Cest-à'dire : Mon mariage
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Od a beau avoir un cœur passionné S La beauté et la laideur inspirent des sentiments différents.
Au bout de deux jours, la dame Tchang, Tentremetteuse, Tint demander des nouvelles : c Monsieur Sou, dit-elle, avez-vous vu la personne dont je vous ai parié avant-hier? »
Sou-yeou-pé réfléchit en luinaiéme : t Ou, Tacadémicien, se dit-il, est un littérateur éminent, qui jouit d'une grande réputation. Si je vais dire que j'ai vu à la dérobée la laideur et Tair commun de sa fille, et que je ne veux pas Tépouser, il se sentira blessé dans sa dignité et se plaindra de mon dédain ; il vaut mieux que je le remercie d'une manière vague. » En conséquence, il dit i Tentremetteuse : c Je ne suis pas encore allé (où vous savez); comment aurais-je pu voir la personne dont vous m'avez parlé avant-hier ?
— Pourquoi, monsieur, n'y êtes vous pas allé ? demanda la dame Tchang.
— J'ai songé, répondit-il, qu'elle appartient à une famille de magistrats, jBt que si j'étais surpris à l'observer furtivement, sa réputation et la mienne en souf-
1. Mot à mot: Un visage (qu'anime) le vent du printemps, c'està-dire un visage animé par l'amour. Suivant les poètes chinois, le souffle du printemps inspire Tamour, de sorte que Texprcssion /aitch'un-fong (porter le vent du printemps) signifie être amoureux d'une femme. Les^ots tcKun-i (idées de printemps) veulent dire texual desires (Wells Williams, Dict, du dial. de Canton)* Tch'un« fong (vent de printemps) signifie des sentiments amoureux^ et tch'un-^sin (un cœur de printemps), un cœur épris d'amour.
i6S OU RENCONTRE UN HOMME DE TALENT
friraient. En outre, quand j'irais l'attendre du matin au soir, il n'est pas sûr que je sois assez heureux pour la rencontrer. Veuillez prendre la peine de faire cette réponse de ma part.
. — Monsieur, dit l'entremetteuse, que vous l'ayez vue ou non, cela vous regarde ; mais je vous jure que dans tout ce que je vous ai dit il n'y a pas un mot d'inexact. Je vous engage, monsieur, à y réfléchir mûrement.
— J'ai encore d'autres raisons, dit Sou-yeou-pé. Le seigneur Ou est Un académicien, et moi, je ne suis qu'un pauvre bachelier. Ma position pourraitrclle répondre à la sienne ?
— C'est précisément lui, dit la dame Tchang, qui vient vous demander pour gendre ; ce n'est point vous qui êtes allé le solliciter. Quelle impossibilité voyezvous là ?
— Quoiqu'il m'ait donné à tort une si grande marque d'amitié, dit Sou-yeou-pé, quand j'y songe en moimôme, je ne puis m'empôcher d'en être confus; pour cela, il m'est décidément impossible de lui obéir. »
La dame Tchang eut beau l'exhorter mainte et mainte fois, il persista dans son refus. Voyant ses efforts inutiles, elle se vil obligée de prendre congé de Sou-yeou-pé et d'aller rendre réponse à Ou, l'académicien. Ce jour-là, comme Ou, l'acadlmicien n'était pas chez lui» elle entra tout droit dans l'intérieur et alla voir sa femme qui, l'interrogea dès qu'elle Teut
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aperçue, c Où en est, dit-elle, le mariage qu'on vous a chargée de négocier?
— Madame, répondit-elle en hochant la télé, il est vraiment impossible de prévoir les choses du monde. Ce mariage paraissait presque assuré; qui aurait pensé que ce jeune homme, qui n'est qu'un pauvre bachelier, se croirait obligé de refuser?
— Suivant Son Excellence, reprit Madame Ou, il a du talent et une belle figure. Comment se fait-il qu'il ait un caractère si obstiné?
— Ne vous fâchez pas, répondit l'entremetteuse, de ce que je vous ai dit sur son compte ^ Pour du talent et de la beauté, Il en a certainement, mais il n'a pas de bonheur. J'ai sous la main un parti excellent ; c'est le noble fils de Wang, gouverneur de la province. Il a aujourd'hui dix-neuf ans. Du côté, de la figure, du talent et de l'instruction, il ne le cède pas au bachelier Sou-yeou-pé. Ajoutez à cela que le rang et la fortune sont égaux de part et d'autre. Veuillez, madame, vous décider promptement ; n'allez pas le manquer.
— Je sais à quoim'en tenir, dit madame Ou; dès que Son Excellence sera revenue, je lui en parlerai immédiatement. »
Comme la dame Tchang venait de partir, le seigneur Ou rentra chez lui . Sa femme lui ayant rapporté de point
en point les paroles de l'entremetteuse, il se livra quel-
%. En chinois : CAoue-Ma, expression qui, suivant Prémare, signifie: parler de quelqu'un en manyaise part.
que lemps à de sérieuses réflexions, c Quelles raisons a-l-il eues pour refuser ? s'écria t-il ; c'est sans doute que cette entremetteuse n'a pas su s'expliquer clairement, mais j'ai trouvé un bon moyen. » Sur-lechamp, il appela un domestique et lui donna ainsi ses ordres : c Prends un billet de visite, va au collège du district et invite de ma part H. Lieou-yutching. i
Le domestique obéit, et, peu de temps après^ il amena le jeune homme que le seigneur Ou avait invité. Or, ce Lieou-yu-tching était alors un des bacheliers les plus distingués du collège dû district. Anciennement, il avait été un des diciples de Ou, l'académicien; c'est pourquoi, dès qu'il se vit invité^ il s'empressa de venir. Après qu'ils se furent salués tous deux : c Vénérable
maître, dit aussitôt Lieou-yu-tching, vous avez appelé votre disciple ; j'ignore quels ordres vous avez à me donner.
— Voici simplement de quoi il s'agit, répondit Ou, l'académicien. J'ai une fille appelée Wou-kiao^ qui a maintenant dix-sept ans. Elle est fort intelligente et possède quelque beauté ; non-seulement elle excelle dans les ouvrages de son sexe, mais tous les genres de poésie lui sont familiers. Ma femme a pour elle le plus tendre attachement. Il est vrai que plusieurs magistrats sont venus me la demander, mais parmi ces fils d'honames riches et nobles, il est difficile de trouver un véritable talent. Avant-hier , étant allé voir les arbres en fleur, j'ai rencontré par hasard Sou-yeou-pé,
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qui vient d'obtenir le premier rang sur la liste des bacheliers. C'est un jeune homme aussi beau que distingue, et ses poésies sont pleines de pureté et de fraîcheur. Gomme j'avais le désir d'en faire mon gendre, je lui ai envoyé hier une entremetteuse pour lui parler, mais il s'en est excusé, je ne sais pourquoi. Cela vient sans doute, à ce que j'imagine, de ce que cette femme était d'un rang infime, et que ses paroles avaient trop peu de poids pour qu'elle pût gagner sa confiance. C'est pourquoi, mon excellent ami, je veux vous prier de lui faire part de mes intentions.
— Il est bien vrai, dit Lieou-yu-tching, que pour le talent et la figure mon amiSou-lién*sién est comparable à Weï-kiaï, qui était beau comme le jade *. Avant-hier, lorsque le président du concours publia la liste du concours, il le combla d'éloges. Comme mon respectable maître laisse de côté * les riches et les nobles pour choisir un habile lettré, on peut dire en vérité qu'il ne le cède pas à Lo-kouang ^, dont le caractère était aussi pur que la glace. Si vous me chargiez de tenir le
1. n y a ici une allasion historique. On lit dans les annales des Tsin , biographie de Wel-kiai : Dans sa jeunesse^ comme il était monté sur un char traîné par des moutons^ il entra un Jour dans le marché. Ceux qui le virent rappelèrent Vhomme de jade (beau comme le jade, yu-Jio). Le père de sa femme, nommé Lo-kooang, Jouissait dans tout Tempire d'une grande réputation. On disait communément : Le père de la femme (de Weî-kiaî) est pur comme la glace, et le gendre (Wel-kia!) a Téclat du Jade (yu-j'un^ expression employée dans notre texte).