C'est-à-dire : Quand vos fleurs tombent
' 3. Les poètes chinois comparent souvent les fleura blanches du prunier au Jade blanc. Fen-louî-t8eu-kin,liv.LlII, fol. 8 : « Le froid pénètre vos habits de jade, » Ibtd.: «Vous avez une peau de jade et des os de jade, »
k- Lo-feou est le nom d'une montagne qui est située à Tembouchure méridionale du lac Thong-thing; elle est haute de 1,600 tchang (16,000 pieds). (Choui-king-tchou.)
On lit dans l'ouvrage intitulé Long-tch^ing-lou : Sous la dynastie des Souî, Tchao-sse-hiong se transporta sur le mont Lo-feou. Un Jour qu'il faisait froid, au moment du coucher du soleil, il se reposa au milieu d'une forêt de pins, à cOté d'un cabaret. Là, il vit une Jeune fille simplement mise et vêtue de blanc. Sse-hiong ayant commencé à causer avec elle, il se sentit pénétré d'un parfum délicieux. Âlon, il heurta à la porte du cabaret et se mit à boire avec elle. Quelques instants après, arriva un Jeune garçon vêtu de vert qui chanta d'un air riant et dansa avec grâce. Sse-hiong, s'étant enivré, se laissa aller au sommeil. Longtemps après, comme l'orient était déjà éclairé par les rayons du soleil, il se leva et, regardant autour de lui, il vit qu'il se trouvait sous un grand prunier en fleur. (Le
eune homme et la jeune fille étaient ce que l'auteur appelle les hôtes de Uhfeou.)
la ou RENCONTRE UN HOMME DE TALENT
ment où l'on changeait le couvert S ils se levèrent tous ensemble» et allèrent s'amuser chacun de leur côté. Ou^ Tacadémicien» alla tout seul examiner les vers qui couvraient les deux parois des murs. Les uns appartenaient à de grands écrivains des siècles passés, les autres, à des lettrés célèbres de Tépoque présente. On y voyait aussi des poésies antiques, des ballades et des poèmes. Après un examen attentif, il ne vit en général que des compositions ordinaires; il n'y avait là aucun talent hors de ligne. Mais soudain, en passant devant un pavillon, il aperçut sur un mur blan* chi, des vers dont l'écriture légère imitait le vol des dragons et l'agilité des serpents. Ou, l'académicien, s'étant approché, y jeta un coup d'œil et lut les vers suivants :
Leur air calme^ leurs sentiments mystérieux et leur beauté délicate
Sont peints tour à tour dans les vers qui ornent cette salle 2.
Lorsqu'ils m'offrent de si délicieux parfums^ je sens mon âme s'évanouir.
Ne pouvant point d'expression pour leur répondre, je les remercie en buvant du vin.
1. Net à mot : Où Ton changeait la natte, la table, c*est-à^dire aa moment où l'on se préparait à apporter le second service.
2. Le poëte personnifie les pruniers en flear. Tchang-tso-Jiia dit qu'ils ont une figure de jade et un cœur de fer. Un autre poëte (3ou-che) le'ur donne des joues de jade et un cœur de santal (c'est* à^ire odorant}. Fen-loai-tsea-kin. Liv. LIII.
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Leur neige ^ m'écrase cft me renverse; il me semble que je passe dans la maison de Meng..
En voyant la lune embrumée, je me rappelle l'époqne où j'épousai mademoiselle Lin.
Dans ce moment , je crois voir encore la figure de la jeune beauté de l'appartement intérieur;
La femme de second rang ressemblait à une fleur de pécher, et ses suivantes à des branches de saule.
Composé par Sou-yeou-pé, de Kin-ling (Nan-king)«
Après avoir lu ces vers à plusieurs reprises, Ou, l'académicien, en fit le plus pompeux éloge, c Quels beaux yersl quels beaux vers! s'écria-t-il ; ils sont pleins d'élégance et de fraîcheur, de noblesse et d'abandon. On y trouve la grâce de Yu-khaï-fou et de Pao-tsankiun ^. > En regardant une seconde fois, il vit que Tencre était encore humide, c Évidemment, se dit-il, il faut que Fauteur soit un poète renommé de l'époque actuelle; ce n'est point un esprit vulgaire. » Il prit aussitôt note du nom de Sse-yeou-pé. Comme il était à
1. On a déjà vu (p. 140, note 1) le mot neige employé poar désigaer les fleurs blanches des pruniers.
2. Thou-fou, poste célèbre de la dynastie des Thang, a fait, dans les mêmes termes, l'éloge des vers de Yu-kha!-fou et de Pao-tsankinn. Pao-tchao, dont le nom honorifique était Ming-youen, vivait sous les (premiers) Song, et avait le titre de Tsan-kiun (chef de bataillon) que Ton joignait ordinairement à son nom.
Yu-khai-fou vivait sous lès Thang ; il était contemporain de Thonfou, qui dit de lui : « C*est un des hommes les plus distingués de Tépoque actuelle. Dans son mémoire sur J*art militaire, il sur* passe de beaucoup les anciens écrivains. »
Khal-fou était le titre d'une magistrature fondée sous la dynastie des Han ; il répondait à celui do Ta^sianff-kiun, général en chef.
iU ou RENCONTRE UN HOMME DE TALENT
réfléchir, un religieux du coûyent vint lui offrir le thé. Ou , l'académicien, lui montra la pièce de vers, c Sauriez- vous? lui dit-il, qui en est l'auteur.
— Tout à l'heure, dit le religieux, une compagnie de jeunes messieurs était ici à boire du vin ; je pense que ce sont sûrement eux qui les ont écrits.
— Maintenant, reprit Ou, l'académicien, où sont ils -allés?
— • Comme vos seigneuries, dit-il^ étaient ici à manger ensemble, de peur qu'ils ne vous gênassent, je les ai engagés à aller s'amuser dans le temple de Kouan-în.
— Y sonl-ils encore? demanda Ou, Tacadémicien.
— J'ignore s'ils y sont ou non, répondit le religieux.
— Allez voir un peu, dit Ou. S'ils y sont, je vous prie d'inviter de ma part le jeune monsieur Sou, qui a composé ces vers, el de lui dire que je désire avoir avec lui un moment d'entrevue* »
Le religieux obéit, et, peu d'instants après, il accourut pour lui rendre réponse, t Ces jeunes messieurs, dit-il, sont partis à l'instant ; si vous vouliez envoyer quelqu'un après eilx, il serait encore possible de les rejoindre. »
En apprenant leur départ. Ou, l'académicien, éprouva secrètement une vive contrariété. « Quoique ce jeune homme ait un beau talent, dit-il en lui-môme, j'ignore comment il est de sa personne. Si j'étais venu un peu plus tôt, el que j'eusse pu le voir un moment, j'en aurais été charmé; mais maintenant qu'il est parti, si je faisais courir après lui pour le rappeler, ce
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serait tout à fait inconvenant. II n'est pas nécessaire de courir après lui. »
En ce moment, le soleil était déjà arrivé au couchant * ; tous les magistrats Tinvitèrent encore à se mettre à table. Après avoir bu quelque temps ensemble, ils se dispersèrent aussitôt, et s'en retournèrent chacun chez eux. Ou, Tacadémicien, étant monté dans sa chaise, ordonna à ses domestiques d'en relever les jalousies; puis, grâce aux derniers rayons du soleil, il s'en revint en regardant, tout le long de la route, les pruniers en fleur. Il n'avait pas encore fait un ou deux li, lorsqu'il vit, sur le bord du chemin, plusieurs grands pruniers sous lesquels on avait étendu des tapis rouges et servi une collation. Sur ces tapis était assise une compagnie de jeunes gens qui, prenaient plaisir à regarder les fleurs*. Ou, l'académicien, soupçonnant que Sou-yeou-pé se trouvait parmi eux, ordonna aux porteurs d'arrêter sa chaise, et, en faisant semblant de regarderies fleurs, il examina secrètement ces jeunes gens, qui étaient en tout cinq ou six. Quoiqu'ils eussent de vingt à trente ans, les uns avaient un air maussade, les autres une mine pédante; ils étaient tous fort communs. Parmi eux, il y avait un