‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 56 sur 148 · C'est-à-dire : pour un petit besoin · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : pour un petit besoin

k. Le payilion où l'on ne révèle pas (sa joie). Ce passage ne présente aucune difficulté à un Chinois qui connaît ses auteurs, mais il n'est pas aisé d'en faire senti^ Timportance aux lecteurs européens. Chez nous, un homme qui ne saisirait pas l'application qu'on

Yang-fang, qui se flattait de connaître ces trois caractères, ne cessait d'y arrêter les yeux. On, racadémiden, ayant remarqué qu'il les considérait avec attention, « Ces caractères, lui dit-il^ ont été écrits par Ou-yu-pi^ surnommé P'ing-kiun. Tous les traits sont fermes et hardis; on peut dire que c'était un célèbre calligraphe. » Yang-fang, qui voulait faire parade de ses connais-

peut faire de ces mots d'GTorace : Desinit in piscem -^Non missura cutem — Ecee iterum Crispinus, etc., passerait à bon droit pour on médiocre humaniste qui a fait de mauvaises études, ou qui a oublié son latin. En Chine , on apprécie le mérite littéraire d'un homme d'après la connaissance plus ou moins complète qu*il possède des quatre livres classiques et des cinq livres canoniques, dont les principaux passages doivent être sacs cesse présents à sa mémoire.

Dans le Chi-king, ou Livre des vers, le troisième des livres canoniques, on trouve dans le premier livre, chap. v, Tode 2, où le sage qui vit heureux dans la retraite qu'il a choisie, dit qu'il a concentré sa joie au fond de son cœur, et jure qu'il ne la révélera pas (foukou) au dehors. Voici la dernière strophe de l'ode :

Khao-p'an-tsaMou *

Chi-jin-tchi-tchou To-mel-ou-sou Yong*chi-fou-Kou.

Frapper la cymbale sur le plateau de la montagne,

C'est la récréation du sage.

« Soit qu'il dorme seul, soit qu'il repose éveillé.

Il jure constamment de ne point révéler (fou-kou} sa j'oie. On voit que^ pour le besoin de la rime, le second mot de l'inscription (vulgo kao) doit perdre le son qui lui est habituel et se prononcer kou. Or, comme Yang-fang Ta prononcé kao , il a montré à Tacadémicico qu'il ne connaissait pas cette ode du Chi-king, et, par conséquent^ il a fait preuve d'une profonde ignorance. I)*où il suit naturellement qu'un jeune homme qui a commis cette faute grossière^ ne saurait prétendre ^ la main d'une personne aussi instruite, aussi lettrée que mademoiselle Hong-yu.

sances littéraires, se bâta de répondre : • C'était vrai* ment un habile calligraphe. Le mot hien (pavillon) est assez ordinaire, mais les deux mots fou-kao sont d'une perfection divine. >

Or, Yang-fang avait donné au second mot sa prononciation babituclie (kao) ; il ignorait que les deux premiers mots empruntaient leur signification au passage du Chi-king (le livre des vers) Fou-hiouen-fou-kou (je ne l'oublie pas» je ne le fais pas connaître), et que lè, pour la rime, le mot too devait prendre le même son que kou (vallée).

Ces paroles de Yang-fang furent un trait de lumière pour Ou^ l'académicien, qui lui dit d'une voix confuse : c C'est bien cela. > On peut dire à cette occasion :

Tant qu'ils se taisent et montrent un air bénin,

Le dragon et le serpent sont difficiles à distinguer * ;

Mais dès qu'ils poussent un cri^.

On aperçoit toute la laideur de leur figure.

Au moment où ils achevaient de parler, ils virent rentrer ensemble Yang et Pé-kong qui étaient sortis pour affaire ^. La compagnie causa encore de différentes choses, puis Ou, racadémicien, invita de nouveau ses' hôtes à se mettre à table, et voulut recommencer le jeu de Hing-ling *. Yang-fang céda son tour

1. Ces yen font aUusion à Yang-fang, qui n'a pu oavrir la bouche sans montrer sa stupidité et son ignorance.

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