‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 63 sur 148 · Savoir de Pé-kong et de Li-chî · texte numérisé non relu

Savoir de Pé-kong et de Li-chî

A. Président d'un tribunal. Wells Williams : Gouverneur général.

alla le porter dans la maison dePé, le président du hareau des cérémonies.

A cette nouvelle, Pé-kong demeura stupéfait, c Qui m'a précipité dans'ce malheur? se dit-il en lui-même. Décidément, s'écria-t-il après un moment de réflexion^ je n'en vois pas d'autre que ce vieux coquin de Yangthing-tchao; c'est uniquement parce que son projet de mariage a échoué qu'il s'est déclaré mon ennemi. Quoiqu'il veuille me perdre^ dans un intérêt personnel, je songe que maintenant l'empereur est prisonnier au quartier des Tartarcs, moi, qui suis un de ses sujets, en allant m'informer de sa santé, peut-être profiterai-je de cette occasion pour traiter de la paix. Si je puis le ramener dans son palais, ce ne sera pas en vain que j'aurai repris mon ancienne charge. Hais une fois que je serai parti d'ici, comme il est difficile de sonder les sentiments des Tartares, qui peut prévoir l'époque de mon retour? Hong-yu est encore bien jeune; comment pourra-t-elle rester seule? Ce n'est pas tout : comme ce vieux coquin de Yang est devenu mon ennemi^ après mon départ, il ne manquera pas de susciter encore quelque tempête. Si je ne prends pas de grandes précautions, elle sera infailliblement victime de sa mé* chanceté * .

Au moment où il était agité de ces pensées inquiètes, on vint tout à coup lui annoncer la visite de Sou, le

1. Littéralement : Elle tombera nécessairement dans ses mains cruelles.

moniteur impérial. Pé-kong s'empressa d'aller le recevoir, mais Sou, s'écria tout de suite ayant d'achever ses salutations : « A-t-on jamais vu, dit-il, nne pareille affaire? Le vieux Yang est un bien méchant homme K Avant-hier , parce que son projet de mariage n'avait pas réussi, sans me rien dire, il a écrit vos noms, et vous a présenté secrètement à la cour des inspecteurs généraux. Ce matin, le décret a été rendu, et c'est alors que j'ai connu sa perfidie. De suite, je suis allé le trouver pour avoir une explication, mais il s'est esquivé et je n'ai pu le voir. Ne sachant que faire, j'ai donné rendez-vous à quelques-uns de mes collègues, et nous sommes allés rendre visite au seigneur Wang. Nous lui apprîmes en grand détail qu'il avait demandé votre tille en mariage, et que c'était pour avoir éprouvé un refus de votre part qu'il vous a déclaré la guerre. En entendant ce récit, le ministre Wang se trouva mal à son aise : « Seulement, nous « dit-il, le décret est rendu, et il est impossible de le « retirer. L'unique moyen, ajouta-t-il, serait d'écrire « un placet où vous vous diriez malade ; tout notre bu- « reau présenterait un autre candidat, et vous pourriez « alors vous retourner. • Voilà pourquoi je suis venu vous trouver. Vous devriez, monsieur, prendre de suite vos mesures ; il ne faut pas tarder un moment. — Monsieur, lui dit P6-kong, je vous remercie

1. En chinois : Pot^tch'ing'jin/je traduis ainsi parce que tcKing^ ;ïn[Basfle : 3170-01) signifie : 8er buetio hombre (Dictionn. chinois* espagnol da Fo-kien).

108 A Ik VEILLE D'UN VOYAGE PÉRILLEUX,

mille fois de vos bonnes intentions, mais quoique le ki

vieux Yang ait voulu me perdre, maintenant que le pom

décret est rendu, il s'agit des affaires de Tempereur. ^n

Un officier du gouvernement pourrait-il s'en excuser? h

Si je refusais sous prétexte de maladie, non-seulement siea

j'offenserais les lois de la morale S mais je m^expose- 'kn

rais aux railleries du vieux Yang. ! pas

— Votre raisonnement est certainement juste, lui M dit Sou, le moniteur impérial, mais, sur le soir de la jeaj vie et par un froid aussi rigoureux, il ne vous sera pas ^as facile de voyager en dehors des frontières. dan

— Monsieur, repartit Pé-kong, lorsque l'empereur la ^ est prisonnier parmi les Tartares S moi, qui suis son dis humble sujet, oserais-je plaindre ma peine et ma fa« ' « tigue? » de

A ces mots. Sou, le moniteur impérial, éprouva un : de

serrement de cœur. « Monsieur, lui dit-il en poussant : eu

un soupir, ces sentiments de loyauté et de justice peu- 1 voi

vent se montrer à découvert devant les démons et les I seu

esprits. Non-seulement le vieux Yang, ce vil animal, 1 ne

restera comme un grand criminel aux yeux des généra- Ajo

tions futures, mais nous-mêmes, qui jugeons un sage %

d'après nos vues étroites, nous devrions rougir de sioj honte. En voyant un excellent ami qui court au-devant

1. En chinois : ming-kiao (Basile : 11^2-3743), expression qui .^^Z signifie « les préceptes célèbres » (légués pAr Tcheou-l^ong et Con- ^ fucius). ^

2. En chinois : hien'khiong^iu, est tombé dans une hutte tartare , ou mongole {monggo bao, suivant le dictionn. Thsing-haa-wen-hai). ^'

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du danger et entreprend un voyage lointain, nous ne pouvons nous défendre d'une profonde tristesse. Que faire ? Que faire ? »

Pé-kong éprouva aussi un serrement de cœur, c Monsieur, dit-il, vous me montrez l'affection d'un frère. Je ne suis pas une plante ni un arbre*; pourrais-je ne pas être pénétré de reconnaissance ? Mais comme je me trouve au centre des instructions morales \ qu'aije appris depuis que je suis au monde ^ ? Oserais-je ne pas suivre les principes de la justice et .du devoir? Si, dans cette situation critique, je songeais uniquement à la vie ou à la mort, à l'affeclion ou à la haine, en quoi différerais-je du vieux Yang?

— Monsieur, lui dit Sou, le moniteur impérial, voilà de nobles sentiments, des desseins héroïques ; il s'en faut de beaucoup que nous puissions y atteindre. Quoiqu'il en soit, comme le ciel protège les hommes vertueux, vous êtes sûr de traverser en paix tous: les dangers ; seulement; nous autres, avec notre esprit étroit, nous ne pouvons fréquenter des hommes aussi méprisables. Ajoutez à cela que la capitale est un séjour dangereux. Après votre départ, je suis décidé à demander une mission pour sortir d'ici.

i. C'est-à-dire, je ne suis pas insensible comme ane plante et un arbre.

2. Mot à mot : Comme ce corps est au milieu des instructions ce-lèbres (léguées par Tcbeou-kong et Confucius).

3. C'est-à-dire \ qu*ai-Je appris autre chose que les obligations d'un sujet dévoué?

iiO A LA VEILLE D'UN VOYAGE PÉRILLEUX,

— Si TOUS obtenez une mission, dit Pë-kong^ cela vaudra mieux que de rester ici. >

En achevant ces mots, il voulut inviter Sou à venir s'asseoir dans sa bibliothèque, mais il s'y refusa absolument. € Dans quel (emps vivons-nous? dit-il ; est-ce que j'ai le loisir de rester assis? >

Il se leva de suite, prit congé de Pé-kong et partit. On peut dire à ce sujet:

Parce qu'il aimait à boire, on le prenait pour un buveur;

Parce qu'il se plaisait à faire des vers, tout le monde le qualifiait de poète.

Aurait-on prévu qu'en portant les ordres du souverain au quartier des Tartares,

Il agirait comme un magistrat mûri par l'âge, qui ne recule point devant le danger?

Après avoir reconduit Sou, le moniteur impérial, jusqu'en dehors de la porte, Pé-kong rentra dans l'intérieur, et raconta à mademoiselle Hong-yu tout ce qui venait de se passer. A ce récit, elle fut tellement effrayée que son teint devint couleur de terre, et que sa figure fut comme inondée d'une pluie de larmes. € D'où vient cela? s'écria-t-elle, en trépignant à plusieurs reprises. Je vois que c'est moi qui ai fait le malheur de mon père. J'ai entendu dire que dans le grand désert des Tartares, il règne un froid extraordinaire. De plus, dans cet hiver rigoureux, les chemins sont couverts de gelée blanche et de neige. Un homme robuste n'y pourrait aller à la légère, à plus forte raison, mon père, comment le pourriez-vous dans un âge

si avancé? Évidemnient^ c'est ce vieil animal de Yang qui, n'ayant pu m'épouser^ a juré la perte de mon père. Que ne présentez-vous à l'empereur un placet où vous exposerez en détail toute cette affaire? Ensuite, vous vous direz malade et vous quitterez votre charge. Qui sait si Sa Majesté n'aura pas pitié de vous?

—Tout à l'heure, dit Pé-kong, Sou-fang-hoeï* avait eu la même idée que toi. Il a déjà parlé pour moi dans le conseil. Il m'engageait à présenter une supplique oi je mé dirais malade; il se chargerait avec plaisir de défendre mes intérêts et de faire retirer le décret. Mais je songe que cette affaire intéresse l'honneur de ma vie entière. Si je prétexte une maladie, ceux qui me connaissent diront que c'est Yang-thing-tchao* qui veut me perdre; ceux qui ne me connaissent pas, diront qu« je recule devant le danger. Je me souviens que lorsque j'ai vu l'eunuque Wang-tchin ^ s'emparer du pouvoir, j'ai quitté ma charge et suis retourné dans mon pays natal *. Quel est l'homme qui ne m'en a pas témoigné de l'estime et du respect? C'est à cela que je dois mon élévation d'aujourd'hui. Maintenant que je remplis une charge, au moment où l'État *est exposé

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