Mot à mot : Qaelqoe idée d'ivreBse
vré, j'ai manqué de vous tenir compagnie. Avez-vous tous trois achevé vos vers?
— Monsieur, dit Yang, vous avez eu l'adresse de vous excuser sur Tivresse, mais il vous manque encore quatorze tasses. Attendez seulement que j'aie fini mes vers; je ne vous ferai pas grâce d'une seule tasse. »
Ou, l'académicien^ se tourna alors vers Pé-kong : « Cher monsieur, lui dit-il^ vous avez une rare facilité à écrire ; comme vous ne vous ressentez plus des fumées du vin, pourquoi ne pas laisser courir un moment votre pinceau? Non-seulement vous échapperez à la punition, mais on ne sait pas encore quel est celui qui tuera le cerf*.
—Mes vers sont déjà faits, répondit Pé-kong en riant; seulement, comme M. Yang est ici, si je vous présentais ma détestable composition^, je ne pourrais échapper aux railleries d'un si grand juge.
— Monsieur Pé, dit Yang^ n'allez pas vous moquer de ce que je vais vous dire. Quoique vous ayez une grande facilité, vous ne pouvez composer avec une si merveilleuse promptitude. Si vous avez, en effet, achevé vos vers, je veux boire dix tasses; mais si vous
1. Tuer le cerf^ c'est aroir Tayantage. Gomme s'il disait, pour encourager : « Qai sait si ce n'est pas tous qui ferez la meiUeure
pièce de ?ers et remporterez la victoire ?
2. Littéralement : Si je montrais ma laideur, c'est-à-dire quelque chose propre à me faire honte. L'expression hienrtcheou, offrir, montrer sa laideur, est familière aux lettrés chinois qui, par une
auBse modestie, déprécient eux-m^mes leurs compositions en vers Ott en prose qu'ils croient excellentes.
ne les ave^ pas encore faits, direz-vous que tous ne vous êtes pas moqué de moi ? Outre les quatorze tasses, je yeux tous en faire boire encore trois pour tous punir; et si TOUS refusez de boire, dès ce moment je romps avec tous.
-^ Lorsque je ne veux pas faire des Ters, dilPé-kong en riant, je n'en fais pas; mais si je Teux en faire, je les fais à l'instant même. Comment m'abaisserais-je à mentir ? d Soudain il tira (de sa manche) la pièce de Ters et la fit Toir à ses trois hôtes. Sou, le moniteur impérial, la prit en main et s'écria : c Le seigneur Pé a réellement composé ses Ters, s'écria-t-il; c'est mer- Teilleuxl c'est merveilleux! »
Ou, l'académicien, et Yang^ le moniteur impérial, s'approchèrent ensemble pour regarder. Voici ce qu'ils lurent :
Leurs nuances \iolettes, blanches, rouges et jaunes sont d'une extrême fraîcheur.
Transporlées ici en automne, elles ont plus de force et de vigueur.
Mettez votre plaisir à chercher au bas des haies les grands lettrés * ;
1. Les Chinois personnifient souvent les fleurs. Dans le Recaeil d'expressions élégantes Fen-^out-tseu-kin, livr. LUI, la fleur du prunier est appelée In-sse^ le lettré caché; Thsing-yeou^ J'ami pup; Kouet'jin, rhonnme noble. La fleifr Choutsien (Bulbocodium de Sie- IJold) est appelée {ibidem)^ Ya-khe, l'hôte distingué; Niu-eht^ la femme historien (il y a là une légende] ; Han-pin-niu, la fille des rivages du fleuve Han.
La fleur kio (Chrysanthème, que Je rends ici par reioe-marguerite) est appelée (Ibid.^ liv. LIV) Yeou-jin^ Thomme qui vit dans
Ne vous tournez pas vers les treillis de bambous pour Toir de jolies femmes *.
Vivant au milieu du siècle 2, calme et libre d'esprit, (le sage) est plein des idées des anciens;
la retraite; Cheou-khe^ Thôte doué de longévité ; Choang-hia-kie, le héros qai est sous la gelée ; Sse^-mien-fo^ le Bouddha à quatre faces; Louan-kiao-fong-yeou^ Tami du Louan (oiseau fabuleux) et le camarade du phénix.
Dans notre passage^ la fleur kio est appelée kao-sse^ le grand lettré, qualification que le poète Kao-ki donné aussi à la fleur de Tarbre itfet, prunier. {Pet-wen-yun-fou^ liv. XXXIV 6, fol. U2.) Nous avons vu plus haut, p. l/i, ligne Ift, deux vers ainsi conçus : « Si vous chei^ chez la fleur kio (la reine-marguerite) au bas des haies , c'est au mn des montagnes que vous la trouverez. » On remarquera que l'expression li-hia^ « au bas des haies, » se retrouve dan^ la pièce de Hong-ya et fait allusion aux deux vers précités. Il est donc évident qu'ici il n*est point question de chercher des hommes qui soient de grands lettrés^ et que du reste on ne trouverait pas au tas des haies^ mais simplement la fleur kio^ reine-marguerite, qui se plaît au bas des haies^ et que Tauteur qualifie de kao-sse (grand lettré), la comparant aux hommes Ominents qui aiment à vivre dans la retraite, ainsi que voudrait le faire Tacadémicien Ou, en compagnie de ses deux amis. (Voyez p. 14, lig. *2l.)
1. Le poète fait ici allusion aux douze pots de reines-marguerites qui ont été comparés (p. 9, lign 2] à douze jolies femmes. La même idée a été reproduite plus bas (p. 11, lig. 20). L'expression lien (treillis de bambou) se retrouve dans le passage où il est dit que leur ombre couvrait les treillis de 6âm6ou, c'est-à-dire les jalousies de la bibliothèque (p. 9, lig. 1) dont les fenêtres étaient garnies de treillis faits avec des filaments de bambou.
2. Les quatre vers précédents se rapportaient aux reines-marguerites; les quatre derniers ont pour objet le sage qui sait s'isoler au milieu du monde pour se nourrir de la sagesse des anciens, imitant, dans cette retraite volontaire, la reine-marguerite qui se plaît au milieu des montagnes, où l'on a vu (p. 14, lig. 21} que Ou, Tacadémicicn, voudrait aller vivre avec ses deux amis.
Indifférent et froid au milieu de la foule, il ressemble à un homme de Tautre monde '.
Ne dites pas que la porte du magistrat est close et que , son bureau est désert^;
Pendant vhigt jours ^^ la tête de son lit restera embaumée par les plus doux parfums^.
Les trois hôtes de Pé-kong, ayant lu ces vers, ne pouvaient revenir de leur étonnement : t Aujourd'hui, dit Sou, le moniteur impérial^ le seigneur Pé a fait quelque chose d'extraordinaire. Non-seulement ces vers ont été composés avec une rare facilité, mais chaque expression est pleine de fraîcheur, d'élégance et de noblesse. Je leur suppose une autre origine, car ils me paraissent l'œuvre d'un dieu^, et ne ressemblent point à ses vers ordinaires. Je m'avoue vaincu, je m'a-
1 . Littéralement : Il ressemble à sa personne antérieure, c'est-àdire à ce qu'il était lui-môme dans son existence antérieure. On voit que l'auteur du roman était attaché à la religion bouddhique, qui admet une succession illimitée de naissances.
2. En chinois ling (froid). On peut voir ici une allusion à la p. 13, Ijg. 23, où Sou, le moniteur impérial, dit littéralement : La salle de jade (l'Académie) de M. Ou et la charge paisible de M. Pé (sa place de président du bureau des cérémonies) sont des magistratures oisives, des administrations commodes, peu occupées (c'est-à-dire sont comme des sinécures).
3. Littéralement: Pendant unetlouble décade. Une édition porte : Pendant vingt heures (quarante de nos heures).
h» Allusion aux fleurs qui ornent la bibliothèque et qui doivent parfumer le lit placé derrière un paravent, sur lequel Pé-kong 8*était retiré lorsqu'il se sentit étourdi par le vin (p. 20, lig. 22).
5. Mot à mot : Ils paraissent (venir de quelqu'un) qui ne se nourrit point d'aliments cuits au feu.
COMPOSE DES VERS POUR SON PÈRE. t9
Youe vaincu ^ ; ce que nous avons de mieux à faire, est de laisser là le pinceau.
— Messieurs^ dit Pé-kong, j'ai craint d^abord de désobéir aux ordres de H. Yang; ensuite^ j'ai voulu offrir à M. Yang une tasse de vin. Je me suis vu obligé de faire un effort pour composer avec vous. Où voyezvous dos expressions si élégantes?
— Que les vers soient beaux, dit Yang, c'est un point qui n'a pas besoin de discussion; mais il me reste quelques doutes. Il n*y a qu'un instant que M. Pé est revenu de son ivresse, et d'ailleurs nous ne Tavons fias vu manier le pinceau ; comment se fait-il qu'il ait pu tirer tout de suite ces vers de sa manche? En effet, même pour écrire seulement ces vers, il fallait un certain temps. y>
Ou, l'académicien^ prit en main la pièce de vers, et après l'avoir lue deux fois avec un soin minutieux, il en comprit l'intention, et reconnaissant que c'était l'œuvre de Hong-yu, il ne put s'empêcher de sourire.
Yang s'en aperçut, t Seigneur Ou, s'écria-t-il, qu'avez-vous à rire? il faut qu'il y ait quelque chose làdessous. Si vous ne vous expliquez pas franchement, je suis bien décidé à ne plus boire. »
Ou, l'académicien, continuait de rire sans souffler mot. Pé-kong lui-même se mit à rire. € Pour n'avoir pas fait de vers, dit-il, j'ai été puni d'une quantité de tasses de vin. Comme mes vers sont achevés, il est