vous possédez un véritable talent^ je vous apporte un sujet; je voudrais vous prier de faire là-dessus

une composition élégante. J'ignore, monsieur^ si vous aurez le courage de subir cette épreuve devant moi. »

En entendant ces paroles, il prit un visage riant et s'abandonna à une joie extraordinaire, c Moi, Souyeou-pé, dit-il , si votre maltresse daigne me montrer de l'intérêt au point de me mettre à l'épreuve sous vos yeux, j'aurai là du bonheur pour trois existences *. Je vous en prie, mademoiselle, tenez votre parole; donnez-moi tout de suite le sujet.

— Ne vous réjouissez pas tant , dit Yen-sou en riant ; le sujet de ma maîtresse n'est pas facile. > En disant ces mots, elle tira d'abord de sa manche une feuille de papier à fleurs, et un pinceau à hampe mouchetée, et les remit à Sou-yeou-pé. Ensuite, elle tira encore un encrier antique, un petit vase rempli d'eau et un bâton d'encre, et les posa sur un bloc de pierre. « Mademoiselle dit, ajouta-t-elle, que jadis un homme de talent improvisa des vers après avoir fait sept pas *. Puisque vous vous flattez d'avoir du talent , ne soyez pas avare de vos vers. »

Sou-yeou-pé prit la feuille de papier à fleurs, la déploya, et après y avoir jeté les yeux, sans se troubler ni se presser, il se* disposa à écrire.

1. Allasion aux existences successives qu'admettentles bouddhistes.

2. Allusion à Tseu-kien ou Tsao-tseu-kien, qui vivait sous le règne de Wen-ti, de la dynastie des Wei, entre les années 220-227 de Jésus-Christ. Un jour Tempereur, qui était Jaloux de son talent et voulait le faire périr, lui ordonna de composer une pièce de vers après avoir fait sept pas. Tseu-kien obéit, et improvisa aussitôt un poème sur la conquête du royaume de Cbo.

Celte pièce de vers nous fournira de longs délails. Une belle personne se rend à révidence^ et un bomme de talent reprend courage '.

On peut dire à sujet :

L'homme rusé triomphe de l'homme simple^

Mais sa victoire ne dure qu'un temps.

A la fin, l'homme rusé est vaincu,

Et devient pour l'homme simple un objet de risée.

Le lecteur ignore si Sou-yeou-pë a pu composer ou non les vers demandés; s'il veut bien m'écouter un ins* tantj il rapprendra en détail dans le chapitre suivant.

1. Mot à mot : Le cœur d'âne beHe personne 8*oavre, les soorcUs d'un homme de talent se haussent.

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