‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 61 sur 148 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

A LA VEILLE d'uN VOYAGE PÉRILLEUX^ PÉ CONPIK SA CHABJtfANTE FILLE (a UN PARENt)

Sou, le moniteur impérial, ayant été chargé par Yang, son collègue, d'aller demander mademoiselle Pé en mariage, prévit bien que mille difficultés s'oppose* raient au succès de cette affaire; aussi ne se souciait-il pas d'aller tout de suite lui rendre compte de sa commission. Mais le second jour, il se vit obligé d'aller voir Pé-kong. Dans ce moment, Pé-kong n'était pas encore levé. Il ordonna à un domestique d'inyiter Sou, le mo* niteur impérial^ à venir s'asseoir dans la bibliothèque. Il fit promptement sa toilette, et alla le recevoir : € Monsieur, lui dit-il, pourquoi êtes-Tous sorti aujourd'hui de si bonne heure?

— J'élais chargé d'une commission, répondit Sou, le moniteur impérial, et de plus j'avais une demande à faire à quelqu'un. Comment aurais-je pu ne pas être matinal ?

— De qai avez-rous reçu une commission, demanda Pé-kong, et à qui avez-vous une demande à faire?

— Cest de Yang-tseu-hien que j'ai reçu une commission, dit Sou, et c'est à vous, monsieur^ que je dois adresser ma demande, i

Pë-kong vit bien qu'il ne parlait pas sans motif, et comprit tout de suite Tobjetde sa visi'e. II prit alors les devants et lui dit : «Comme M. Yang-tseu-hien tous a donné une commission, et qu'il veut me faire une demande, à moins qu'il ne s'agisse de mariage, pour tout le reste, je ne manquerai pas d'obéir à ses ordres.

— Monsieur, dit Sou en riant aux éclats, vous seriez capable de pénétrer les secrets des dieux. Je venais précisément pour cela. Hier soir, M. Yang assistait avec moi à une délibération solennelle. Après la séance, il m'accompagna jusqu'à mon humble demeure, et me dit : J'ai lu avant- hier l'élégante composition de mademoiselle Pé, et j'ai reconnu qu'elle était douée d'une vertu remarquable et d'un talent supérieur. J'ai éprouvé pour elle un vif sentiment d'affection, et j'ai conçu le désir de voir* le faible liseron s'appuyer sur le grand pin. Yoilà pourquoi il m'a chargé d'en faire

1. C'est-à-dire do voir mon humble fils épouser cette noble 6Ue. Il y a en chinois : sse^/ihfotdr-k'iao, au lieu de Thou-^e-niao-lo-fou" kiao'song (j*ai désiré que les plantes grimpantes) Thou^se et Ntoolo s'attachassent (fou) au haut (kiao) pin {song)»

La première plante est la cuscute, suivant Sieboldt, et la seconde la quamoclit vulgaire^ suivant le D' Hoffmann. Pour éviter ces deux mots, peu harmonieux en français. Je me suis contenté d'employer le mot liseron^ qui rend assez clairement ridée de Fautear,

la demande ^ Je savais bien que cette affaire n'élaii pas de votre goût, mais il m'a pressé tant de fois qae je n'ai pu refuser brusquement. J'ai donc été obligé de venir vous en parler. Quant à consentir ou non, cela dépend uniquement de votre haute décision ; je n'oserais vous presser avec instances.

— A roccasion de cette affaire, lui dit Pé-lcong, j'ai failli tomber dans ses pièges.

— Comment cela?» dit Sou, le moniteur impérial. Pé-kong lui fit connaître en grand détail les paroles

de l'astrologue Liao-te-ming, l'invitation de Ou, l'académicien, et la lecture ridicule des mots Fou-kou-hien^ Il ajouta : « Si votre serviteur et son parent n'eussent pas été très-attentifs, ne pensez-vous pas que j'aurais éié sa dupe?

— L'aventure de son fils, dit Sou, le moniteur impérial, je la sais à fond. C'est un jeune homme que Lou-wen-ming, sous-préfet de Kin-khi, avait fait admettre, par faveur, dans la seconde, classe de poésie. L'an passé, Lieou, le juge de la province du Kiang-si, fut sur le point de faire un rapport contre le souspréfet, Lou-wen-ming ; mais celui-ci ayant été puis-

1. En chinois : Tho-fou^ko^ confier le manche de la cognée. Cette locution figurée s'emploie pour dire charger quelqu'un des ouyer* tures d'un mariage. Elle est empruntée au Livre des vers^ lirr. I, chap. XV, od. 5, où il est dit: « Comment coupe-t-on le bois pour faire un manche (de hache) ? Cela rie peut se faire sans une hache. -^ Comment épouse-t-on une femme ? Cela ne peut se faire régulièrement sans un entremetteur (ou une entremetteuse) de mariage. »

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