PRÉFACE. VII
fille au concours, comme on pourrait y mettre une chaire, dans la vue d'assurer le bonheur de cette fille chérie et sa propre satisfaction.
((Des habitudes si singulières, des manières devoir si éloignées de toutes les idées auxquelles nous sommes accoutumés, assurent aux compositions qui en portent l'empreinte, un caractère dont rien ne saurait tenir lieu, celui de Toriginalité. C'est ep cela qu'elles sont véritablement inimitables. On voudrait tirer des relations des voyageurs et des mémoires historiques, les matériaux d'un ouvrage semblable, qu'on ne parviendrait jamais à satisfaire un véritable connaisseur. Ces honnêtes faussaires du siècle dernier, (jui ont composé tant de Contes chinois^ de Lettres chinoises y d'Histoires chinoises j s'épuisaient vainement à forger des noms bizarres et à combiner des aventures extraordinaires. Il leur était impossible de se placer au véritable point de vue, soit pour peindre les mœurs de la Chine, soit pour observer les coutumes de l'Europe. Tous ces prétendus Chinois, qu'on faisait voyager, observer, décrire, étaient aussi bien Français, aussi peu asiatiques que l'Usbeck des Lettres persanes; le génie des auteurs faisait seul la différence. Un véritable natif de la Chine, venu à Londres il y a quelques années, a écrit en vers une relation de ce qui l'avait frappé dans la capitale de la Grande-Bretagne. Croit-on qu'il y ait déposé des
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vues profondes ou des épigrammes piquantes sur les privilèges des deux chambres, la réforme parlementaire ou l'émancipation des catholiques? Il a remarqué que les Anglais, au printemps et à l'automne, se recommandaient les uns aux autres de rentrer de bonne heure, de peur de s'égarer au milieu des brouillards ; que les maisons de Londres étaient si hautes, qu'on pouvait, du toit, cueillir les étoiles; que les hommes et les femmes se promenaient ensemble dans les champs pour y ramasser des fleurs ; quils se mariaient selon leur choix; qu'ils s'aiment et se respectent, et qu'il n'y a pas chez eux de secondes femmes. Voilà des observations naïves, puériles, si l'on veut ; mais un homme du pays ne s'en fût jamais avisé, parce qu'on cesse d'être frappé de ce qui est ordinaire autour de soi, et qu'on n'aperçoit plus les apparences des choses quand on en connaît la réalité. Il y a de même des particularités que les romans chinois ne nous apprennent pas, justement parce /ju'elles sont trop familières à leurs auteurs. Mais celles-là ne sont pas d'une haute importance, et nos voyageurs n'auront pas manqué de les recueillir. Ce qu'ils auraient eu de la peine à entrevoir, ce qu'il leur était interdit d'approfondir, doit se trouver, et se trouve en effet, dans les véritables ro» mans chinois; et avec tant de désir ée connaître la Chine, il est surprenant qu'on n'ait pas encore puisé