G'esi-à-dire : Ne mérite pas le nom d^homme
3. Littéralement : Que \q perche avec eUe, c'estrà-dire que Je partage son lit.
ET VA AU DEVANT DE l/HIRONDBLLE. Slt
ment aurait-elle pu faire cette distinction? Pour moi, sans craindre de paraître téméraire, je veux approcher de votre jeune maîtresse. D'après les sujets que j'ai obtenus d^elle aujourd'hui, je vois luire un bonheur immense. Moi, Sou-yeou-pé, je ne mènerai plus une vie inutile. »
Soudain, il broya de l'encre, en imbiba son pinceau, et, après avoir posé obliquement la feuille de papier à fleurs sur un bloc de pierre jaspée S il se disposa à écrire.
c Doucement, monsieur, lui dit Yen-sou, ne vous réjouissez pas si tôt. Il y a encore par-dessous quelque chose de difficile.
— Que voulez-vous dire? demanda Sou-yeou-pé.
— 11 faut encore, répondit-elle, placer en tète de chaque vers un de ces huit mots : métal ^ pierre^ soie^ bambou^ courge, terre, cuir, bois' Suivant mademoiselle , dans la grande affaire du mariage, tous les actes doivent être d'accord avec les rites et la musique 2* Aujourd'hui, quoiqu'elle agisse à la hâte et qu'elle ne puisse faire tous les préparatifs nécessaires, elle compte que ceci en tiendra lieu.
— C'est juste, c'est juste, dit Sou-yeou-pé en faisant
1. n y a en chinoia: 'O-yun-chi^ une pierre sur laquelle dorment les nuages. D*après un passage de l'encyclopédie Thsien^khio-louîcAou, liv. xivii, fol. 36, je crois que c'était une pierre de différentes nuances» une sorte de marbre jaspé.
2. Il faut remarquer que les huit objets ci-dessus, servent à fabriquer huit sortes d'instruments de musique. .
des signes de tète; une conduite aussi droite et aussi vertueuse ne peut qu'inspirer pour elle une admiration sans bornes, i
Quand sa bouche eut prononcé ces mots^ sa verve s'enflamma subitement, et ses pensées poétiques jaillirent comme une source. Dans le désir d'étaler son talent et son instruction, il saisit son pinceau; on eût dit le dragon qui vole, le serpent qui s'élance S le vent et la pluie qui arrivent avec impétuosité. En un moment, une foule de perles tombèrent péle-méle sur toute la surface du papier.
A force de lire, il a usé dix mille volumes; Quand il écrit, son style a quelque chose de divin. Ne dites pas que rhumilité est une vertu ; L'homme d'un grand talent ne cède le pas à personne.
En un moment, Sou-yeou-pé traita les deux sujets de poésie, et couvrit toute la feuille de papier d'écriture, moitié cursive, moitié régulière; puis, il la prit à deux mains et la remit à Yen-sou. « Ayez la bonté, lui dit-il, de porter ceci à votre maîtresse. Je m'estimerais heureux de n'avoir point manqué * à ses ordres. #
Yen-sou , qui avait vu Sou-yeou-pé écrire sans s'arrêter un instant, et achever ces deux pièces en un clin d'œil, éprouva au fond du cœur un sentiment de sur-
1. Littéralement : Le serpent qui danse. Les Chinois emploient toujours ces deux comparaisons pour exprimer les mouvements rapides du pinceau. Le mot perles se dit ici des vers élégants.
2. Littéralement : De ne pas avoir déshonoré ses ordres^ fait déshonneur à ses ordres.
prise et d'affection. « Votre servante, dit-elle, ne peut comprendre les idées profondes de ces vers; mais, en composant avec une telle facilité, vous êtes capable de faire baisser la valeur de Li-thaï-pé *. Vous êtes vraiment digne de respect. Depuis quelques années, ma jeune maîtresse voulait choisir un homme de talent; aujourd'hui, on peut dire qu'elle l'a trouvé.
— Avec un style commun et négligé , dit Sou-ycoupë, j'ai rempli ma tâche en un moment, et je crains que ces vers ne soient pas dignes de plaire au goût épuré de votre jeune maîtresse. J'espère, mademoiselle, que vous voudrez bien prendre un peu mes intérêts; c'est un service que je n'oublierai de ma vie.
— Je vais emporter votre élégante composition , dit Yen-sou; mais, dans ce moment, le soleil est près du couchant, et je crains de n'avoir pas le temps de venir vous rendre compte de ma commission. Pour le moment /monsieur, veuillez vous en retourner. Demain matin , si les hôtes qui sont dans le salon de devant ne sont pas encore partis, naturellement M. Tchang ne sera pas libre. Je désire vous revoir encore ici ; je suis sûre de vous apporter de bonnes nouvelles.
— Comme le jour baisse, reprit Sou-yeou-pé, il est convenable que je prenne congé de vous; seulement, je ne sais si, à la faveur de cotte nuit solitaire , je pourrais apercevoir au moins le profil de mademoiselle Pé. '
1. Littéralement : La valeur du nénuphar bleu (surnom du poëte Li-thai-pé).
—Monsieur, dit Yen-sou, vous vous trompez en parlant ainsi. Ma jeune maîtresse appartient à une noble famille» et c'est d'après les rites qu'elle règle sa conduite. Sa démarche d'aujourd'hui tendait à choisirun homme de talent pour le bonheur de sa vie entière. On ne saurait la comparer à ces femmes irritées (de leur solitude), qui soupirent après un mari. En laissant échapper xes paroles, vous montrez que si vous avez du talent, vous manquez de vertu. Vous vous feriez mépriser de mademoiselle Pé , et votre succès n'aurait rien d'assuré. >
Sou-yeou-pé éprouva une vive émotion et s'excusa à plusieurs reprises, c Votre serviteur, dit-il, a eu la langue trop légère. .Vos sages observations sont aussi précieuses que l'or et le jade; comment oserais-je ne pas m'y conformer avec respect? Pour le moment, je me retire; mais je vous supplie de ne pas manquer Iq rendez-vous de demain.
— Je vous jure, dit Yen-sou, que je ne le manquerai pas. >
Sou-yeou-pé fit encore un profond salut h Yen-sou, et après avoir pris congé d'elle, il s'esquiva par le jardin de derrière et s^éloigna sans bruiU
Or, Yen-sou, ayant serré les vers dans sa manche, ramassa le pinceau et l'encrier, puis, d'un air riant et joyeux, elle vint trouver sa maîtresse, t Ce M. Sou^ dit-elle, a vraiment une rare sagacité.
— Où as-tu vu cela? demanda Hong-yu.
— Dès que je lui eus dit le sujet, répondit-elle, au
premier coup d'œil, il a saisi votre idée secrète et Ta expliquée de point en point. Il ne pouvait se lasser de louer votre pénétration. S'il n'avait pas une sagacité extraordinaire, comment aurait41 pu comprendre cela?
— On voit quelquefois, dit Hong-yu, des personnes qui ont une certaine dose de sagacité, mais j'ignore en quoi consiste son vrai talent. Comme, pour ces deux pièces, les initiales et les finales étaient déterminées, je crains bien qu'il n'ait pu en venir à bout tout de suite. Pourquoi es-tu revenue si tôt? Vu l'approche de la nuit, peut-être qu'il n'a pu achever sa composition, et l'a emportée pour la faire chez lui.
— S'il n'avait pu l'achever, dit Yen-sou, et qu'il Teût emportée chez lui, non-seulement vous, mademoiselle, mais Yen-sou elle-même lui retirerait son estime.
— S'il ne l'a pas emportée, demanda Hong-yu, comment ne l'a-t-il pas faite?
— Comment peut-on dire qu'il ne Ta pas faite? repartit Yen-sou. Il déploya la feuille de papier à fleurs, leva son pinceau, et, sans réfléchir un instant, il se mit à écrire devant moi^ en laissant courir sa main. Moi , Yen-sou, debout à ses côtés, je l'ai vu faire, et, avant que j'eusse le temps de tourner les yeux , il avait déjà achevé les deux pièces de vers. En vérité, il y a de quoi raffoler de lui. Ce serait certainement un époux charmant et d'un mérile accompli. Je vous en supplie, mademoiselle, n'allez pas le .manquer.
— Eh bien ! dit Hong-yu, où sont donc ses vers? »
Yen-sou tira la feuille de sa manche et la présenta à sa maîtresse, c Les voici ^ dit-elle. Est-<^e que j'oserais me moquer de vous et vous tromper? »
Hong-yu prit la feuille de papier, et, au premier coup d*œiU elle remarqua l'élégance du pinceau et la beauté de l'encre; elle en éprouva d'avance une vive émotion* Elle lut les vers avec la plus grande attention, et vit ce qui suit :
SoNG-YtN (on reconduit l'hirondelle.)
(La finale des vers rime ayec féi, noD.)
 l'époque de l'automne doré^, les plantes de l'an passé ne sont plus {fd.)
Au printemps, la fougère* des rochers et le roseau des sables ne sont pas gras.
Lorsque le saule soyeux ^ grandit peu à peu, tu fais entendre ton cri d'adieu.
Avant que le vent qui. souffle à travers les bambous ^ ne soit devenu tiède , je rêve que tu t'en retournes la première.
Quoique la courge^ ne soit pas encore pendante, tu t'élèves au haut des airs.
Bien qu'il te soit difficile d'oublier les grains que donne la terre ^, tu t'envoles vei's le nord.
1. Le premier mot est A:in^ or. Il s'agit ici do plantes annuelles.
2. Le premier mot est chi (pierre) ; chi-kioue^ la fougère des pierres.
3. Le premier mot est sse^ soie ; sse-iieou^ saule de soie, c'est-àdire aux branches soyeuses.
4. Le premier mot est tchou^ bambou ; tchou-fong^ littéralement : Le veot des bambous.
5. Le premier mot est pao, courge. ' «. Le premier mot est ihouy terre.
Le mongol, au teint basané^, s'exerce encore à te percer de ses flèches.
Défie-toi des pièges des vieux gardiens des arbres moulan \
Ing-yen (on va au-devant de l'hirondelle.)
(La finale des yen rime aTec tsi, percher.)
Au relai de Wen-hing, une couche dorée ^ attend le couple qui doit y reposer.
Le chemin pierreux * est tellement sombre que le guide
s'est égaré.
L'épaisseur de la soie ^ a augmenté peu à peu Tombre des jalousies et des rideaux.
Le vent ^ qui souffle à travers les bambous, a entraîné dans la boue les fleurs qui viennent de tomber.
La courge '^, suspendue en haut, rie calme point les chagrins de Toiseau vêtu de noir (rhirondelle.)
Si tu regrettes les habitudes de ton pays 8, ne verse pas des larmes de sang.
!• Le premier mot est Ae, cuir; ke-mien^ visage couleur de cuir,
visage basané.
2. Le premier est mou (arbre). L'arbre mou-lan est, suivant M. Hoffmann, le Burgeria obovata. Le mot chou (vulgo soldat qui garde la frontière) se trouve aussi précédé d'un nom de fleur. dans le P*eî'Wen'yun-fou,\iy, lxvi, B, fol. 1 : J'aî appris que les gardiens de l'arbre à fleurs jaunes {Hoang-hoa-chou) restent constamment
sous les armes.