‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 142 sur 148 · Mot à mot : Il y u seulement une bonne Toie · texte numérisé non relu

Mot à mot : Il y u seulement une bonne Toie

2. Ûttéralement : D*ezciter les oreilles et les yeux des homiiies.

sûr qu'il vienne du matin au soir. Si, dans l'intervalle» il se présente encore un homme doué d'un rare talent et d'une grande facilité, et qu'il l'obtienne le premier, où voulez-vous que j'aille raconter mes peines?

—Monsieur, répondit Yen-sou, gardez- vous de montrer peu d'estime à ma maîtresse. Mademoiselle a un cœur droit et une volonté ferme ; elle ne le cède pas aux belles femmes *■ de l'antiquité. Maintenant que sa parole est donnée, elle ne changera pas plus que l'or et le jade* Je vous engage, monsieur, à laisser toute inquiétude et à vous mettre en route. Je vous réponds qu'elle gardera pour vous le lit oriental ^, et attendra que vous veniez l'occuper.

1. J*aurais préféré le mot héroïnes du premier traducteur, mais le caractère youen ne signifie que belle femme.

2. Le lit oriental signifie ici le lit nuptial. Mot à mot : Je vous réponds qu'elle gardera ce lit oriental et attendra que le prince (vous) y étale son ventre, c'est-à-dire elle attendra que vous veniez Tépouser.

J'emprunte ce sens au dlctiono. chinois-mandchou Thsing-han^ fre/i-Aat, liv. ix, fol. d. Il y a ici une allusion historique. Kai-kien, qui vivait sous les Tsin, avait chargé un de ses disciples de lui chercher un gendre dans la famille de Wang-tao. Celui-ci l'engagea à aller dans le pavillon oriental et d'examiner tous ses fils l'un après Tautre. Â son retour, il dit : Les fils de Wang sont tous beaux ; mais après avoir entendu ma proposition, chacun d'eux se décerna les plus grands éloges, à l'exception d'un seul qui, couché négligemment (littéralement : le ventre étalé) sur le lit oriental^ mangeait un g&teau d'un air indifférent, comme s'il n'avait rien entendu. Kai-kien s'écria : Ce doit être un excellent gendre. Après avoir pris des informations, il apprit que ce jeune homme ^'appelait I-tchi, et il lui donna sa fille en mariage.

Voilà Torigine des expressions tong-tch'oang (lit oriental)^ et Aienfûn (sage étalé), fanrfo (ventre ét4ilô), pour dire on gendre.

— Mademoiselle, dit Sou-yeou-pé, d'après vos conseils^ je vais m'en retourner aujourd'hui pour aller solliciter l'oncle de votre maîtresse ; seulement, j'ignore qui il est.

— L'oncle de ma maîtresse, dit Yen-sou, est le seigneur Ou, membre de l'académie et l'un des lecteurs de Sa Majesté. Dés que vous l'aurez demandé une seule fois, vous verrez que tout le monde le connaît, i

Elle parlait encore lorsqu'elle entendit un homme qui venait de derrière le salon et qui entrait dans le jardin, en criant tout le long du chemin : c Jardinier, balayez promptement les allées ; le seigneur Yang va arriver ici dans un instant pour faire une collation, i

En entendant ces paroles, Yen-sou se hâta de dire à Sou-yeou-pé : « Voilà maintenant notre conversation finie. Veuillez, monsieur, sortir au plus vite; vous n'avez plus besoin de revenir ici; quand môme vous reviendriez une autre fois, il vous serait impossible de me voir. » A ces mots, elle entra dans une touffe de saules en fleuret disparut.

Sou-yeou-pé n'osa rester plus longtemps; il se retira à la hâte et sortit. Le long de la route, il songeait en lui-môme, t Tout à l'heure, dit-il, elle m'a appris que l'oncle de sa maîtresse était le seigneur Ou, membre de l'académie et lecteur de Sa Majesté. Je pense que dans la ville de Kiu-ling (Nan-king), en fait d'académicien du nom de Ou, il n'y a que Ou-chouï-'an. Si c'est en effet lui, c'est absolument comme si j'avais rencontré un ennemi dans un chemin étroit. Dernière*

ment, il avait voulu lïie donner sa fille en mariage, et comme j'avais refusé à plusieurs reprises, il m'Ota surle-champ mon titre de bachelier. Si j'allais aujourd'hui le prier de faire pour moi les premières ouvertures, non-seulement il n'y consentirait pas, mais quand même il serait disposé à consentir, je n'aurais pas le courage d'aller lui demander ce service. »

C!omme il s'abandonnait tout le long du chemin à ses réflexions, il arriva sans s'en apercevoir au jardin de Tchang-koueï-jou. Dans ce moment, Wang-wenkhing, ayant été retenu en ville par ses affaires, avait été plusieurs jours sans y venir. Le jardinier alla audevant de Sou-yeou-pé avec Siao-hi, le fit souper et rengagea ensuite à aller se reposer.

La lendemain, il se leva de bonne heure, et écrivit une lettre qu'il laissa pour prendre congé de Tchangkoueï-jou et de Wang-wen-khing. Charmé de n'avoir pas apporté de bagages, il se contenta de dire à Siao-hi d'amener son cheval, et, comme auparavant, il se dirigea vers le couvent de Kouan-in. Il voulait d'abord prendre congé de Tsing-sin, et ensuite lui demander si Ou, l'académicien, était le même que Ou-koueï.

Justement, Tsing-sin se tenait devant la porte du couvent, et regardait un novice qui balayait la terre. Dès qu'il vit arriver Sou-yeou-pé, il courut au-devant de lui et le salua. « Monsieur^ lui dit-il, il y a plusieurs jours que je ne vous ai vu; pourquoi vous êtes-vous levé aujourd'hui de si bonne heure?

— Gomme je veux m'en retourner aujourd'hui à la

▼ille» répondit Sou-yeou-pé, je suis venu exprès pour prendre congé de mon vénérable maître (de vous).

— En ce cas, dit Tsing-sin, veuillez entrer dans mon humble cellule pour prendre du riz avant de partir.

— J'en ai déjà pris, repartit Sou-yeou-pé ; pour le moment, ce n'est pas nécessaire. J'ai seulement une petite question^ à vous faire : Ce M. Ou, beau-frère du seigneur Pé, vice-président d'un ministère, est-ce le même que M. Ou-cliouï-'an, Tacadémicien ?

— C'est lui-même, dit Tsing-sin. Dernièrement, il avait demandé un congé et était retourné chez lui. Suivant ce que j'ai appris, il s'est rendu à la capitale en vertu d'un décret impérial. Quand il demeurait dans sa maison, il venait constamment ici. >

En entendant ces paroles, Soii-yeou-pé éprouva au fond^ du cœur une vive contrariété. Il prit aussitôt congé de Tsing-sin, monta à cheval, et, après avoir fait un détour, il sortit du village. II aurait voulu s'en retourner à la capitale, mais il voyait clairement qu'il ne pouvait solliciter Ou, l'académicien; il aurait voulu retourner dans le jardin de Tchang-koueï-jou pour cliercher Yen-sou et lui expliquer l'état des choses; mais elle lui avait dit qu'il ne pourrait plus lavoir. En proie à une tristesse continuelle, il cheminait au gré de son cheval^ qui tantôt galopait, tantôt allait d'un pas paresseux. On peut dire à ce sujet:

i. littéralement: Un bob, un mot.

ET VA AU-DBVANT DE L*H1R0NDELLE. S49

Le saint homme ', après avoir échoué dans ses projets *, était (triste) comme un chien qui a perdu son maître.

Un héros qui a sauvé sa yie^ ressemble au poisson qui s*est échappé du filet.

Le sage qui ne peut obtenir Tépouse accomplie qu'il recherche.

Soit quMl avance ou recule sur sa route, est en proie à de cruelles incertitudes.

Sou-yeou-pé, mon lé sur son cheval, était toujours inquiet, irrésolu. Après avoir été longtemps accablé de tristesse, il se mit tout à coup à réfléchir : c Ces jours derniers, dit-il, si je suis venu ici, c'était, au fond, pour aller dans le village de Kiu-yong et y voir le devin appelé Saï-chin-sien\ Hais, par suite de l'affaire de mademoiselle Pé, je suis resté ici fort longtemps et j'ai oublié mon projet*. Puisqu'il a dit que j'étais sorti de chez moi pour un mariage, maintenant que ce mariage est convenu, comme je no sais quel parti prendre**, que ne vaîs-je le chercher et le consulter? » Aussitôt, il tint son cheval en bride, et se dirigea au sud-ouest vers le village de Kiu-yong.

Il n'avait pas encore fait un ou deux li qu'il lai vint une réflexion : c Dernièrement, se dit-il, si je voulais

1. C'est-à-dire : Confucius. Allasiûn à an passage de ses entretieDi domestiques. (Kong-^seu-kia-yu.)

2. C'est-à-dire: N'ayant point trouvé un prince qui voulût lui donner une charge, une magistrature.

3. Mot à mot : Uhermite qui surpasse les esprits. A. Le projet de consulter le devin précité.

5. Littéralement : Dans ce moment où je n'ai point de porte pour avancer ou recaler.

Yoir le divin Saï-chin-sien, c'était uniquement parce que mon mariage ne s'arrangeait pas à mon gré; mais aujourd'hui ce mariage ne laisse plus de doutes, et il m*est démontré que mademoiselle Pé existe. Si je ne puis répouser, quand je devrais rester garçon toute ma vie, je n'en chercherai pas d'autre. Yen-sou m'a clairement engagé à prier Ou, l'académicien, de faire pour moi les premières ouvertures du mariage. Dans ce moment, je n'ai qu'à prendre conseil de moi-même; à quoi bon aller encore consulter le devin Saï-chin-sien? Si j'allais l'inteiTOger, et qu'il me répondît que l'affaire pourra réussir, il me faudrait toujours aller faire moimême ma demande. Est-ce qu'il irait la faire pour moi? S'il disait que l'affaire ne réussira point, pourrais-je m'en rapporter tout de suite à lui et y renoncer? Ce que j'ai de mieux à faire, c'est de m'armer de courage*, et, suivant le conseil de Yen-sou, d'aller solliciter Ou-chouï-'an. Peut-être que, par égard pour son parent \ il consentira à ma demande ^

Sou-yeou-pé, changeant de résolution, tint encore son cheval en bride, et s'en retourna par son premier chemin. Il ne fit pas plus de dix li (une lieue). Pendant qu'il allait et venait au milieu de ses irrésolutions, le disque du soleil était déjà arrivé au midi. Il

1. Mot à mot : Après avoir vieilli (endurci) la peau de mon visage.

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