‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 38 sur 148 · Littéralement : Avec respect Je me sotimett · texte numérisé non relu

Littéralement : Avec respect Je me sotimett

juste, seigneur Yang, que vous buviez à votre tour. Quel sujet de doute pouvez-vous avoir? Direz-vous que ces vers ne sont pas de moi ?

— Le seigneur Ou, dit Yang^ a ri d'une façon singulière; au bout du compte, il faut qu'il ait ses raisons.

— Je crois, dit Sou, le moniteur impérial, en regardant en face Ou, Tacadémicicn^ que c'est décidément Votre Seigneurie qui, voyant M. Pé étourdi par le vin, les aura composés à sa place*

— J'en mourrais de honle, dit Ou, l'académicien. D'ailleurs, comment aurais-je pu les faire?

— Si ce n'est pas Votre Seigneurie qui les a composés à sa place, repartit Yang, le monileur impérial, comme je ne vois point d'étranger dans la maison de M. Pé, dites-moi un peu quel en est Tauleur? »

Ou, l'académicien, ne dit pas un mot, et se contenta de sourire.

€ Monsieur, dit Pé-kong en riant, croyez-vous que j'étais incapable de les faire, et qu'il m'ait fallu charger quelqu'un de les écrire à ma place ?

— Comment oserais-je dire cela? répondit Yang, le moniteur impérial ; seulement le seigneur Ou a ri pour cause. Vous deux, qui êtes parents, vous vous soutenez l'un l'autre. Décidément, vous avez dressé un piège pour me faire votre dupe et me forcer à boire. En conséquence, je vais d'abord punir le seigneur Ou de trois grandes tasses; après quoi je boirai de nouveau. • Sur-le-champ, il ordonna à un domestique de remplir une grande lasse et la présenta à Ou^ l'académicien.

c II n'est pas nécessaire de me punir ainsi^ dit Oa en riant, car je ne sais pas si ces vers sont de lui ou non. Suivant moi, ces vers n'ont pas servi de piège poar duper Votre Seigneurie. Je crois décidément que c'est ma nièce qui, craignant que son père ne fût 6tourdi par les fumées du vin, s'est avisée de les composer pour lui*, i

En entendant ces paroles, les deux moniteurs impè* rîaux. Sou et Yang, furent remplis d'étonnement, et s'adressant à Pè-kong : • Est-il vrai, lui demandèrentils, que c'est votre not)le fille qui a. fait celte élégante composition?

— En effet, répondit Pé-kong, il est bien vrai que ma fille, me voyant à moitié ivre, a fait pour moi ces vers, afin que je pusse m'acquit ter de ma tâche. »

Les deux moniteurs impériaux firent éclater leur admiration, t Seigneur Pé, dirent -ils, votre noble fille possède là un merveilleux talent qu'on ne trouverait pas, non-seulement, parmi les femmes de l'appartement intérieur^ mais même chez les poètes et les versificateurs les plus renommés de tout l'empire. C'est en vain, monsieur, que nous avons entretenu avec vous, pendant la moitié de notre vie, des relations d'amitié. Jusqu'à présent^ nous n'avions jamais su

1. littéralement : A tenu le couteaa {tso-thao) à sa place. C*68t une allusion à la manière d'écrire usitée dans Tantiquité. Arec ia pointe d'un couteau , on gravait des caractères sur des tablettes de bambou, et avec la lame on enlevait^ en ratissant le bois, les signes que Ton voulait corriger.

que votre noble fille avait tant de talent poëtiqne et d'érudition. Elle est digne de tous nos respects.

— Non-seulement, dit Ou, racadémicien, ma nièce sait faire des vers pleins de grâce et de noblesse, mais il n'y a pas un livre qu'elle n'ait lu. Il lui suiBt d'abaisser son pinceau pour composer du ^en-tcbang (du style élégant), ou improviser de suite un millier de vers.

— En ce cas, s'écria Sou, le moniteur impérial^ on peut dire que c'est un vrai docteur parmi son sexe.

— Étant veuf et sur le déclin de l'âge, repartit Pékong, j'ai beau avoir une fille pleine de talent, cela ne me sert de rien K

— Autant que je m'en souviens^ dit Sou, le moniteur impérial , maintenant votre noble fille n'a guère que seize à dix-sept ans.

— Cette année, reprit Pé-kong, elle a eu seize ans accomplis.

— L'avez-vous déjà promise à quelqu'un? lui demanda Yang.

— D'un côté, répondit Pé-kong, me voyant arrivé sur mon déclin sans avoir eu de. fils, de l'autre, ma femme ayant été enlevée par. une mort prématurée *, je me suis fait une douce habitude de l'élever^ avec

1. Allusion à ce qui a été dit plus haut (p. 3, note 2)* au sujet des fils et des fiUes.

2. Littéralement : Ha respectable femme ayant quitté le siècle (la vie) de très-bonne heure.

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