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samment soutenu par le vieux Yang, il avait pris ses intérêts, et avait voulu par là lui montrer sa reconnaissance. Avant-hier, le vieux Yahg voulut encore recommander le sous-préfet, Lou-wen-ming^ pour qu'il vînt occuper un poste plus élevé S mais il en fut empêché par le refus de Tchou-ing. D'après cela, il est aisé de voir que son fils n'a pas un véritable talent; comment pourrait-il être mis en parallèle avec votre noble fille?
— Ne me parlez plus de cette affaire, reprit Pé-kong. Allez lui rendre réponse, et bornez-vous à dire que je ne donne pas mon consentement.
— C'est une chose entendue, » dit Sou, le moniteur impérial. Il allait se lever, après cet entretien, mais Pé-kong ne voulut point le lâcher. Il le retint quelque temps à boire, et ne le laissa partir qu'après le déjeuner. On peut dire à ce sujet :
• La raison et la justice sont naturellement d'accord, Mais la fausseté et la droiture ne cadrent pas ensemble. Dans ce monde, il faut faire des concessions aux autres. A quoi bon les solliciter malgré eux ?
Après avoir pris congé de Pé-kong, Sou, le moniteur impérial, ne rentra pas chez lui. Il se rendit immédiament auprès de Yang, son collègue, a Monsieur, lui dit
1. C'est le sens de hing^thsiu (Basile: 0658-1100), qui manque dans tous les dictionnaires chinois. On le trouve dans le dictionnaire mandchou-chinois, traduit par Âmyot, au mot gadchimbi.
celui-ci en le recevant, je vous ai donné beaucoup de peine; comment pourrai- je vous en récompenser?
—J'ai fait tous mes efforts, dit Sou, mais je n'ai point réussi; j'espère, monsieur, que vous ne m'en ferez pas un crime ?
— Est-ce que M. Pé aurait refusé? demanda Yang.
— Je suis allé voir aujourd'hui M. Pé, répondit Sou, le moniteur impérial, et je lui ai fait part des instructions que vous m'avez données. Il me dit que naturellement il devrait obéir à vos ordres, mais comme monsieur votre fils est doué d'un talentsuperieur.il trouve que sa fille a trop peu de mérite * pour lui convenir. D'un autre côté *, M. Pé n'a pas de fils. Depuis longtemps, le père et la fille se prêtent un mutuel appui* Ajoutez à cela que votre noble province est fort éloignée d'ici; il lui serait difficile de se séparer subitement d'elle. Enfin, comme elle est fort jeune, il désire attendre encore un peu. Voilà pourquoi il ne peut se rendre à vos désirs.
— Toutes ces raisons, repartit Yang,ne sont que des prétextes spécieux. Je connais le fond de sa pensée. Cela vient en général de ce qu'il me dédaigne, parce
1» J'ai été obligé de traduire ainsi pour former une opposition avec « talent supérieur. » Le texte chinois dit seulement: « une petite fille délicate et faible {jeou-jo ). >»
2. Le premier traducteur a mis dans la bouche de Pé kong, les obsenrations qui suivent ; mais il est aisé de voir par les mots du texte : P&-nien-'hiong-wou^tseu (Pé, mon frère aîné, n*a *pas de fils), que c*est Sou qui parle.
que je suis un magistrat pauvre, et que ma famille oe peut aller de pair avec la sienue. Eh bieul puisqu'il refuse, n'en parlons plus. Quoique mon fils ait un talent médiocre, est-ce que cela l'empêchera de trouver une femme? Sa fille a seize ans; elle n'est pas si jeune. Bien que la province du Kiang-si soit assez éloignée^ est-ce qu'il prétend la garder près de lui pendant toute sa vie? Nous verrons à quel personnage, à quel honmie de talent il la mariera.
— Monsieur, lui dit Sou, le moniteur impérial, à quoi bon vous échauffer la bile? Dans le premier moment, M. Pé, par affection pour sa fille, s'est montré fort opiniâtre; d'ailleurs, faute d'éloquence, je n'ai pas réussi à lui ouvrir les yeux. Qui sait si plus tard il ne changera pas d'idée. Comme vous cherchez pour votre fils une femme accomplie, rien ne vous empêche d'atlendre un peu et d'envoyer ensuite une entremetteuse?
— Comme M. Pé est resté sourd à vos paroles, répondit Yang, qui pourrais- je lui envoyer encore? N'en parlons plus. Quoiqu'il ait repoussé ma demande, je songe que les choses du monde ne sont pas invariables. Qui sait si plus tard ce ne sera pas lui qui viendra me solliciter? Seulement, monsieur, je vous ai donné bien de la peine; j'ai eu grand torL »
Sou, le moniteur impérial, voyant que Yang s'échauffait: c Monsieur, lui dit-il, j'ai fait tous mes efforts pour m'entendre avec lui, mais ce vieillard m'a opposé un refus opiniâtre et m'a réduit à l'impuissance, de sorte que j'ai été obligé de le quitter. Permettez-moi
FÉ CONFIE SA CHARMANTE FILLE. iOS
d'attendre une occasion favorable; je me ferai encore un devoir de l'exhorter à conclure cette affaire.
— Que de peines je vous ai données I loi dit Yang«à plusieurs reprises; je vous en remercie infiniment.!
Là- dessus. Sou, le moniteur impérial, prit congé de Yang et partit. On peut dire à ce sujet :
Trouver un sujet de joie n*est pas chose facile, il est plus aisé de se fâcher.
La bienfaisance ne saurait être trop grande, mais Tinimilié l'est toujours.
Un demi-siècle ne suffit pas pour consolider l'amitié ;
Un moment suffit pour rendre la haine éternelle.
Yang, le moniteur impérial, ayant reconduit Sou, son collègue, jusqu'en dehors de la porte, il rentra chez lui et s'assit dans le salon. Plus il pensait à son échec, et plus il s'irritait : <« Vieil entêté, dit-il en lui-même, par cette façon d'agir tu as mérité toute ma haine. Puisque tu ne consentais pas^ pourquoi avant-hier as-tu engagé Ou> Tacadémicien, à préparer une collation et à m'y inviter avec mon fils? Il est clair que c'était pour le moquer de moi ^ Ce n'est pas tout : se fiant à son talent littéraire, il m*a traité mainte fois avec autant d'orgueil que de mépris; mais, comme c'était mon ancien compagnon d'études, je ne lui en ai pas fait de reproche. Avant-hier, lorsque nous étions à
i. Dans ce passage, tantôt Yang apostrophe Pé-kong, tantôt il parle de lui à la troisième personne, puis il Tapostrophe encore. J*aî cm devoir suivre exactement ces divers changements, qui paraissent destinés à peindre Tagitation de son esprit.
boire en faisant des vers à la louange des reines-marguerites, je ne sais combien de fois il m'a attaqué, mais j'ai endure tous ses affronts. Même pour ce mariage, si je suis allé te solliciter, il n'y avait pas là de quoi te déshonorer. Pourquoi as-tu refusé ton consentement? Maintenant il faut que je cherche un moyen pour l'arranger comme il faut; c'est alors que je pourrai décharger toute ma bile.
« Mon plan est trouvé, dit-il après un moment de réflexion. Avant-hier je disais que le gouvernement voulait envoyer quelqu'un au-devant de l'empereur (captif) pour le ramener à la capitale, et que c'était une affaire difficile. Il se moqua de moi, et dit que j'étais un homme sans cœur. Hier l'empereur a ordonné à notre bureau de s'assembler pour en délibérer; il voulait que chacun de nous fit une présentalion. Comme justement je n'ai personne à présenter, pourquoi ne le recommanderais-je pas? Puisqu'il se flatte d'être un homme de cœur, attendons un peu qu'il aille faire un tour au quartier des Tartares. Ajoutez à cela qu'il n'a point de fils; nous verrons à qui il confiera cette jeune fille. Quand ce moment sera arrivé, il viendra sans doute me faire lui-môme des propositions de mariage, mais il sera trop tard. »
Sa résolution étant bienarrèlée^ il écrivit de suite un rapport ainsi conçu: t Pé-thaï-youen, président du bureau des cérémonies, est un homme d'une expérience consommée et d'un grand talent. Si on le charge d'aller au-devant de l'empereur captif et de le ramener, on
peut compter qu'il s'acquittera avec honneur^ des ordres da souverain. Je demande humblement que cette proposition soit adressée à Sa Majesté pour qu'elle prenne une décision. «>
11 envoya secrètement son rapport à la chambre des inspecteurs généraux. Justement le président se déso« lait de voir qu'on n'avait personne à présenter. Dès qu'il eut reçu ce rapport^ il en donna connaissance aux neuf membres du bureau des cérémonies. Dan^ ce même moment, les six bureaux, appelés Lou-kho*, venaient de recommander ensemble le messager impérial Li-chi. On écrivit les noms et surnoms de ces deux candidats % et on les présenta tous deux à l'empereur. Le lendemain, parut un décret qui leurdonnait à chacun le titre de Pou-t'ang*, et les nommait premier et second envoyés, avec ordre d'aller demander des nouvelles de l'empereur et de traiter de. la paix. Ils devaient partir au bout de cinq jours; on attendrait leur retour pour leur accorder de l'avancement et des récompenses.
Dés que le décret fut publié, un messager oiBciel
1. Mot à mot : Qu'il ne déshonorera pas les ordres da prince.
2. Ces bureaux étaient chargés de présenter les hommes capables de remplir des fonctions publiques, et chacun d'eux examinait les candidats sur une. matière spéciale, savoir l'intelligence des livres sacrés, les lois, la calligraphie, l'arithmétique, etc.
Au commencement de la dynastie des Song, ces bureaux étaient au nombre de trois ; l'empereiur Tching-tong (095-1022) en ajouta trois autres.