‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 73 sur 148 · Allusion à Yang, Tennemi déclaré de Pé-kong · texte numérisé non relu

Allusion à Yang, Tennemi déclaré de Pé-kong

2. Mot à mot : Ce corps de sept pieds, je l'ai déjà placé en dehors du but, c'est-à-dire je l'ai traité comme indigne d'égards. (Voyez MorrisoD, Did. cAt>i.,part. i, clef 40, pag. 856, col. A, ligne 15.)

Ce passage montre, comme on l'a déjà dit, que sous la dynastie des Ming, le tch'i (pied chinois) était beaucoup plus court que notre

A moins d*avoir le cpurage d'un héros.

Qui pourrait s'empêcher de perdre sa yertu ?

Après ayoir reconduit Tchang en dehors de sa porte, Pé-kong sentit redoubler sa colère, c II est clair, dit^il, que c'est ce vieux coquin de Yang qui m'a joué ce tour odieux. De plus, il m'envoie des gens pour vanter son crédit et me contraindre à ce mariage. C'est une conduite infâme. Seulement, si j'allais aujourd'hui discuter avec lui, tout le monde dirait que je crains d'aller dans le nord, et que je profite de cette occasion pour lui chercher querelle. Attendons que je sois revenu de mon voyage, j'aurai alors le temps de m'explkjuer avec lui. Mais l'affaire de Hong-yu ne doit être différée pour rien au monde. »

}\ écrivit sur-le-champ une lettre, l'envoya d'abord à Ou, Tacadémicien, et lui demanda un rendez-vous pour qu'il l'attendit chez lui. Puis, s'adressant à sa fille : c Ce coquin de Yang, dit-il, est d'une méchanceté extraordinaire; il faut le fuir au plus vile. Maintenant, tu ne'peux attendre que je sois sorti d'ici. Il est nécessaire qtie tu prépares promptement quelques vêtements; celte nuit même, je veux te conduire chez ton oncle. »

Après avoir entendu ces paroles, Hong-yu n'osa point résister à «on père. Elle fit à la hâte ses préparatifs et attendit jusqu'au soir. Pé-kong loua, «ous main, deux chaises, plaça sa fille dans Tune, et, s'étant assis dans l'autre, il la conduisit secrètement chez Ou, l'acadéniicien. Dans ce moment^ Ou avait chargé ses domesti-

m A LA VEILLE D'UN VOYAGE PÉRILLEUX,

ques de les attendre et de les conduire dans le derrière de sa maison. Pé-kong dit d'abord à sa fille de faire quatre révérences à On, Tacadémicien, qu'il saina luimême quatre fois, c Dans ces révérences, dit-il, vous pouvez voir Taffection qu'inspirent les liens du sang, et un dépôt qui vaut mille onces d'argent.

— Mon beau-frère, dit Ou, l'académicien, soyez tran* quille. Il est bien certain que je ne ferai pas déshonneur à vos ordres *. »

Hong-yu sanglotait au fond du cœur; elle cachait

ses larmes et baissait la tète sans pouvoir dire un mot. Ou, l'académicien, voulut retenir Pé-kong et lui offrir du vin. c Je n'ose m'asseoir, dit-il; je craindrais qu'on ne vint à le savoir. r> Puis, se tournant vers sa fille : c Après cette séparation, dit-il, je ne sais quel jour je pourrai te revoir. »

Comme Pé-kong voulait sortir de suite, sa fille, ne pouvant supporter ce départ, le tira vers elle, et après lui avoir fait quatre révérences, elle laissa éclater ses pleurs et ses sanglots. Pé-kong lui-même ne put retenir ses larmes. Ou, l'académicien, fit tous ses efforts pour calmer leur douleur. Le père et la fille, ne voyant aucun remède, furent obligés de se séparer en étouffant leur voix. On peut dire à cette occasion :

Dans le monde, on éprouve mille peines et mille souffrances; •

1. C'estrà-dire : Voas ne rougirez pas de m'ayoir donné cette commissioD, de m'ayoir confié yotre fille.

PË CONFIE SA CHARMANTE PiLLfi. i8i

Mais ce qu'il y a de plus crue), est de se séparer au momeut de la mort ou pendant la irie.

Pé-kong rentra chez lui après avoir conduit sa fille. Quoiqu'il fût fort affligé, se voyant délivré de toute inquiétude ^ il se mit à boire seul jusqu'à s'échauffer la têle^ et s'endormit Le lendemain, il se leva de bonne heure et se rendit à son bureau pour prendre le décret ; puis, revenant dans sa maison particulière, il en ferma toutes les portes et ordonna aux domestiques de faire boùne garde et de dire que mademoiselle Pé restait dans l'intérieur. Il se contenta d'emmener avec lui deux serviteurs d'une capacité reconnue, et se pourvut d'une garniture de lit et de bagages. Après avoir pris congé de la cour, il se rendit au dehors de la ville, et s'arrêta dans une maison de poste pour attendre Li-chi, le premier envoyé, avec qui il devait faire le voyage. Or, comme Pé-kong était un des neuf membres du bureau des cérémonies, il devait naturellement avoir le rang de premier envoyé; Li-chi, qui était seulement porteur de messages, n'avait droit qu'au titre d'envoyé en second. Mais, la veille, Pé-kong ayant traité avec hauteur Tchang, membre du ministère du personnel, celui-ci avait donné à Li-chi le titre de vice-président du ministère des rites avec le rang de premier envoyé, et à Pé-kong, le titre de vice-président du ministère des

1. En chinois koua-ngat (Basile, 3436-6066) : pesadumbre que le impide algo, souci, inquiétude, qui nous empêche de faire quelque chose,' {Dictiann, espagnol du dialecte du F(hkien.)

2« Littéralement : Jusqu'à s'eniTrer.

ouvrages publics, avec le rang d'envoyé en second ; cependant Pë-kong n'en prit aucun souci.

A cette époque, tel était l'usage des bureaux : le repas du départ' était offert tantôt par tous les collègues, tantôt par un seul. Après quelques jours d'agitatio», Pé-kong finit par partir pour le nord avec Li-chi. Nous le laisserons un moment pour revenir à Yang,qui s'était figuré, dans l'origine, que Pé-kong, poussé par la crainte, le prierait de faire rapporter le décret, et ne demanderait pas mieux que de conclure promptement le mariage. Il n'avait pas prévu que Pé-kong montrerait au contraire une noble fierté; qu'il irait bravement en mission, et ne consentirait jamais à cette alliance. Ne sachant quel parti prendre, il se livra à de nouvelles réflexions, c Yoilà le mariage manqué, se dit-il en lui-même. Au premier jour, quand Pé-kong sera revenu, ce sera en vain gue je lui aurai suscité cette mauvaise affaire. Comment pourrai-je me présenter devant lui ? Si vous n'avez pas réussi la première foiSy dit le proverbe, ne vous arrêtez pas la seconde fois. Le mieux est de profiter de son absence pour lui jouer un nouveau tour, et conclure ce mariage à quelque prix que ce soit. A l'époque de son retour, je serai déjà son parent; quand il se fâcherait, cela ne ferait rien. Quoi qu'il en soit, comment me mettre à l'œuvre?

1. Lorsqu'un magistrat se mettait en route, ses collègues l^accodu* pagnaient Jusqu'aux portes de la ville et loi offraient une collaiion.

< Mon plan est tout trouvé, dit-il après un moment de réflexion : Avant-hier, Wang-tchi-jin, membre du ministère du personnel, et Sou, le moniteur impérial, *sont allés lui faire des ouvertures de mariage. Quoiqu'il n^ait point consenti, je vais maintenant les prier tous deux de dire que, de sa propre bouche, il leur a donné sa promesse. J'engagerai ensuite Yang-fang à aller saluer Son Excellence Wang-thsiouen, et à lui demander son appui secret. Son Excellence m'indiquerait un jour heureux, et, finalement, il bâclerait luimême le mariage. Le vieux Pé étant absent, qui est-ce qui viendrait se mêler de cette affaire?

Ce stratagème étant arrêté, il alla d'abord en instruire Tchang, membre du ministère du personnel, et comme Tchang avait les mômes vues et les mêmes principes que Yang, il consentit dès les premiers mots. Il pria ensuite Tchang d'en parler à Sou, le moniteur impérial, mais celui-ci ne dit ni oui ni non, et se contenta de faire uneréponse vague. Comme la place d'inspecteur général du Hou-kouang se trouvait justement vacante, il pria quelqu'un d'en parler au président *, et de demander pour lui cette mission. Dés que le décret fut rendu, il fit à la hâte ses préparatifs et se mit en route.

A celte nouvelle. Ou, l'académicien, prépara de suite du vin, courut après lui jusqu'en dehors de la ville, et lui offrit le repas du départ. « Monsieur Sou, lui dit-il,

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