‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 50 sur 148 · C'est-à-dire : Jusqu'où iront ses succès · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : Jusqu'où iront ses succès

temps' et se* séparèrent. Le lendemain, Oa, Tacadémicien, chargea un domestique de porter deux billels d'invitation, pour prier Yang et son fils de venir ce jour même chez lui, pour causer un peu ensemble.

Or, ce jour-là, Yang, le moniteur impérial, ayant reçu des nouvelles de Liao-te-ming, s'imagina que Pékong était assez disposé à donner son consentement. Il voulait justement envoyer quelqu'un pour lui parler de mariage, lorsque soudain il vit que Ou, Tacadémicien, Tinvitait à venir boire chez lui avec son fils. Il en fut ravi jusqu'au fond du cœur, et se dit en luimôme : € Si le vénérable Pé-kong n'avait pas reçu les communications de Liao-te-ming, comment Ou, l'aca* démicien, nous aurait-il invités tous les deux? Décidément, le mariage de mon fils n'est pas loin de se conclure. Mais il y a une chose qui me désole, c'est que mon fils n'a pas un véritable talent ; j'ai bien peur qu'au bout de deux ou trois mots^ il ne laisse voir son ignorance 2. Je voudrais trouver un prétexte pour ne point y aller, mais je craindrais que le seigneur Pé ne conçût des soupçons. » Il se dit encore en lui-même : i Quand il irait, il n'y a pas de danger ; il est assez bien de sa personne; d'ailleurs, comme il est déjà licencié, j'imagine qu'on ne s'avisera pas de lui faire subir un

1. Littéralement : Pendant une demi-journée. Les Chinois ont coutume d'exagérer ainsi les intervalles de temps. (Voyez p. 76, note 1.)

2. En chinois : Lou*tcKou-ma-kio^ qu*il ne laisse pas voir les pieds du cheval. Cela se dit, suivant le dictionnaire du P. Basile, de celui qui a rimprudence de laisser voir ce qu'il voulait cacher.

examen à table. » En conséquence, il répondit sur-lechamp qu'ils viendraient tous les deux.

Quand il eut congédié le messager, il ordonna à Yang-fang de s'habiller avec toute l'élégance possible; puis il lui donna ses instructions secrètes, c Quand tu seras là, lui dit-il, il faut absolument que tu sois humble et modeste; garde-toi de trop parler. Si l'on veut que tu composes un morceau de wen-tchang (style élégant) ou une pièce de vers, tu n'as qu'à répondre : f En présence de mon père, comment oserais-je m'émanciper * ? »

Yang promit 'de suivre ces conseils. Or, Yang-fang était pourvu d'un agréable embonpoint, mais c'était un esprit obtus et stupide. Quoiqu'il eût obtenu, à force d'intrigues, le titre de licencié, si on l'eût interrogé une seconde fois sur les sujets de ses sept compositions*, il est probable qu'il en aurait oublié la moitié.

Ce jourrlà, dans l'après-midi, Ou, l'académicien, ayant envoyé quelqu'un pour porter son invitation, Yang prit avec lui Yang-fang, monta à cheval et arriva au rendez-vous. Dans ce moment, Pé-kong, qui était parti- d'avance, se trouvait déjà depuis longtemps chez son beau-frère. Dès que les domestiques eurent annoncé la visite du seigneur Yang, Ou, f académicien, sortit aussitôt pour aller le recevoir et le fit entrer dans le salon. Ce fut Pé-kong qui salua Yang le premier. Ce-

1. Sous-entenda : au point de commencer le premier. 1. Mot h mot : Sur les sept thèmes.

lui-ci voulut céder le pas à Pé-kong, mais il s'y refasa à plusieurs reprises, c Aujourd'hui, dit-il, je suis venu exprès pour vous tenir compagnie, et de plus, je suis chez mon parent; décidément^ cela ne serait pas conve* nable ^ »

Comme Pé-kong faisait encore des cérémonies, Yang, le moniteur impérial, finit par prendre la place d'honneur. Ou, l'académicien^ ayant salué Yang, Yangfang alla de suite faire sa révérence à Pé-kông, qui voalut lui céder aussi le pas ; mais Yang-fang s'en excusa sur-le-champ : « En présence d'un collègue, de mon père, dit-il, comment oserais-je m'émanciper '? »

Yang, le moniteur impérial, saisit vivement Pé«* kong, et l'ayant attiré à gauche : € Monsieur, lui dit-il, cela n'est pas convenable. Il faut enseigner aux jeunes gens les bons principes. >

Pé-kong ne pouvant refuser davantage, se vit obligé de prendre la place d'honneur. Après qu'ils eurent fini de se saluer mutuellement, ils s'assirent en continuant de se céder le pas. Yang, le moniteur impérial, se trouva le premier du côté de l'orient, et Pé-kong le premier du côté de l'occident ; Yang-fang, au contraire, était assis en face d'eux vers le haut bout de la salle. Ou, l'académicien, qui était près de Pé-kong, tira un peu son fauteuil de côté pour lui tenir compagnie. On ser« vit d'abord le thé, puis Yang, le moniteur impérial, se

1. G*esuà*dire : U n^est p&s conrenable qu*ici tous me cédiei le

l, G*eftt-à-dlre : Comment oserais-je prendre le pas sur vous? I. 5

lourna vers Ou, racadémicien, et lui adressa la parole: « Votre frère cadet, lui dit-il, vous a souvent manqué d'égards S comment avez-vous pu lui faire Thonneur de l'inviter* aujourd'hui?

— Monsieur, répondit Ou, l'académicien, depuis que votre noble fils est arrivé à la capitale, je ne vous avais pas encore présenté mes respects. Aujourd'hai, j'ai préparé une petite collation ^ pour montrer mes humbles sentiments, mais ce n'est point à l'intention de Votre Seigneurie.

^ Des jeunes gens, dit Yang, oseraient-ils recevoir une si grande marque d*amitié? Aujourd'hui, mon fils était tellement acharné à lire, qu'il ne voulait venir à aucun prix. Aussi, lui ai-je fait des remontrances, f Quand un ami de votre père * vous invite, lui ai-je f dit, serait-il convenable de refuser? D'ailleurs, vous «verrez là un vénérable monsieur dont ilvons sera « plus avantageux de recevoir les instructions pendant « un jour, que d*étudier (tout seul) pendant dix ans. > Voilà pourquoi il s'est décidé à venir.

— Si votre noble fils, dit Pé-kong, est si passionné

1. C'est-à-dire : J*ai souvent manqué de vous rendre mes devoirs (de vous .rendre visite).

2. Littéralement: Comment, au contraire, vous êtes vous déshonoré, abaissé (au point de lui) accorder la faveur de Tinviter?

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